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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101224

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101224

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOCQUILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juin 2021 et 5 août 2022, M. A B, représenté par Me Bocquillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le maire de Bretoncelles a retiré le permis de construire du 25 septembre 2020 autorisant la construction d'un hangar agricole ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bretoncelles la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le principe du contradictoire prévu à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ; le maire a retiré le permis de construire avant l'expiration du délai qui lui était imparti pour présenter ses observations ;

- en considérant que la destination agricole du projet de construction n'était pas justifiée, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 août 2021 et 28 septembre 2022, la commune de Bretoncelles conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le projet méconnaît l'article 9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, en raison des conditions de desserte de la parcelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme D E,

- et les observations de Me Bocquillon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 septembre 2020, le maire de Bretoncelles a délivré à M B un permis de construire un hangar équipé de panneaux photovoltaïques sur la toiture. Toutefois, le maire de Bretoncelles a, à la demande du préfet de l'Orne, retiré le permis de construire par un arrêté du 3 décembre 2020 dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Il résulte de ces dispositions que la décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Toutefois, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le bénéficiaire d'un permis de construire que le maire envisage de retirer. La décision de retrait prise par le maire est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire de cette autorisation d'urbanisme a été effectivement privé de cette garantie.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 13 novembre 2020, le maire de Bretoncelles a informé M. B de son intention de procéder au retrait du permis de construire qu'il lui a délivré le 25 septembre 2020 et lui a demandé de lui transmettre ses éventuelles observations dans un délai de quinze jours. M. B ayant réceptionné ce courrier le 20 novembre 2020, le délai de quinze jours expirait le 4 décembre 2020 à minuit. Or, le maire a pris la décision attaquée de retrait le 3 décembre 2020, soit avant l'expiration du délai que le maire avait lui-même imparti à M. B pour présenter ses observations. En outre, et alors que les visas de l'arrêté attaqué indiquent que M. B n'a pas formulé d'observations dans le cadre de la procédure contradictoire, il ressort des pièces du dossier que M. B, par courrier du 2 décembre 2020, reçu en mairie le 4 décembre 2020, soit dans le délai imparti, a présenté des observations écrites. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué par la commune, que la décision de retrait serait intervenue dans un cas d'urgence de nature à dispenser le maire de l'obligation de respecter la procédure contradictoire dont il avait lui-même fixé le terme. Enfin, les échanges qui ont eu lieu sur le site, le 21 novembre 2020, entre M. B, son père, le maire de la commune et les riverains ne sauraient être regardés comme ayant permis au pétitionnaire de présenter utilement ses observations sur la décision de retrait envisagée. La commune ne saurait davantage se prévaloir des échanges entre M. B et le service instructeur " pour compléter les justifications et besoins réels du projet ", échanges antérieurs au courrier du 13 novembre 2020. Il ressort de l'ensemble de ces éléments que M. B, qui ne peut être regardé comme ayant été mis à même de présenter ses observations, a été privé d'une garantie. Le moyen tiré de ce que la décision de retrait du 3 décembre 2020 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière doit, dès lors, être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; () ".

5. Il ressort de l'arrêté du maire de Bretoncelles du 3 décembre 2020 que le permis de construire un hangar agricole comportant des panneaux photovoltaïques délivré, le 25 septembre 2020, à M. B, agriculteur qui exerce une activité céréalière, a été retiré au motif que le projet ne comporte pas les éléments nécessaires pour justifier la nécessité agricole du projet " laissant une marge trop importante au volet énergétique, seule justification réelle - compréhensible mais non admissible par les textes - de l'emplacement du projet à proximité d'un poste de distribution publique d'électricité et en conséquence dissocié du siège d'exploitation - avec possibilités d'évolutions - situé sur la commune historique de Coulonges-les-Sablons ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan joint au courrier de M. B adressé le 2 décembre 2020 au maire de la commune, que le projet de construction d'un hangar agricole de 798 mètres carrés sur la parcelle LY n° 26 à Bretoncelles doit lui permettre de stocker l'ensemble du matériel nécessaire à l'exploitation agricole, tels que des rouleaux, des semoirs, une moissonneuse, des tracteurs et remorques, le hangar dont il dispose à Coulonges-les-Sablons, siège de l'exploitation, devant être utilisé pour stocker les engrais et une partie des céréales. En outre, si la construction projetée est réalisée non pas à proximité immédiate du siège d'exploitation à Coulonges-les-Sablons mais à une distance, au demeurant faible, de deux kilomètres de ce siège, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire est propriétaire de la parcelle d'assiette du projet et qu'il exploite, outre les 125 hectares de terres à Coulonges-les Sablons, 25 hectares de terres à Bretoncelles, soit un total de 150 hectares, pour une production en céréales moyenne de 1 000 tonnes par an et un besoin en engrais d'environ 130 tonnes. A cet égard, si M. B dispose d'un bâtiment de stockage de 300 mètres carrés sur son siège d'exploitation, la superficie du hangar dont la construction est projetée ne semble pas, eu égard à l'importance des surfaces exploitées, surdimensionnée par rapport aux besoins de l'exploitation agricole. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la construction, sur la parcelle LY n° 26 à Bretoncelles, du hangar pour lequel M. B avait obtenu un permis de construire le 25 septembre 2020 doit être regardée comme nécessaire à son exploitation agricole. En outre, la circonstance que le projet prévoit l'installation de panneaux photovoltaïques sur la toiture du hangar, facilitée par la présence, à proximité, d'un poste de distribution publique d'électricité, n'est pas de nature, en l'espèce, à lui retirer son caractère de construction nécessaire à l'exploitation agricole. Enfin, il ressort de l'avis de la chambre d'agriculture de l'Orne, dont se prévaut la commune, qu'elle a émis un avis favorable sur le projet estimant que " le projet de construction est bien en lien avec une activité de cultures céréalières ". Dans ces conditions, en estimant que le hangar objet du permis de construire du 25 septembre 2020 n'est pas nécessaire à l'exploitation agricole de M. B, le maire de Bretoncelles a entaché sa décision de retrait dudit permis d'une erreur d'appréciation.

6. En dernier lieu, la commune soutient, dans ses écritures, que le projet méconnaît l'article 9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, en raison des conditions de desserte de la parcelle. Si la commune a entendu solliciter une substitution de motifs, cette demande n'est pas assortie d'éléments suffisants permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être rejetée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le maire de Bretoncelles a retiré le permis de construire qu'il lui avait délivré le 25 septembre 2020.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bretoncelles la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B au titre des frais exposés par la commune.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 décembre 2020 du maire de Bretoncelles est annulé.

Article 2 : La commune de Bretoncelles versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bretoncelles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bretoncelles.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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