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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101284

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101284

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 juin 2021, le 27 juillet 2021 et le 22 août 2022, M. B A, représenté par la SELARL Christophe Launay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de perception du 28 octobre 2020 par lequel la rectrice de l'académie de Normandie l'a rendu redevable de la somme de 30 097,61 euros au titre d'un indu de rémunération, ensemble le rejet de sa réclamation préalable, et de le décharger du paiement de la somme de 30 097,61 euros ;

2°) d'annuler la mise en demeure de payer du 12 juillet 2021 et de le décharger du paiement des sommes dont elle procède ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que le titre de perception attaqué :

- émane d'un signataire incompétent ;

- ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ne comporte pas les bases de sa liquidation, en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- est entaché d'un défaut de base légale, faute d'existence de la créance dont le recouvrement est poursuivi, dès lors que le demi-traitement, le supplément familial de traitement, l'indemnité de résidence et l'indemnité compensatrice de la hausse de la contribution sociale généralisée qui lui ont été versés dans l'attente de l'avis du comité médical s'étant prononcé sur son aptitude à reprendre le service à l'issue de sa dernière période de congé lui sont définitivement dus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marchand ;

- les conclusions de M. C ;

- et les observations de Me Garnier-Durand, substituant la SELARL Christophe Launay, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, professeur d'activité physique et sportive, a été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période comprise entre le 23 septembre 2015 et le 9 février 2018, puis en congé pour maladie ordinaire à compter du 9 février 2018. A compter du 9 mai 2018, il a perçu un demi-traitement, dans l'attente de la régularisation de sa situation. Par un avis du 28 mars 2018, la commission de réforme l'a déclaré inapte à la reprise du service. Par un arrêté du 16 juillet 2020, la rectrice de l'académie de Normandie a prononcé la retraite d'office pour invalidité de M. A, avec effet rétroactif au 9 février 2019. Le 28 octobre 2020, la rectrice de l'académie de Normandie a émis un titre de perception rendant M. A redevable du remboursement des sommes perçues par ce dernier depuis le 9 février 2019 jusqu'à la décision prononçant sa mise à la retraite d'office. M. A demande l'annulation de ce titre, la décharge du paiement des sommes recouvrées et l'annulation de la mise en demeure de payer émise le 12 juillet 2021 en vue du recouvrement des sommes mises à sa charge par le titre de perception.

2. Aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, () il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical ou la commission de réforme, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. La circonstance que la décision prononçant l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par les dispositions précitées. En conséquence, la rectrice de l'académie de Normandie ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, demander à M. A de reverser les demi-traitements qu'il a perçus à concurrence de la somme de 30 097,61 euros, lesquels ont le caractère d'actes créateurs de droits et doivent rester acquis à l'intéressé.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à solliciter l'annulation du titre de perception du 28 octobre 2020 et de la mise en demeure du 12 juillet 2021 et la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par ce titre et cette mise en demeure.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception du 28 octobre 2020 par lequel la rectrice de l'académie de Normandie a rendu M. A redevable d'une somme de 30 097,61 euros et la mise en demeure émise le 12 juillet 2021 en vue du recouvrement de ce titre sont annulés.

Article 2 : M. A est déchargé de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par le titre de perception du 28 octobre 2020 et la mise en demeure du 12 juillet 2021.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la rectrice de l'académie de Normandie et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise au directeur départemental des finances publiques du Calvados.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

A. MARCHAND

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M. PILLAIS

Le président-rapporteur,

A. MARCHAND

L'assesseure la plus ancienne,

M. PILLAIS

Le président-rapporteur,

A. MARCHAND

L'assesseure la plus ancienne,

M. PILLAIS La greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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