vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HOURMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 11 et 24 mai 2021, la commune de Ger, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, la décision du 31 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Agence Régionale de Santé (ARS) de Normandie a abrogé la décision du 2 novembre 2020 par laquelle il avait fait droit à la demande tendant au maintien pendant un an de la licence de l'officine de pharmacie exploitée à Ger par la société Pharmacie Binet en vue de lui trouver un repreneur et, d'autre part, de la décision du 19 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'ARS de Normandie de prolonger pour une durée de douze mois à compter du jugement à intervenir la licence dont bénéficiait la gérante de la société Pharmacie Binet pour l'exploitation de l'officine de la pharmacie ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de prolongation de la validité de la licence de l'officine de pharmacie ;
3°) de mettre à la charge de l'ARS de Normandie la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions en litige sont entachées d'un défaut d'examen complet de la demande et d'une insuffisance de motivation,
- elles sont intervenues en méconnaissance du principe du contradictoire énoncé à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le directeur de l'ARS de Normandie s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- elles méconnaissent l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 25 mars 2022, la société Pharmacie Binet, représentée par Me Deniaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Ger la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le maire n'était pas régulièrement habilité par le conseil municipal à agir en justice au nom de la commune ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 avril 2023 à 12 heures.
Un mémoire produit par l'Agence Régionale de Santé le 29 mai 2023 n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani ;
- les conclusions de Mme Conesa-Terrade, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Hourmant, représentant l'Agence Régionale de Santé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, représentant la société Pharmacie Binet, qui exerce la profession de pharmacienne, était titulaire de l'officine de pharmacie SELARL " Pharmacie Binet V " située à Ger pour laquelle elle disposait d'une licence. En 2000, Mme A a procédé à l'acquisition du fonds de commerce de la pharmacie de l'Abbaye située à Lonlay-l'Abbaye, pour l'exploitation de laquelle elle a obtenu une licence. L'intéressée a alors déclaré auprès du directeur général de l'ARS de Normandie la cessation d'activité de l'officine Pharmacie Binet et a indiqué restituer sa licence le 31 octobre 2020. Toutefois, le 19 octobre 2020, Mme A a demandé au directeur général de l'ARS de lui accorder, à titre exceptionnel, un sursis à la restitution de cette licence d'une durée d'une année, afin de trouver un candidat à la reprise de la pharmacie Binet, conformément aux souhaits du maire de Ger. Un délai d'un an lui a été accordé à compter du 1er novembre 2020 par un courrier du 2 novembre 2020. Le conseil régional de l'Ordre des Pharmaciens a néanmoins estimé que Mme A ne pouvait détenir deux licences et l'a, par suite, mise en demeure de régulariser sa situation sous peine de perdre le bénéfice de sa nouvelle licence. Par un courrier du 17 décembre 2020 adressé au directeur général de l'ARS de Normandie, l'intéressée a indiqué restituer définitivement la licence de l'officine de pharmacie située à Ger à la date du 1er janvier 2021. Le directeur général de l'ARS de Normandie a constaté la caducité de cette licence au 31 décembre 2020 par une décision du même jour. Le maire de Ger a formé un recours gracieux contre la décision du 31 décembre 2020, qui a été rejeté par un courrier du 19 mars 2021. Par sa requête, la commune de Ger demande l'annulation de la décision du 31 décembre 2020 procédant à l'abrogation de la décision du 2 novembre 2020 ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 5125-5-1 du code de la santé publique : " Toute opération de restructuration du réseau officinal réalisée au sein d'une même commune ou de communes limitrophes à l'initiative d'un ou plusieurs pharmaciens ou sociétés de pharmaciens et donnant lieu à l'indemnisation de la cessation définitive d'activité d'une ou plusieurs officines doit faire l'objet d'un avis préalable du directeur général de l'agence régionale de santé. / La cessation définitive d'activité de l'officine ou des officines concernées est constatée dans les conditions prévues à l'article L. 5125-22 ". Aux termes de l'article L. 5125-22 du même code : " En cas de cessation définitive d'activité de l'officine, son titulaire, ou en cas de décès ses héritiers, déclare cette cessation auprès du directeur général de l'agence régionale de santé. / Lorsqu'elle n'est pas déclarée, la cessation d'activité est réputée définitive dès lors qu'aucune activité n'a été constatée pendant douze mois consécutifs. / Le directeur général de l'agence régionale de santé constate la caducité de la licence par arrêté. ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas de cessation définitive de l'activité d'une officine déclarée par son titulaire, le directeur général de l'ARS est tenu de constater la caducité de la licence sans pouvoir exercer d'appréciation sur la situation.
3. Aux termes de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration peut, selon le cas et sans condition de délai, abroger ou retirer une décision créatrice de droits, même légale, si son retrait ou son abrogation n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers et s'il s'agit de la remplacer par une décision plus favorable au bénéficiaire ".
4. La commune de Ger soutient sur le fondement des dispositions de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 3, que le directeur général de l'ARS de Normandie a commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée pour abroger la décision du 2 novembre 2020 par laquelle il avait accordé à Mme A un sursis d'une année à la restitution de sa licence alors que ces dispositions laissent une simple faculté à l'administration d'abroger une décision créatrice de droits lorsque les conditions énoncées par celles-ci sont remplies.
5. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 1, il ressort des pièces du dossier, que par un courrier du 24 juin 2020, Mme A a informé le directeur général de l'ARS de Normandie de la cessation définitive de son activité et de la restitution de sa licence au 31 octobre 2020. Si, par un courrier du 2 novembre 2020, le directeur général de l'ARS lui a accordé un sursis d'une année afin de trouver un repreneur, Mme A a finalement indiqué, par un courrier du 17 décembre 2020, qu'elle entendait restituer définitivement la licence de l'officine de pharmacie située à Ger à la date du 1er janvier 2021. Conformément aux dispositions énoncées au point 2, le directeur général de l'ARS de Normandie était en situation de compétence liée pour constater la caducité de la licence délivrée pour l'exploitation de l'officine dont l'activité avait cessé au 31 octobre 2020, sans qu'y fasse obstacle le sursis d'un an qui lui avait été préalablement octroyé dès lors que la seule indication par l'intéressée de la restitution définitive de la licence, en suite de la déclaration de cessation d'activité qu'elle avait effectuée, imposait à l'administration de constater la caducité de celle-ci sans disposer d'une quelconque marge d'appréciation. Il résulte de ce qui précède que la commune de Ger ne peut utilement soutenir que, par sa décision du 19 mars 2021 rejetant son recours gracieux, le directeur général de l'ARS s'est cru à tort en situation de compétence liée pour abroger la décision du 2 novembre 2020. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés du défaut d'examen complet de la demande, de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision du 31 décembre 2020 sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la pharmacie Binet, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la commune de Ger doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence celles aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ARS de Normandie qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Ger au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune requérante une somme au titre des frais exposés par la société Pharmacie Binet et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Ger est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Pharmacie Binet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Ger, à la société Pharmacie Binet et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée, pour information, à l'Agence Régionale de Santé de Normandie.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
X. MONDESERT
La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne et au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A.Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026