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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101566

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101566

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE & ASSOCIEES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 juillet 2021, le 9 décembre 2021 et le 13 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le directeur de l'établissement public de santé mentale de Caen a prononcé sa révocation ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'établissement public de santé mentale de Caen de le réintégrer et reconstituer sa carrière dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale de Caen une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision prononçant sa suspension est insuffisamment motivée ;

- les faits sur lesquels elle se fonde sont prescrits, et sont dès lors insusceptibles de fonder une sanction disciplinaire ;

- les faits sur lesquels elle se fonde ne sont pas établis, ni constitutifs de fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire ;

- la sanction présente un caractère disproportionné.

Par des mémoires enregistrés le 11 octobre 2021 et le 8 août 2022, l'établissement public de santé mentale de Caen, représenté par Me Lacroix, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'établissement public de santé mentale de Caen fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 09 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- les observations de Me Launay, représentant M. A, et celles de Me Lacroix, représentant l'établissement public de santé mentale de Caen.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a été recruté le 1er septembre 2000 par l'établissement public de santé mentale de Caen en qualité d'infirmier puis a été titularisé en 2003 dans le grade d'infirmer classe normale. Depuis 2013, il exerce ses fonctions dans l'hôpital de jour pour adultes du pôle de Lisieux. Suite à la réception de plusieurs courriers émanant de divers agents de cet hôpital, dénonçant des comportements adoptés par M. A et les propos qu'il a tenus, jugés comme déplacés, sexistes, grossophobes, homophobes et xénophobes, le directeur de l'établissement public de santé mentale a décidé d'engager une procédure disciplinaire à son encontre. Le conseil de discipline, en sa séance du 20 mai 2021, a rendu un avis favorable à la sanction de révocation. Par une décision du 25 mai 2021, dont M. A demande l'annulation, le directeur l'établissement public de santé mentale de Caen a prononcé sa révocation.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, " () l'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de révocation attaquée, énonce sous forme de rubriques synthétiques suffisamment précises, à savoir un ensemble " d'agissements et de propos attentatoires à la dignité, racistes, homophobes, xénophobes et grossophobes à l'égard ou en présence de collègues ou de patients ", les faits qu'elle a entendu retenir pour fonder la sanction infligée au requérant. Ces faits sont explicités et circonstanciés dans le rapport de saisine expressément visé par la décision attaquée et préalablement remis à l'intéressé, que celui-ci a, d'ailleurs, lui-même versé au dossier. Dans ces conditions, la décision attaquée a permis à M. A de connaitre de manière suffisamment précise et circonstanciée les motifs de la sanction qui le frappe. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a engagé à l'encontre de M. A une procédure disciplinaire pour les faits relatés dans le rapport de saisine en date du 16 avril 2021. Indépendamment de la date à laquelle ces faits ont été commis, aucun élément versé au dossier n'est de nature à établir que l'administration avait, avant le 16 avril 2018, date la plus ancienne à laquelle elle pouvait remonter sans que puisse lui être légalement opposée la prescription, connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur de ces faits, sur la base desquels la procédure disciplinaire à l'origine de la sanction litigieuse a été engagée. Par suite, le moyen tiré de la prescription des faits qui fondent la sanction attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / La radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; / Troisième groupe : / La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / La mise à la retraite d'office, la révocation () ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport disciplinaire, des comptes rendus d'entretiens produits au dossier ainsi que des témoignages, nombreux, précis et concordants versés au dossier, que M. A, de façon réitérée, a adopté une attitude caractérisée par des agissements et des propos à teneur sexiste, grossophobe, xénophobe, homophobe et dégradante tant dans ses relations avec ses collègues qu'avec la patientèle, particulièrement vulnérable. Si M. A se prévaut d'un certain nombre d'attestations le présentant comme une personne bienveillante, compétente et justifiant d'un bon comportement, cette circonstance n'a pas pour effet de remettre en cause l'exactitude matérielle des faits qui lui sont reprochés et qui doivent, ainsi, être regardés comme établis. Ces faits, qui traduisent des manquements graves de M. A à ses obligations professionnelles, sont constitutifs de fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que les faits reprochés à M. A ne sont pas établis, ni fautifs, doit être écarté.

9. Eu égard à la gravité des faits commis par M. A, l'autorité disciplinaire n'a pas, au regard du pouvoir d'appréciation dont elle dispose, pris une sanction disproportionnée en prononçant à son encontre la sanction de révocation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 mai 2021 prononçant la révocation de M. A doivent être rejetées.

Sur la demande d'injonction :

11. Par voie de conséquence de ce qui précède, les conclusions que M. A présente à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. L'établissement public de santé mentale de Caen n'étant pas la partie perdante du litige, la demande de M. A fondée sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peut qu'être rejetée.

14. En revanche, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre la somme de 1 500 euros à la charge du requérant sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera la somme de 1 500 euros à l'établissement public de santé mentale de Caen au titre des frais d'instance.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'établissement public de santé mentale de Caen.

Copie pour information sera transmise à l'ordre des infirmiers de la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président-rapporteur,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le premier conseiller,

Signé

A. BERRIVIN

Le président - rapporteur,

Signé

X. B

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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