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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100264

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100264

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGISSEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 février 2021 et le 6 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Gisserot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Robert Bisson de Lisieux a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire pour une durée de neuf mois ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Robert Bisson de Lisieux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient au centre hospitalier de justifier de la compétence du signataire de la décision attaquée, sur laquelle apparaît une signature qui ne correspond pas à celle qui figure sur les délégations de signature accessibles sur l'internet ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas reçu les documents complémentaires à la convocation du conseil de discipline quinze jours avant la date de la réunion de ce conseil et ce, en méconnaissance de l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a eu connaissance de l'intégralité de son dossier que peu de temps avant la séance du conseil de discipline et que sa demande de report de cette séance a été refusée ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits ; elle conteste l'ensemble des faits qui lui sont reprochés ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

- elle est illégale du fait de sa rétroactivité.

Par des mémoires enregistrés le 20 juillet 2021 et le 12 décembre 2022, le centre hospitalier Robert Bisson de Lisieux, représenté par la SELARL Minier Maugendre et Associées, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre l'administration et le public ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. D,

- et les observations de Me Gisserot, représentant Mme A, et de Me Neven, représentant le centre hospitalier de Lisieux.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, qui est aide-soignante au centre hospitalier Robert Bisson de Lisieux depuis le 15 septembre 2015, exerce ses fonctions, depuis le 4 janvier 2016, au sein de l'établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), où elle est affectée, depuis le 12 janvier 2017, dans l'équipe de nuit. Les 9 et 10 janvier 2020, le personnel de l'encadrement de nuit du secteur médico-social a signalé à la direction du centre hospitalier des faits de harcèlement et de dégradation de biens personnels envers une aide-soignante contractuelle affectée sur l'EHPAD par une des équipes d'aides-soignantes de nuit. A la suite de ces évènements, une enquête administrative a été diligentée, laquelle a conclu au comportement inadapté d'un groupe de cinq aides-soignantes envers les résidents et les autres agents, parmi lesquelles Mme A. Après avis du conseil de discipline, le directeur du centre hospitalier de Lisieux a prononcé, par la décision attaquée du 9 décembre 2020, l'exclusion temporaire de Mme A pour une durée de neuf mois à compter du 16 décembre 2020. Par une décision du 25 janvier 2021, intervenue en cours d'instance, le directeur du centre hospitalier a reporté la prise d'effet de cette exclusion à l'issue de l'arrêt maladie de Mme A en cours depuis le 1er décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte la signature manuscrite du directeur du centre hospitalier Robert Bisson, M. E, laquelle ne diffère pas substantiellement de celle apposée sur les délégations de signature accessibles sur l'internet et dont se prévaut la requérante. En outre, M. E a attesté, le 7 juillet 2021, être le signataire de la décision attaquée du 9 décembre 2020. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " () Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. / L'autorité investie du pouvoir de nomination et le fonctionnaire poursuivi peuvent faire entendre des témoins ". En outre, aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Le report de l'affaire peut être demandé par le fonctionnaire poursuivi ou, lorsqu'elle n'est pas membre du conseil de discipline, par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire ; il est décidé à la majorité des membres présents. Le fonctionnaire et l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire ne peuvent demander qu'un seul report ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été convoquée à un conseil de discipline fixé le mercredi 2 décembre 2020, par un courrier recommandé du 4 novembre 2020, lequel lui rappelait l'ensemble de ses droits, en particulier des possibilités d'obtenir communication de son dossier administratif, de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix, de récuser l'un des membres du conseil de discipline, de présenter des observations écrites et orales devant le conseil, de citer des témoins en demandant d'éventuelles confrontations et de demander le report de la tenue de ce conseil. Si Mme A fait valoir que trois documents complémentaires ont été ajoutés au dossier disciplinaire, qui était joint au courrier de convocation du 4 novembre 2020, et lui ont été communiqués par un courrier du 16 novembre 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas disposé d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ces nouvelles pièces et préparer utilement sa défense avant la séance du conseil de discipline, aucune disposition législative ou règlementaire n'exigeant par ailleurs que l'ensemble des documents produits devant le conseil de discipline soit communiqué à l'agent au minimum quinze jours avant la réunion de celui-ci. En outre, si le conseil de Mme A a adressé, par courrier du 26 novembre 2020, une demande de report du conseil de discipline, précisant qu'au regard du contexte sanitaire, il ne pourrait se déplacer le 2 décembre pour soutenir oralement cette demande de report, le conseil de discipline, qui n'était pas tenu de renvoyer l'affaire à une séance ultérieure, a pu légalement rejeter cette demande et émettre un avis hors la présence de Mme A ou de son conseil dès lors que l'intéressée avait disposé d'un délai suffisant pour se faire représenter ou adresser ses observations écrites. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de ce que la sanction aurait été prononcée au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : La radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : La mise à la retraite d'office, la révocation ".

6. Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prononcer la sanction à l'encontre de Mme A, l'autorité disciplinaire s'est fondée sur les rapports circonstanciés des 9 et 10 janvier 2020 établis par les cadres de nuit et cadre supérieur de santé, sur l'ensemble des pièces du dossier présenté aux membres du conseil de discipline ainsi que sur l'avis motivé émis par celui-ci le 2 décembre 2020. Il ressort du rapport disciplinaire qu'il est reproché à la requérante des faits de harcèlement et de dégradation de biens personnels envers une aide-soignante contractuelle, l'organisation de fêtes, en soirée, au sein du secteur Jean Devaux entraînant un défaut de surveillance des résidents, et auxquelles participent des personnes extérieures avec consommation d'alcool mais aussi consommation d'aliments et de boissons réservés aux résidents, ainsi que des comportements inadaptés envers les résidents. Ces éléments de faits, qui, selon les écritures en défense, ont tous motivé la sanction prononcée à l'encontre de Mme A, ont été recueillis au cours d'une enquête administrative menée par le centre hospitalier de Lisieux. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des nombreux témoignages, concordants pour l'essentiel, que Mme A a participé à des soirées au sein de l'établissement entre novembre 2019 et janvier 2020, alors même qu'elle était en congés maladie, et malgré deux courriels, des 21 août 2019 et 13 septembre 2019, émanant de la directrice adjointe de l'établissement et relayés par une cadre de santé de nuit auprès des équipes de nuit, demandant de respecter le sommeil des résidents et de ne pas se servir dans les cuisines de l'établissement. Des témoignages révèlent également que Mme A et certaines de ses collègues se rendaient à ces soirées plutôt que de surveiller les résidents, ces témoignages indiquant qu'" elles oublient les résidents ", " j'ai constaté à plusieurs reprises qu'elles parlent mal aux résidents, gestes brusques et paroles déplacées ", " vouloir faire vite et maltraitance ", un témoignage d'un résident faisant par ailleurs état des nuisances sonores engendrées par ces soirées et de la gêne ressentie à plusieurs occasions. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A contribue au climat de travail délétère, en particulier à l'égard des nouvelles collègues qui la perçoivent comme une " meneuse ", estimant qu'elle rend leurs relations de travail compliquées en les qualifiant de " taupe " si ces dernières n'œuvrent pas dans son sens, notamment, en résistant à la hiérarchie. Les témoignages ainsi que ses propos tenus sur les réseaux sociaux en novembre 2019 établissent que Mme A manifeste sans réserve auprès de ses collègues un non-respect à l'égard de sa hiérarchie. Si Mme A produit des attestations de certains de ses collègues faisant état d'un comportement professionnel et irréprochable, les faits reprochés à Mme A doivent, eu égard au nombre de témoignages recueillis au cours de l'enquête administrative, à leur caractère concordant et circonstancié ainsi qu'aux termes des rapports hiérarchiques des 9 et 10 janvier 2020, être regardés comme établis. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

8. En quatrième lieu, eu égard à la nature des missions d'aide-soignante au sein d'un établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes et de la gravité des fautes constatées, et alors même que les évaluations de Mme A pour les années 2018 et 2019 ont été satisfaisantes, la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire pour une durée de neuf mois prononcée à l'encontre de Mme A n'est pas disproportionnée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier de Lisieux a, par une décision du 25 janvier 2021, reporté la prise d'effet de la mesure d'exclusion temporaire de fonction à l'issue de l'arrêt maladie de Mme A et a ainsi, implicitement mais nécessairement, retiré la décision attaquée en tant qu'elle prévoyait une exclusion à compter du 16 décembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère rétroactif de la décision du 9 décembre 2020 doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2020.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Lisieux, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. En outre, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions du centre hospitalier de Lisieux présentées au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Lisieux tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier Robert Bisson de Lisieux.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure,

Signé

C. C

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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