vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET BRAND & FAUTRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 juillet et 24 novembre 2021, et 21 novembre 2022, Mme B D, représentée par le cabinet Brand et Fautrat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :
1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle l'inspection du travail a accepté la demande de constatation du terme de son contrat de travail à durée déterminée et a indiqué que sa décision prendrait effet à compter du 1er février 2021, et la décision du 21 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de poser une question préjudicielle au conseil des prudhommes et de surseoir à statuer dans l'attente du jugement portant sur la requalification de son contrat de travail à durée déterminée en contrat de travail à durée indéterminée, et ce de manière rétroactive à compter du 9 janvier 2017
3°) de mettre à la charge de l'Etat, ou de la Caisse nationale d'allocations familiales, la somme de 2 500 euros au titre des frais d'instance.
Elle soutient que :
- les décisions contestée sont insuffisamment motivées ;
- elles sont fondées sur des faits erronés dès lors que le poste qu'elle occupait en tant que remplaçante n'est pas supprimé ;
- l'administration était tenue de refuser la cessation de son contrat de travail à durée dès lors que cette demande était directement en lien avec son mandat ;
- son contrat de travail à durée déterminée doit être requalifié en contrat de travail à durée indéterminée.
Par un mémoire enregistré le 22 octobre 2021, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés les 17 septembre 2021 et 20 janvier 2022, la Caisse nationale d'allocations familiales, représentée par Me Tassel, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de Mme D la somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Mme D et de Me Tassel, représentant la Caisse nationale des allocations familiales.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D a bénéficié de contrats de travail à durée déterminée à partir du 9 janvier 2017, conclus avec la Caisse nationale des allocations familiales et a été élue membre suppléant au comité social et économique à compter du 15 octobre 2019. Elle a été embauchée pour remplacer un agent qui, le 18 novembre 2020, a informé son employeur qu'il comptait faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er février 2021. A l'occasion de ce départ en retraite, la Caisse nationale des allocations familiales a supprimé le poste en question et a demandé à l'inspection du travail de constater le terme du contrat de travail à durée déterminée passé avec Mme D. Par décision du 27 janvier 2021, l'inspecteur du travail a accepté cette demande. Par une décision du 21 mai 2021, le recours gracieux a été rejeté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.2421-7 du code du travail : " La rupture du contrat de travail à durée déterminée d'un salarié mentionné à l'article L. 2412-1 est soumise à la même procédure que celle prévue à la section 1, applicable en cas de licenciement ". Aux termes de l'article R. 2421-12 du même code : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée ".
3. Les décisions de l'inspecteur du travail du 27 janvier et du 21 mai 2021 comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles précisent en particulier, par référence explicite à une note de contextualisation interne dont l'intéressée avait eu connaissance, que, dans le cadre de la convention d'objectif et de gestion conclue avec le ministère chargé des solidarités, la Caisse nationale d'allocations familiales avait décidé de ne pas remplacer certains départs en retraite et que le poste que Mme D occupait était au nombre de ces postes. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2412-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection en cas de rupture d'un contrat à durée déterminée prévue par le présent chapitre le salarié investi de l'un des mandats suivants : () 2° Membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique ". Aux termes de l'article L. 2421-8 du même code : " Pour l'application de la protection prévue au dernier alinéa des articles L. 2412-2, L. 2412-3, L. 2412-4, L. 2412-5, L. 2412-8, L. 2412-9 et L. 2412-13, l'arrivée du terme du contrat de travail à durée déterminée n'entraîne sa rupture qu'après constatation par l'inspecteur du travail, saisi en application de l'article L. 2412-1, que le salarié ne fait pas l'objet d'une mesure discriminatoire. L'employeur saisit l'inspecteur du travail avant l'arrivée du terme. L'inspecteur du travail statue avant la date du terme du contrat ".
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'inspecteur du travail a été saisi par l'employeur, il appartient seulement à l'administration de vérifier que la rupture du contrat ne présente pas un caractère discriminatoire, qu'elle a été valablement saisie et, par suite, que le salarié n'est pas devenu, du fait du non-respect par l'employeur de la législation, titulaire d'un contrat à durée indéterminée, le terme du contrat à durée déterminée se trouvant alors prorogé dans l'attente de la décision de l'inspecteur ou, en cas de recours hiérarchique, du ministre.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a signé, le 3 août 2018, un contrat de travail à durée déterminée pour remplacer temporairement M. A Le terme de ce contrat est fixé à la date du retour de cet agent dans son emploi. Dans le cadre d'une restructuration interne, après avoir évalué la charge de travail des ordonnateurs, la Caisse nationale d'allocations familiales a fait le choix de supprimer certains postes, dont deux postes sur le site de Caen. Cette mesure est notamment fondée sur une évaluation des besoins, réalisée au cours du premier semestre 2020 et qui avait donné lieu à un rapport intitulé " normes de productivité des activités d'ordonnancement " rendu en juillet 2020. Mme D soutient que le poste de M. A n'a pas été supprimé et qu'il est désormais occupé par M. E, le poste d'ordonnateur de M. D, qui gère un portefeuille d'achats différent de celui de M. A, est situé à Noisy-le-Grand et ce salarié, en arrêt maladie depuis février 2021, ne l'occupe pas effectivement. La Caisse nationale d'allocations familiales, contrairement à ce qu'affirme la requérante, n'a jamais annoncé le remplacement de M. A par M. A, le courriel du 8 mars 2021 dont elle se prévaut précisant que M. D occupera les fonctions d'ordonnateur sur le site de Noisy-le-Grand alors qu'il est établi que les opérations d'ordonnancement exercées sur ce site et le site de Caen portent sur des secteurs différents. Par ailleurs, la Caisse nationale d'allocations familiales dispose d'un pouvoir d'organisation de ses services et pouvait supprimer l'activité ou réduire la charge de travail à laquelle Mme D prenait part sur le site de Caen. Dès lors, la requérante ne peut pas sérieusement prétendre que le poste en cause n'a pas été supprimé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de fondement factuel de la décision doit être écarté.
7. En troisième lieu, Mme D soutient qu'il existe un lien entre son mandat de déléguée du personnel suppléant et la demande de constatation de cessation des relations contractuelles présentée par la Caisse nationale d'allocations familiales. Un tel lien ne ressort toutefois pas des pièces du dossier. L'intéressée ne verse aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation sur l'absence de lien qui a été portée par l'administration. Dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de l'existence d'un lien entre les décisions contestées et le mandat syndical de Mme D doit être écarté.
Sur le sursis à statuer :
8. Aux termes de l'article R. 771-2 du code de justice administrative : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative initialement saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle ".
9. En l'état de l'instruction, la requalification des contrats de travail successifs de Mme D en contrat à durée indéterminée est distincte du litige concernant la constatation par l'inspecteur du travail de l'absence d'une mesure discriminatoire du fait de l'exercice d'un mandat syndical. Si Mme D a saisi le conseil des prud'hommes aux fins de requalification de son contrat de travail, elle ne justifie avoir saisi cette juridiction que le 24 novembre 2022. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions des 27 janvier et 21 mai 2021, et celles tendant à ce que le tribunal décide de surseoir à statuer, doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la Caisse nationale d'allocations familiales, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
12. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que la Caisse nationale d'allocations familiales demande sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la Caisse nationale d'allocations familiales fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités et à la Caisse nationale des allocations familiales.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. C
Le président,
Signé
X. MONDÉSERT La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026