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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100163

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100163

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantTOUCAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 janvier 2021 et le 26 avril 2021,

M. E C et Mme A D, représentés par Me Toucas, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Manche a confirmé la décision du 22 septembre 2020 notifiée à Mme D mettant fin à son droit au revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au département de la Manche de réexaminer leur demande ;

3°) de mettre à la charge du département de la Manche une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération du conseil départemental du 17 juin 2016, qui fixe un seuil d'épargne au-delà duquel le revenu de solidarité est automatiquement refusé, méconnaît les dispositions législatives et réglementaires relatives aux conditions d'octroi du revenu de solidarité active ;

- les placements financiers auraient dû être pris en compte dans les conditions prévues aux articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- ils n'ont aucun autre revenu que ceux issus des intérêts annuels de leur placement.

Par un mémoire enregistré le 23 mars 2021, le département de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 22 septembre 2020, le département de la Manche a informé Mme A D qu'elle ne percevrait plus le revenu de solidarité active à compter du

1er octobre 2020, au motif que son foyer dispose d'un montant de capitaux supérieur au seuil fixé à 23 000 euros par le département de la Manche. Par courrier du 14 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Manche a indiqué à Mme D qu'elle ne remplissait pas les conditions pour un droit au revenu de solidarité active et l'a informée de sa fin de droit à compter du 1er octobre 2020. M. C et Mme D ont exercé un recours administratif le 21 octobre 2020, recours rejeté par le département de la Manche par la décision attaquée du 24 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 111-4 du code de l'action sociale et des familles : " L'admission à une prestation d'aide sociale est prononcée au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions législatives ou réglementaires et, pour les prestations légales relevant de la compétence du département ou pour les prestations que le département crée de sa propre initiative, au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions du règlement départemental d'aide sociale mentionné à l'article L. 121-3. ". Aux termes de l'article L. 115-2 de ce code : " () La mise en œuvre du revenu de solidarité active relève de la responsabilité des départements (). ". L'article L. 121-1 du code de l'action sociale et des familles dispose : " Le département définit et met en œuvre la politique d'action sociale, en tenant compte des compétences confiées par la loi à l'Etat, aux autres collectivités territoriales ainsi qu'aux organismes de sécurité sociale. Il coordonne les actions menées sur son territoire qui y concourent. () ". Aux termes de l'article L. 121-3 du même code : " Dans les conditions définies par la législation et la réglementation sociales, le conseil départemental adopte un règlement départemental d'aide sociale définissant les règles selon lesquelles sont accordées les prestations d'aide sociale relevant du département. ". En vertu de l'article L. 121-4 de ce code : " Le conseil départemental peut décider de conditions et de montants plus favorables que ceux prévus par les lois et règlements applicables aux prestations mentionnées à l'article L. 121-1. Le département assure la charge financière de ces décisions (). ". Et aux termes de l'article L. 262-24 de ce code : " I.- Le revenu de solidarité active est financé par les départements (). ".

3. Le revenu de solidarité active est une prestation relevant de la compétence du département qui en assure le financement. Il résulte des dispositions qui précèdent que, lorsqu'il édicte des règles définissant les conditions d'attribution et le montant de prestations d'aide sociale qui font l'objet de prescriptions définies par des lois et des décrets, le conseil départemental ne peut édicter que des dispositions comportant des conditions ou des montants plus favorables que celles définies par ces lois et décrets.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-13 du même code : " Le revenu de solidarité active est attribué par le président du conseil départemental du département dans lequel le demandeur réside ou a () élu domicile. () ". L'article R. 262-4 du même code dispose que : " () / L'allocation est liquidée pour des périodes successives de trois mois à partir des ressources calculées conformément à l'article R. 262-7 () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Enfin, aux termes du I de l'article R. 262-7 du même code : " Le montant dû au foyer bénéficiaire du revenu de solidarité active est égal à la moyenne des montants intermédiaires calculés pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire (). ". Aux termes de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, applicable, en vertu de l'article R. 262-6 du même code : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu () sont considérés comme procurant un revenu annuel égal () à 3 % du montant des capitaux ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment des justificatifs bancaires produits par les requérants à la demande de l'administration, que M. C et Mme D disposent de capitaux mobiliers d'un montant total de 44 000 euros consistant en divers produits d'épargne. En application des dispositions combinées des articles R. 132-1 et R. 246-6 du code de l'action sociale et des familles, les revenus procurés par ces capitaux, ou leur évaluation pour un montant de 3 % annuel s'ils ne sont pas productifs de revenus, doivent être pris en compte pour la détermination du droit au revenu de solidarité active de M. C et Mme D. Or, il résulte de l'instruction, en particulier des motifs de la décision attaquée, que, pour mettre fin au droit au revenu de solidarité active de Mme Vasset, le président du conseil départemental de la Manche a pris en compte l'intégralité des capitaux dont disposait les requérants au motif que le montant de ces capitaux placés était supérieur au seuil de 23 000 euros fixé par la délibération du conseil départemental du 17 juin 2016 et ne leur permettait donc pas de percevoir cette allocation. Toutefois, cette délibération fixe des conditions et des critères plus restrictifs que ceux déterminés par les textes pour l'attribution du revenu de solidarité active et ce, en méconnaissance de l'article L. 121-4 du code de l'action sociale et des familles. Il suit de là que la décision attaquée du 24 décembre 2020 a été prise sur le fondement d'une délibération du conseil départemental qui ne trouve son fondement dans aucune disposition législative ou réglementaire applicable au revenu de solidarité active et, par suite, en méconnaissance des articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, qui ne prévoient la prise en compte ni de la valeur des capitaux détenus par l'allocataire, ni d'un seuil de capitaux à partir duquel le droit au revenu de solidarité active ne serait plus ouvert. Si le département de la Manche invoque, dans ses écritures, la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 262-41 du code de l'action sociale et des familles, lorsqu'il est envisagé de procéder à une évaluation forfaitaire des revenus sur la base du train de vie, il ne résulte pas de l'instruction que, lors de l'examen des droits de Mme D au revenu de solidarité active, le département ait entendu faire application de ces dispositions. Par suite, le département de la Manche a commis une erreur de droit en mettant fin au droit au revenu de solidarité active de Mme D à compter du 1er octobre 2020.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision du 24 décembre 2020 confirmant la fin des droits au revenu de solidarité active de Mme D à compter du 1er octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Pour déterminer le montant de l'allocation de revenu de solidarité active à laquelle les intéressés pouvaient prétendre à compter du mois d'octobre 2020, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le président du conseil départemental doit réexaminer les revenus de

M. C et Mme D au regard des articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Il y a lieu de renvoyer les requérants devant le président du conseil départemental de la Manche pour la détermination de leurs droits à cette prestation d'aide sociale à compter d'octobre 2020, conformément aux motifs du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Manche une somme globale de 1 000 euros à verser à M. C et Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : M. C et Mme D sont renvoyés devant le président du conseil départemental de la Manche pour la détermination de leur droit au revenu de solidarité active à compter du mois d'octobre 2020.

Article 3 : Le département de la Manche versera la somme globale de 1 000 euros à M. C et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Mme A D et au département de la Manche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. B

La greffière,

SIGNÉ

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Godey

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