vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TAFOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2021, la SAS La Caravelle, représentée par Me Taforel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-043-URB du 26 mars 2021 par lequel le maire de
La Haye s'est opposé à la déclaration préalable de division en vue de créer trois parcelles
à bâtir sur la parcelle cadastrée section AC n° 0048 ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 2021-044-URB du 26 mars 2021 par lequel le maire de
La Haye a rejeté la demande de permis d'aménager relative à la création de quatre
parcelles à bâtir ainsi qu'un espace de retournement sur la parcelle cadastrée section AC
n° 0048 ;
3°) d'enjoindre au maire de La Haye de délivrer les autorisations d'urbanisme sollicitées dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer ses demandes dans les mêmes conditions de délai ;
4°) d'enjoindre à la commune de La Haye de procéder au déplacement de la canalisation située sur le terrain afin de la mettre en conformité avec la législation sur l'environnement et les plans des autorisations d'urbanisme sollicitées ;
5°) de mettre à la charge de la commune de La Haye la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la consultation de l'architecte des Bâtiments de France, dès lors qu'elle était superflue et qu'elle a retardé indûment le délai d'instruction, entache d'irrégularité les décisions attaquées ;
- le motif tiré de ce qu'un unique permis d'aménager aurait dû être sollicité dès lors que les projets se rapportent à une même unité foncière est mal fondé ;
- le maire de La Haye s'est cru lié, à tort, par l'avis du syndicat d'assainissement Les Roselières ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'assainissement est mal fondé ;
- les décisions attaquées sont entachées de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, la commune de La Haye, représentée par la SELARL Juriadis, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête n'est pas recevable, dès lors qu'elle vise plusieurs décisions qui n'ont pas entre elles un lien suffisant ;
- le maire de La Haye se trouvait en situation de compétence-liée pour rejeter les demandes dès lors qu'elles auraient dû faire l'objet d'une demande de permis d'aménager unique ;
- à le supposer fondé, le moyen tiré de ce que la consultation de l'architecte des Bâtiments de France entache d'irrégularité les décisions attaquées n'a pas eu pour effet de priver la société requérante d'une garantie ou d'exercer une influence sur le sens de ces décisions ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de déplacement de la canalisation présente sur le terrain.
La commune de La Haye a présenté ses observations en réponse à ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 7 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- les observations de Me Taforel, représentant la SAS Caravalle et celles de Me Debuys pour la commune de La Haye.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS La Caravelle a déposé le 2 février 2021 une déclaration préalable de division en vue de créer trois terrains à bâtir sur la parcelle cadastrée section AC n° 0048, située chemin des Merisiers à La Haye. Par un arrêté n° 2021-043-URB du 26 mars 2021, le maire de La Haye s'est opposé à cette déclaration préalable. La SAS La Caravelle a en outre déposé le 2 février 2021 une demande de permis d'aménager, portant sur la même parcelle, relatif à la création de quatre terrains à bâtir ainsi qu'un espace de retournement. Par un arrêté n° 2021-044-URB du 26 mars 2021, le maire de La Haye a rejeté cette demande de permis d'aménager.
Sur la recevabilité :
2. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, le juge administratif statue comme juge de plein contentieux.
3. En l'espèce, si la requérante forme dans la présente instance des conclusions aux fins de déplacement d'une canalisation, propriété du syndicat d'assainissement Les Roselières, traversant son terrain, la société se borne à produire des courriers échangés avec ce syndicat au sujet de cette canalisation qui révèlent un litige quant à la portée d'une convention d'autorisation de passage de la canalisation mais n'indiquent pas que la SAS La Caravelle en ait demandé sans succès la démolition ou le déplacement à l'administration. Dès lors, la SAS La Caravelle n'est pas recevable à saisir le juge administratif d'une demande de déplacement de la canalisation litigieuse. Les conclusions formées en ce sens doivent en conséquence être rejetées.
4. En second lieu, les conclusions d'une requête collective, qu'elles émanent d'un requérant qui attaque plusieurs décisions ou de plusieurs requérants qui attaquent une ou plusieurs décisions, sont recevables dans leur totalité si elles présentent entre elles un lien suffisant.
5. La requête est dirigée contre une décision d'opposition à déclaration préalable et une décision de refus de permis d'aménager se rapportant à la création de lotissements de sept terrains à bâtir contigus, situés sur une même parcelle cadastrale. Les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions présentent ainsi entre elles un lien suffisant de sorte que la requérante est recevable à présenter ses conclusions par une seule requête. Il en résulte que la fin de non-recevoir opposée par la commune de La Haye doit être écartée.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article R. 421-19 du même code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / -qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; / -ou qui sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement () ". L'article L. 442-3 du même code dispose : " Les lotissements qui ne sont pas soumis à la délivrance d'un permis d'aménager doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". Une unité foncière est un îlot de propriété d'un seul tenant, composé d'une parcelle ou d'un ensemble de parcelles appartenant à un même propriétaire ou à la même indivision.
