vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, la société Noz Orne, représentée par le cabinet Coudray, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle l'Agence de services et de paiement (ASP) a refusé de lui accorder le bénéfice de l'aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre à l'ASP de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'ASP la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- si, aux termes de l'article 4 du décret du 5 août 2020, la décision attaquée était dispensée de signature de l'autorité administrative, aucune mention des nom, prénom et qualité du signataire ne figurait sur l'acte attaqué en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'incompétence faute d'identification de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les conditions requises sont réunies pour qu'elle bénéficie de l'aide à l'embauche ;
- la position de la direction régionale de Normandie de l'ASP est contraire à celles d'autres directions régionales de l'ASP.
Par un mémoire enregistré le 7 avril 2022, le président de l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- dès lors qu'elle n'est pas présentée par un avocat nominativement identifiable, la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par société Noz Orne ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 7 octobre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré d'une situation de compétence liée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 2 mai 2018 relatif aux caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative ;
- le décret n° 2020-982 du 5 août 2020 instituant une aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Me Dugué, représentant la société Noz Orne.
Une note en délibéré présentée pour la société Noz Orne a été enregistrée le 17 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. La société Noz Orne a sollicité auprès de l'Agence de services et de paiement (ASP) le bénéfice d'une aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans, pour le recrutement à compter du 4 janvier 2021 d'une salariée née le 12 mai 1997. Par une décision du 11 mars 2021, l'ASP a rejeté la demande au motif que le contrat avait été conclu pour une durée inférieure à trois mois. La société a exercé auprès du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion un recours hiérarchique contre cette décision, le 26 avril 2021. Ce recours a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société Noz Orne demande au tribunal d'annuler la décision du 11 mars 2021 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat. / La signature des requêtes et mémoires par l'un de ces mandataires vaut constitution et élection de domicile chez lui ". Aux termes de l'article R. 414-1-1 du même code : " Les caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire, l'intégrité des documents adressés ainsi que la sécurité et la confidentialité des échanges entre les parties et la juridiction. Elles permettent également d'établir de manière certaine la date et l'heure de la mise à disposition d'un document ainsi que celles de sa première consultation par son destinataire. Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, définit ces caractéristiques, les exigences techniques qui doivent être respectées par les utilisateurs de l'application et les modalités d'inscription dans l'application des personnes mentionnées à l'article R. 414-1 ". Aux termes de l'article R. 414-2 du même code : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-1, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code. / Toutefois, lorsque la requête n'a pas fait l'objet d'une signature électronique au sens du second alinéa de l'article 1367 du code civil, le requérant ou son mandataire peut, en cas de nécessité, être tenu de produire un exemplaire de sa requête revêtu de sa signature manuscrite ". Aux termes de l'article 9 de l'arrêté susvisé du 2 mai 2018 : " La définition des droits d'accès à l'application Télérecours des personnes exerçant leurs fonctions au sein d'un cabinet d'avocats ou d'une administration relève exclusivement de la responsabilité des autorités compétentes au sein du cabinet ou de l'administration. L'application Télérecours permet de paramétrer les droits d'accès des personnes habilitées à s'y connecter selon, d'une part, les fonctionnalités qu'elles sont autorisées à utiliser et, d'autre part, les dossiers auxquels elles sont autorisées à accéder. Les fonctionnalités que les personnes sont autorisées à utiliser en tout ou partie comprennent la consultation de l'application, la préparation de la transmission de documents, la validation de la transmission de documents ainsi que la gestion des profils des différents utilisateurs et le paramétrage des subdivisions permettant l'accès aux dossiers ".
3. La requête présentée par la SELARL Cabinet Coudray a été adressée au greffe du tribunal administratif de Caen conformément aux dispositions précitées de l'article R. 414-1 du code de justice administrative, au moyen de l'application informatique Télérecours qui garantit la fiabilité de l'identification du mandataire des parties. D'une part, l'identification de l'auteur de la requête vaut signature pour l'application des dispositions des articles R. 414-1-1 et suivants du code de justice administrative. Aucune signature manuscrite du mandataire n'est requise. D'autre part, il appartient au seul mandataire et sous sa seule responsabilité de s'assurer des habilitations des personnes exerçant des fonctions au sein du cabinet d'avocats de signer électroniquement des documents et d'adresser des requêtes en son nom à la juridiction. L'authentification du mandataire qui introduit une requête n'impose pas l'identification de l'avocat. Dès lors que le mandataire, qui peut être une personne physique ou une personne morale, en l'espèce une SELARL qui est exclusivement composée d'avocats, et que la requête est présentée par Télérecours, l'ASP n'est pas fondée à soutenir que cette requête doit aussi être signée par un membre de la SELARL Cabinet Coudray pour permettre l'identification de son auteur.
4. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par l'ASP ne peut être accueillie.
