vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2100931 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHRISTOPHE LAUNAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 avril 2021, le 18 mai 2021, le 17 juin 2021, le 9 septembre 2021 et le 24 mai 2022, l'EARL de la Sablonnière, représentée par Me Bouthors-Neveu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le maire de Saussey a délivré un permis de construire à M. A en vue de l'édification d'un hangar annexe à une habitation, de la modification de toitures avec pose de fenêtres de toit et de la création d'un sas entre deux bâtiments existants ;
2°) d'annuler la décision du 22 février 2021 rejetant son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saussey et de M. A la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'EARL de la Sablonnière soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'arrêté attaqué ;
- le dossier du permis de construire est incomplet ;
- l'avis de la chambre d'agriculture n'a pas été recueilli ;
- le permis de construire méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- il méconnait l'article 2.1 de l'arrêté du 27 décembre 2013 ;
- il méconnait l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 19 mai 2021, la commune de Saussey, représentée par la SCP Adjudicia, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de l'EARL de la Sablonnière la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Saussey soutient que :
- la requête est irrecevable à trois égards ;
- les moyens soulevés par l'EARL de la Sablonnière ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 14 juin 2021 et le 20 octobre 2021, M. B A, représenté par la SELARL d'avocats Launay, demande au tribunal de rejeter la requête, ou subsidiairement de surseoir à statuer, et de mettre à la charge de l'EARL de la Sablonnière la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la requête est irrecevable à deux égards ;
- les moyens soulevés par l'EARL de la Sablonnière ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Blondel , rapporteur public,
- et les observations de Me Bouthors-Neveu, représentant l'EARL La Sablonnière, et de Me Garnier-Durand, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 octobre 2020, le maire de Saussey a délivré à M. B A un permis de construire en vue, d'une part, de l'édification d'un hangar annexe à son habitation, d'autre part, de la modification de toitures avec pose de fenêtres de toit, et enfin, de la création d'un sas entre deux bâtiments existants. L'EARL de la Sablonnière a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, qui a été rejeté le 22 février 2021. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 et la décision du 22 février 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans le délai de deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de cet article R. 424-15 dans sa version applicable au litige : " Mention du permis explicite ou tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite () est acquis et pendant toute la durée du chantier (). / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis (). Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage ". Aux termes de l'article A. 424-15 du même code : " L'affichage sur le terrain du permis de construire (), prévu par l'article R. 424-15, est assuré par les soins du bénéficiaire du permis ou du déclarant sur un panneau rectangulaire dont les dimensions sont supérieures à 80 centimètres ". Aux termes de l'article A. 424-16 : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. Il indique également, en fonction de la nature du projet : a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel () ". Enfin, aux termes de l'article R. 600-1 du même code : " En cas () de recours contentieux à l'encontre () d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt () du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".
3. En premier lieu, par dérogation aux dispositions précitées de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire a pour effet de faire courir, en toute hypothèse, le délai de recours contentieux à l'égard de ce tiers. Dans le cas d'un recours gracieux, le délai de recours est interrompu jusqu'à ce qu'il y soit statué ou qu'intervienne une décision implicite de rejet.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'affichage du permis de construire attaqué, qui ne satisfait pas à l'ensemble des exigences posées par les dispositions des articles R. 600-2, R. 424-15, A. 424-15 et A. 424-16 du code de l'urbanisme, n'est pas de nature à faire courir, en application des dispositions précitées de l'article R. 600-2 du même code, le délai de recours contentieux à l'encontre du permis de construire et à l'égard des tiers. Toutefois, en exerçant le 26 décembre 2020 un recours gracieux à l'encontre du permis de construire, l'EARL de la Sablonnière a déclenché à son égard et à cette date, le délai de recours contentieux qui, dans ces conditions, a expiré le 1er mars 2021 à minuit.
5. En deuxième lieu, par application des dispositions précitées des articles R. 421-1 du code de justice administrative et R. 600-1 du code de l'urbanisme, il appartient à l'auteur d'un recours tendant à l'annulation d'un permis de construire d'adresser, au greffe de la juridiction, à peine d'irrecevabilité, une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée par laquelle il a adressé copie de son recours à l'auteur de la décision contestée et au titulaire de l'autorisation. En outre, si la saisine du juge a été précédée d'un recours gracieux ayant eu pour effet de conserver le délai de recours contentieux, doit être également transmise au greffe une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée par laquelle ce recours gracieux a été notifié, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux introduit. Il appartient au juge, au besoin d'office, de rejeter le recours comme irrecevable lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui ou en réponse à une fin de non-recevoir soulevée en défense, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par les dispositions précitées. Il résulte par ailleurs de la combinaison des dispositions des articles R. 600-1 et R. 424-15 du code de l'urbanisme que l'irrecevabilité tirée de l'absence d'accomplissement des formalités de notification prescrites par l'article R. 600-1 du même code ne peut être opposée, en première instance, qu'à la condition, prévue au deuxième alinéa de l'article R. 424-15, que l'obligation de procéder à cette notification ait été mentionnée dans l'affichage du permis de construire.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, que préalablement à l'introduction du présent recours contentieux enregistré le 26 avril 2021 et dirigé contre le permis de construire en cause, la requérante a exercé le 26 décembre 2020, ainsi qu'il vient d'être dit au point 4, un recours gracieux à l'encontre de ce permis. Le recours gracieux a été rejeté par une décision expresse du 22 février 2021, notifiée à la requérante le 23 février 2021 ; il s'ensuit que ce recours gracieux a conservé le délai recours contentieux.
7. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier, et en particulier des écritures mêmes de la requérante, que cette dernière n'a pas notifié son recours gracieux au bénéficiaire du permis de construire conformément aux prescriptions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme alors même que l'obligation de procéder à une telle notification a bien été mentionnée dans l'affichage du permis attaqué, dont elle produit d'ailleurs elle-même la photographie. Il s'ensuit que l'EARL de la Sablonnière n'est pas fondée à se prévaloir de l'inopposabilité à son égard, de l'irrecevabilité tirée de l'absence d'accomplissement des formalités de notification prescrites par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par suite la fin de recevoir opposée en défense tirée du défaut de notification du recours gracieux à M. A doit être accueillie.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête est irrecevable et doit, par suite, être rejetée sans qu'il soit besoin d'en examiner le bien-fondé.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saussey et de M. A, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que l'EARL de la Sablonnière demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à la charge de l'EARL de la Sablonnière les sommes que demandent la commune de Saussey et M. A sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'EARL de la Sablonnière est rejetée.
Article 2 : Les demandes présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL de la Sablonnière, à la commune de Saussey et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère.
Lu en audience publique le 30 décembre 2022.
Le conseiller-assesseur le plus ancien,
Signé
A. BERRIVIN
Le président-rapporteur,
Signé
X. C
La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026