7. Lorsqu'il est constaté que des travaux sont, en vertu des dispositions du code de l'urbanisme, soumis à l'obligation d'obtenir un permis d'aménager mais n'ont fait l'objet que d'une simple déclaration, le maire est tenu de s'opposer aux travaux déclarés et d'inviter le pétitionnaire à présenter une demande de permis d'aménager.
8. Il ressort des pièces du dossier que les quatre terrains à bâtir objet de la demande de permis d'aménager ont vocation à être desservis par une même voie privée et à partager un même espace de retournement. Ils se situent en outre dans le périmètre d'une servitude de protection des monuments historiques. Ces quatre terrains ont vocation, dès lors, à constituer un lotissement dont la réalisation doit, en application du a) de l'article R. 421-19 précité, être précédée d'un permis d'aménager. La commune de La Haye soutient toutefois que les trois terrains objet de la déclaration préalable forment avec ces quatre terrains, en raison des liens physiques ou fonctionnels entre eux, un ensemble immobilier unique, de sorte que la division de l'ensemble des sept lots litigieux aurait dû faire l'objet d'une unique demande de permis d'aménager.
9. Si les sept lots en cause, tous situés sur la parcelle cadastrée section AC n° 0048, propriété de la société requérante, forment une unité foncière au sens de l'article L. 442-1 précité, il apparaît également que les trois terrains objet de la déclaration préalable n'ont pas de liens fonctionnels avec les quatre autres terrains soumis à permis d'aménager. Par ailleurs, la commune n'indique pas dans quelle mesure la présentation de deux demandes d'autorisations d'urbanisme distinctes a été susceptible de fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'allégation de la commune selon laquelle les trois terrains litigieux se trouvent dans le périmètre de protection des abords d'un monument historique manque en fait. Dans ces conditions, et alors même qu'une unique déclaration préalable relative à la création de lotissements sur l'ensemble de la parcelle cadastrée section AC n° 0048 avait été déposée par la société requérante le 17 avril 2020, la commune n'est pas fondée à soutenir que le maire était tenu de s'opposer aux travaux déclarés.
10. En deuxième lieu et pour les mêmes motifs, c'est à bon droit que la requérante soutient que le motif de l'arrêté attaqué, tiré de la nécessité de solliciter un unique permis d'aménager pour les deux projets en cause, est infondé.
11. En troisième lieu, une autorité administrative est libre de recueillir, avant de prendre sa décision, tous les éléments d'information qui lui paraissent utiles, et notamment de solliciter des avis, à la condition toutefois de ne pas s'estimer liée par ces avis. Alors même que les trois terrains objet de la déclaration préalable ne se trouvaient pas dans le périmètre de protection des abords d'un monument historique, la commune de La Haye, qui ne s'est pas estimée liée par son avis, avait la faculté de consulter l'architecte des Bâtiments de France. Le moyen tiré de ce que la consultation de l'architecte des Bâtiments de France entache d'irrégularité les décisions attaquées doit par suite être écarté.
12. En quatrième lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le maire de La Haye ne s'est pas cru lié par l'avis du syndicat d'assainissement Les Roselières. Par suite, le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.
13. En cinquième lieu, la requérante soutient que le motif tiré de l'absence de desserte du terrain d'assiette du projet par un réseau d'assainissement est entaché d'inexactitude. Il fait valoir qu'un courrier du 9 février 2021 adressé par le syndicat d'assainissement Les Roselières indique que le terrain est desservi par un tel réseau et que la commune, à l'occasion d'une déclaration préalable déposée pour la même parcelle, en 2020, n'avait pas relevé l'absence de desserte. Si la commune fait valoir que les précisions demandées à la SAS La Caravelle par le syndicat d'assainissement quant aux conditions techniques et financières de la desserte n'étaient pas suffisantes pour que la faisabilité d'un raccordement soit regardée comme établie, il résulte de l'échange de courriers entre la société et ce syndicat que cette allégation manque en fait. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que le motif tiré de l'insuffisante desserte par le réseau d'assainissement est entaché d'inexactitude.
14. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation des arrêtés attaqués en date du 26 mars 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. Il résulte des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, de l'article L. 600-4-1 du même code et de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation d'urbanisme ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à cette autorité de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de la commune de La Haye de délivrer le permis d'aménager et la décision de non-opposition à déclaration préalable sollicités par la société requérante dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Haye la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à verser à la SAS La Caravelle. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS La Caravelle, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, la somme que la commune de La Haye demande sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du maire de La Haye n° 2021-043-URB du 26 mars 2021 portant opposition à déclaration préalable et n° 2021-044-URB du même jour portant refus de permis d'aménager sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de La Haye de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SAS La Caravelle en vue de créer trois parcelles à bâtir sur la parcelle cadastrée section AC n° 0048 et un permis d'aménager relatif à la création de quatre parcelles à bâtir ainsi qu'un espace de retournement sur la même parcelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de La Haye versera la somme de 1 500 euros à la SAS La Caravelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de La Haye fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS La Caravelle et à la commune de La Haye.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Guillou, président,
Mme Saint-Macary, première conseillère,
M. Blanchard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.
Le rapporteur,
SIGNÉ
A. A
Le président,
SIGNÉ
H. GUILLOU
La greffière,
SIGNÉ
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
No 2101203
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026