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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2002208

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2002208

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2002208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2020, M. A C, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a confirmé la sanction disciplinaire en date du 25 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure en ce que le compte rendu d'incident, l'acte de poursuite et la composition de la commission de discipline sont irréguliers ;

- méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les règles du procès équitable ;

- méconnaît l'article R. 57-6-7 du code de procédure pénale protégeant le secret de la correspondance entre le détenu et son conseil ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est écroué au centre pénitentiaire de Caen depuis le 1er octobre 2019. Il a fait l'objet d'une sanction disciplinaire d'avertissement le 25 juin 2020 pour une tentative de sortie de correspondance au parloir. Par une décision du 24 juillet 2020, dont le requérant demande l'annulation, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ". Il résulte de ces dispositions qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur régional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission de discipline, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur régional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

3. En premier lieu, M. C soutient que dispositions relatives à la procédure disciplinaire dans les maisons d'arrêt ne sont pas conformes à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que la procédure de recours n'est pas contradictoire, qu'elle ne garantit pas un recours effectif et que les droits de la défense n'ont pas été respectés. Toutefois, il n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier la pertinence. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C soutient que la décision attaquée ne respecte pas l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la commission de discipline n'est pas un tribunal indépendant et impartial. Toutefois, eu égard à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant sur une accusation en matière pénale au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations de l'article 6 de cette convention soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer, à l'encontre de la décision attaquée, la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, si M. C fait valoir qu'il n'est pas établi que la commission de discipline du 25 juin 2020 était régulièrement composée, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'état de la composition de la commission de discipline signée par le président de la commission, qu'elle comportait deux assesseurs, dont un surveillant de l'administration pénitentiaire, conformément aux dispositions précitées, et un représentant extérieur à l'administration pénitentiaire régulièrement habilité par le tribunal de grande instance de Caen, tel que cela ressort de la liste du 24 juin 2011 mentionnant les personnes habilitées. Il ressort en outre des pièces du dossier que les délégations ont été régulièrement publiées et affichées et que le rapport d'enquête concernant les faits reprochés a été rédigé par un surveillant qui n'a pas siégé lors de la commission de discipline. Par ailleurs, le compte rendu d'incident concernant les faits de violence a été signé par un surveillant autre que celui ayant siégé en commission de discipline. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 40 de la loi du 24 novembre 2009 susvisé : " () Ne peuvent être ni contrôlées ni retenues les correspondances échangées entre les personnes détenues et leur défenseur, () ". Aux termes de l'article R. 57-6-7 du code de procédure pénale : " Le contrôle ou la retenue des correspondances entre les personnes détenues et leur conseil ne peut intervenir s'il peut être constaté sans équivoque que celles-ci sont réellement destinées au conseil ou proviennent de lui. ". Aux termes de l'article R. 57-8-20 du même code : " Les correspondances destinées aux autorités administratives et judiciaires françaises et internationales mentionnées à l'article 40 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 et aux aumôniers agréés auprès de l'établissement ou expédiées par ces personnes sont adressées sous pli fermé comportant sur les enveloppes toutes les mentions utiles pour indiquer la qualité et l'adresse professionnelle de son destinataire ou de son expéditeur. "

7. M. C soutient que la liberté de communication avec son avocat est un droit absolu insusceptible d'être limité et que les correspondances adressées à un avocat bénéficient d'une immunité qui exclut l'existence d'une faute disciplinaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un rapport d'incident du 14 juin 2020 que l'intéressé a dissimulé dans sa poche une correspondance. L'agent pénitentiaire a ainsi intercepté cet objet au niveau du contrôle de sécurité avant parloir. Entendu sur ces faits, M. C a reconnu qu'il n'avait pas respecté la procédure règlementaire en omettant de signaler l'existence de cet écrit au surveillant. A cet égard, si les correspondances entre un détenu et son avocat sont protégées, cette protection n'exonère pas les détenus de leur obligation de respecter les règles applicables en matière de droit de correspondance avec leur avocat telles qu'elles sont précisées au point 6 du présent jugement. Par suite, en constatant que M. C n'avait pas respecté la procédure applicable, l'administration pénitentiaire n'a commis aucune erreur d'appréciation en qualifiant les faits reprochés de faute disciplinaire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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