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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100287

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100287

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGAUDRE COEUR-UNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 février 2021, le 12 février 2021, le 1er juillet 2021, le 14 décembre 2021 et le 8 février 2022, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le président de la communauté de communes Andaine Passais a rejeté le recours gracieux contre la décision rejet de la demande d'imputabilité au service de la maladie du requérant ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes Andaine Passais de lui accorder le bénéfice de l'imputabilité au service de sa maladie.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission de réforme n'a pas été saisie par l'administration ;

- est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission de réforme n'a pas entendu le médecin de prévention sur son rapport ;

- est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission de réforme n'a pas motivé son avis ;

- est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission de réforme s'est fondée sur un rapport d'expertise insuffisant ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 18 avril 2021 et le 22 octobre 2021, la communauté de communes Andaine Passais, représentée par Me Gaudre Coeur-uni, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les conclusions aux fins d'injonction sont irrecevables et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public, ont été entendus au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, agent territorial employé par la communauté de communes Andaine Passais, a été placé en congé maladie ordinaire du 3 octobre 2018 au 4 janvier 2019. Il a sollicité l'octroi du régime de congé maladie et a saisi la commission de réforme, qui a rendu le 8 janvier 2021 un avis défavorable à la demande de reconnaissance d'une maladie professionnelle contractée au service. Par une décision du 17 novembre 2020, le président de la communauté de communes Andaine Passais a rejeté sa demande d'imputabilité de maladie au service. M. B a formé un recours gracieux contre ce refus. Par une décision du 9 décembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le président de la communauté de communes Andaine Passais a refusé l'imputabilité de la maladie au service et le placement en congé maladie professionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relative à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Les décisions refusant à un fonctionnaire le bénéfice des dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 doivent être regardées comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elles doivent en conséquence être motivées en droit et en fait.

5. La décision en litige du 9 décembre 2020 rappelle que M. B a contesté une décision en date du 17 novembre 2020 de rejet de sa demande d'imputabilité au service d'un congé maladie du 3 octobre 2018 au 4 janvier 2019. Par référence à l'avis du 17 novembre 2020, elle précise que la commission de réforme s'est prononcée défavorablement à la reconnaissance des arrêts de travail de M. B comme étant imputables au service, le 16 janvier 2020. La décision du 9 décembre 2020, qui fait référence à la décision du 17 novembre 2020, fait état de ce que le lien entre les arrêts de travail, l'état de santé et les conditions de travail n'a pas été établi. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le président de la communauté de communes Andaine Passais a décidé de rejeter la demande présentée par M. B. Si cette décision apparaît suffisamment motivée en fait, elle ne vise aucune disposition légale ou réglementaire applicable aux congés de maladie des fonctionnaires territoriaux. Dans ces conditions, la motivation de la décision attaquée ne peut être regardée comme suffisante au regard des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du président de la communauté de communes Andaine Passais en date du 9 décembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Les conclusions de M. B doivent être regardées comme demandant qu'il soit enjoint à l'administration de prendre une nouvelle décision sur sa demande d'imputabilité. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la communauté de communes Andaine Passais de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la communauté de communes Andaine Passais soient mises à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 décembre 2020 du président de la communauté de communes Andaine Passais est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président de la communauté de communes Andaine Passais de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la communauté de communes Andaine Passais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au président de la communauté de communes Andaine Passais.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. C

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Lapersonne

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