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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100394

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100394

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE & ASSOCIEES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 février 2021, 21 mai 2021 et 13 août 2022, le syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen, représenté par Me Gey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Caen du 24 décembre 2020 refusant d'abroger la note de service n° 2020-72 du 11 août 2020 en ce qu'elle imposerait aux agents du personnel non médical du centre hospitalier de faire connaître quarante-huit heures avant un mouvement de grève leur position par rapport à ce mouvement ou de se présenter à leur poste de travail au début du mouvement ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Caen, dans un délai qui ne saurait être supérieur à deux mois et sous astreinte, d'abroger la note de service n° 2020-72 du 11 août 2020 en ce qu'elle impose la sujétion précitée ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Caen la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie de sa qualité pour agir, la commission exécutive ayant décidé d'introduire une action en justice ;

- en obligeant les agents du centre hospitalier universitaire à se déclarer grévistes dans un délai de quarante-huit heures avant la grève ou au moment de leur prise de service, les dispositions contestées de la note de service du 11 août 2020 portent atteinte au droit de grève des agents de la fonction publique hospitalière.

Par des mémoires, enregistrés les 26 mars 2021 et 4 juillet 2022, le centre hospitalier universitaire de Caen, représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, le syndicat ne justifiant pas de sa qualité pour agir ;

- le moyen soulevé par le syndicat requérant n'est pas fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision du 14 décembre 2020 refusant d'abroger partiellement la note de service du 11 août 2020 et de l'incompétence de l'auteur de cette note de service.

Par un mémoire, enregistré le 24 février 2023, le centre hospitalier universitaire de Caen a présenté des observations sur les moyens d'ordre public et produit des délégations de signature pour établir la compétence du signataire de la décision du 14 décembre 2020 et de la note de service du 11 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Gey, représentant le syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen, ainsi que celles de Me Guardiola, substituant Me Lacroix pour le centre hospitalier universitaire de Caen.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En indiquant dans le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 que le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent, l'assemblée constituante a entendu inviter le législateur à opérer la conciliation entre la défense des intérêts professionnels, dont la grève constitue l'une des modalités, et la sauvegarde de l'intérêt général, auquel elle peut être de nature à porter atteinte. En l'absence de la complète législation ainsi annoncée par la Constitution, la reconnaissance du droit de grève ne saurait avoir pour conséquence d'exclure les limitations qui doivent être apportées à ce droit, comme à tout autre, en vue d'en éviter un usage abusif, ou bien contraire aux nécessités de l'ordre public ou aux besoins essentiels du pays.

2. Aux termes de l'article 10 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, ceux-ci " exercent le droit de grève dans le cadre des lois qui le réglementent ". En l'absence de la complète législation du droit de grève ainsi annoncée par la Constitution, il revient aux chefs de services, responsables du bon fonctionnement des services placés sous leur autorité, de fixer eux-mêmes, sous le contrôle du juge, en ce qui concerne ces services, la nature et l'étendue des limitations à apporter au droit de grève en vue d'en éviter un usage abusif ou contraire aux nécessités de l'ordre public ou aux besoins essentiels de la Nation.

3. En demandant au personnel non médical du centre hospitalier universitaire de Caen d'informer leur supérieur hiérarchique de leur intention d'exercer leur droit de grève

quarante-huit heures avant le début du mouvement ou, le cas échéant, à leur prise de service, la note de service diffusée le 10 août 2020 par le directeur des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Caen n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à l'exercice du droit de grève par les agents qui le souhaiteraient. En outre, les agents grévistes ne sont pas tenus d'informer leur supérieur hiérarchique de leur intention de faire grève puisque la note de service permet aux agents d'indiquer qu'ils sont grévistes au moment même de leur prise de poste. De plus, la note de service ne fait pas obstacle à ce que les agents rejoignent un mouvement de grève à tout moment ni ne leur fait obligation de se déclarer gréviste dès le début de ce mouvement, les agents ayant toujours la possibilité de se déclarer gréviste au moment de leur prise de poste et ce, alors même qu'ils ne se sont pas déclarés dans le délai minimal de quarante-huit heures. La note de service ne fait pas davantage obstacle à ce que les agents qui s'étaient déclarés grévistes y renoncent à tout moment, notamment en se présentant à leur poste à la prise du service. En outre, il est constant que la direction ne peut connaître le besoin réel en effectifs qu'à la prise de service, après décompte des personnels effectivement présents, de ceux absents pour cause de maladie ou d'accident de trajet et de ceux qui exercent leur droit de grève, l'intention exprimée quarante-huit heures à l'avance pouvant ne pas être suivie d'effet. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les modalités d'information précisées dans la note en litige visent à anticiper le remplacement des agents grévistes, le recours aux assignations n'étant autorisé que lorsque les non-grévistes sont en nombre insuffisant pour assurer la continuité du service public. En outre, et en tout état de cause, il n'est pas établi que l'administration assignera en priorité les agents qui se présentent à la prise de service dans la mesure où le chef de service doit tenir compte, pour les assignations, d'une part, des besoins des services qui ne peuvent être interrompus et, d'autre part, des compétences ou qualifications particulières nécessaires à l'exercice des missions dont ne dispose pas tout agent qui se présente à la prise de service. A cet égard, la note de service prévoit que les agents assignés sont ceux initialement prévus au planning et que les assignations sont délivrées par l'administration soit en main propre par l'encadrement du service, en amont ou à la prise de fonction, soit sont adressées au domicile de l'agent en courrier recommandé avec accusé de réception ou encore par tout autre moyen permettant de s'assurer de la réception par l'agent. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le syndicat CGT n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier universitaire de Caen, à qui il appartient de prendre les mesures nécessaires au fonctionnement des services qui ne peuvent en aucun cas être interrompus afin d'assurer l'indispensable continuité des soins et la sécurité des patients, aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de grève en demandant aux agents, dans la note du 10 août 2020, d'informer leur supérieur hiérarchique de leur intention d'exercer leur droit de grève quarante-huit heures avant le début du mouvement ou, le cas échéant, à leur prise de service. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de

non-recevoir opposée en défense, que le syndicat CGT du centre hospitalier de Caen n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 décembre 2020 refusant d'abroger la note de service n° 2020-72 du 11 août 2020 en ce qu'elle impose aux agents du personnel non médical du centre hospitalier de faire connaître quarante-huit heures avant un mouvement de grève leur position par rapport à ce mouvement ou de se présenter à leur poste de travail au début du mouvement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier universitaire de Caen, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, verse au syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen une somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen est rejetée.

Article 2 : Le syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen versera au centre hospitalier universitaire de Caen une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT du centre hospitalier universitaire de Caen et au centre hospitalier universitaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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