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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101357

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101357

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantLELOUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin 2021 et 24 mars 2022, M. A le Jeune B, représenté par Me Lelouey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires enregistrés les 23 juillet 2021 et 4 avril 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Lelouey, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A le Jeune B, ressortissant camerounais né le 29 mars 1968, est entré une première fois en France le 24 février 2002 muni d'un visa de court séjour. A compter du 9 mai 2006 jusqu'au 25 octobre 2012, il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. A la suite de la séparation du couple, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 31 octobre 2012, qu'il a exécutée. Il est entré une seconde fois en France, de manière irrégulière, le 8 juillet 2017. Il a formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui a été enregistrée le 25 février 2021. Du silence du préfet pendant quatre mois sur sa demande est née une décision implicite de rejet, dont il demande l'annulation.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". D'autre part, la décision de refus de titre de séjour doit être motivée en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Aux termes de l'article L. 232-4 de ce même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B a été enregistrée le 25 février 2021. S'il a demandé la communication des motifs du rejet de sa demande le 5 février 2021, aucune décision implicite n'était née à cette date. Il n'a par ailleurs pas sollicité la communication des motifs de la décision après le rejet implicite de sa demande le 25 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. D'autre part, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la décision attaquée, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable.

5. Si M. B se prévaut de la présence régulière de sa mère et de son frère en France et dit envisager reprendre une vie affective avec son épouse française dont il est séparé, ni l'intensité de ses liens avec les membres de sa famille, ni la reprise de ses liens affectifs avec son épouse ne ressortent des pièces du dossier alors que, par ailleurs, sa sœur réside dans son pays d'origine. S'il se prévaut également de la durée de son séjour en France de 2002 à 2012 et depuis 2017, il ne fait pas état d'une insertion dans la société française telle qu'elle serait de nature à constituer un motif exceptionnel et il ressort des pièces du dossier qu'il est âgé de 53 ans et a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est titulaire d'un titre professionnel en matière de chaudronnerie obtenu en 2004, a effectué plusieurs stages et formation en matière, notamment, d'électricité et de soudure entre 2007 et 2010, a travaillé durant son premier séjour en France, a exercé un emploi en montage de charpente métallique de novembre 2019 à octobre 2020 et a obtenu une promesse d'embauche en qualité de soudeur, postérieurement à la décision attaquée. Ces éléments ne sont pas de nature à révéler une insertion professionnelle stable et ancienne de l'intéressé, qui n'occupait d'ailleurs pas d'emploi à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A le Jeune B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guillou, président,

Mme Saint-Macary, première conseillère,

M. Blanchard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

SIGNÉ

M. SAINT-MACARY

Le président,

SIGNÉ

H. GUILLOU

La greffière,

SIGNÉ

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière

C. Bénis

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