Sur les conclusions en annulation :
5. Aux termes de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".
6. L'ASP soutient que la décision contestée a été signée par M. D C et que le caractère dématérialisé du document explique l'absence de signature manuscrite. L'ASP se prévaut du caractère dématérialisé de la décision contestée mais elle n'évoque pas l'existence d'un téléservice mis en place conformément aux dispositions précitées de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration pour le traitement des demandes d'aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans. En tout état de cause, la décision contestée ne mentionne ni les nom et prénom de son signataire ni sa qualité. Le courriel qui matérialise le refus d'octroi de l'aide à l'embauche a été adressé à la société requérante par une adresse fonctionnelle " noe-noreply@asp-public.fr " et le texte du courriel se termine par la mention " L'Agence de services et de paiement ". La société Noz Orne n'a pas été mise à même d'identifier l'auteur de la décision. Par suite, pour ce seul motif, la décision du 11 mars 2021 doit être annulée.
7. En outre, aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-982 du 5 août 2020 instituant une aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans : " Les employeurs peuvent demander le bénéfice d'une aide pour l'embauche d'un salarié de moins de 26 ans dont la rémunération telle que prévue au contrat de travail est inférieure ou égale à deux fois le montant horaire du salaire minimum de croissance. Ces conditions s'apprécient à la date de conclusion du contrat. / Sont éligibles à l'aide les employeurs mentionnés à l'article L. 5134-66 du code du travail établis sur tout le territoire national, à l'exception des établissements publics administratifs, des établissements publics industriels et commerciaux et des sociétés d'économie mixte. Les particuliers employeurs ne sont pas éligibles à l'aide. / Cette aide est attribuée sous réserve que les conditions cumulatives suivantes soient remplies : / 1° Le salarié est embauché en contrat de travail à durée indéterminée ou en contrat à durée déterminée d'une durée d'au moins trois mois ; / 2° La date de conclusion du contrat est comprise entre le 1er août 2020 et le 31 janvier 2021 ; / 3° L'employeur est à jour de ses obligations déclaratives et de paiement à l'égard de l'administration fiscale et des organismes de recouvrement des cotisations et des contributions de sécurité sociale ou d'assurance chômage, ou a souscrit et respecte un plan d'apurement des cotisations et contributions restant dues. Par dérogation, pour les cotisations et contributions restant dues au titre de la période antérieure au 30 juin 2020, le plan d'apurement peut être souscrit dans les conditions et selon les modalités définies à l'article 65 de la loi du 30 juillet 2020 de finances rectificative pour 2020 susvisée ; / 4° L'employeur ne bénéficie pas d'une autre aide de l'Etat à l'insertion, à l'accès ou au retour à l'emploi versée au titre du salarié concerné ; / 5° L'employeur n'a pas procédé, depuis le 1er janvier 2020, à un licenciement pour motif économique sur le poste concerné par l'aide ; / 6° Le salarié ne doit pas avoir appartenu aux effectifs de l'employeur à compter du 1er août 2020 au titre d'un contrat n'ayant pas ouvert droit au bénéfice de l'aide ; / 7° Le salarié est maintenu dans les effectifs de l'employeur pendant au moins trois mois à compter du premier jour d'exécution du contrat. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " L'aide est gérée par l'Agence de services et de paiement, avec laquelle l'Etat conclut une convention. / La demande tendant au bénéfice de l'aide est adressée par l'employeur par l'intermédiaire d'un téléservice auprès de l'Agence de services et de paiement dans un délai maximal de quatre mois suivant la date de début d'exécution du contrat. L'employeur atteste sur l'honneur remplir les conditions d'éligibilité mentionnées dans sa demande d'aide. / L'aide est versée sur la base d'une attestation de l'employeur justifiant la présence du salarié. Cette attestation, adressée par l'intermédiaire d'un téléservice, auprès de l'Agence de services et de paiement, est transmise avant les quatre mois suivant l'échéance de chaque trimestre d'exécution du contrat. Elle mentionne, le cas échéant, les périodes d'absence du salarié mentionnées aux a, b et c de l'article 2. / Son défaut de production dans les délais requis entraîne le non-versement définitif de l'aide au titre de cette période ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été recrutée par la société Noz Orne le 4 janvier 2021 pour une durée de cinquante-six jours et, à son terme, le 28 février 2021, par un " avenant de renouvellement au contrat de travail à durée déterminée ", la salariée et son employeur ont convenu que le contrat serait renouvelé pour une durée de 35 jours jusqu'au 4 avril 2021. D'une part, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 5 août 2020 que seules les conditions d'âge et de montant de la rémunération du salarié s'apprécient à la date de la signature du contrat de travail. D'autre part, il n'est pas contesté qu'à la date de la demande d'aide, la salariée était titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée d'une durée d'au moins trois mois conformément au 1° du 3ème alinéa du même article. Dès lors, la société remplissait les conditions requises pour ouvrir droit à l'aide prévue par le décret du 5 août 2020.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle le président-directeur général de l'ASP a rejeté la demande de la société Noz Orne d'aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans, ensemble la décision tacite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, il y a lieu d'enjoindre au président-directeur général de l'ASP de réexaminer la demande de la société Noz Orne dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ASP, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 800 euros au titre des frais d'instance dont le remboursement est demandé par la société Noz Orne en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 11 mars 2021 par laquelle l'Agence de services et de paiement a rejeté la demande d'aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans formulée par la société Noz Orne et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au président-directeur général de l'Agence de services et de paiement de procéder au réexamen de la demande de la société Noz Orne dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Agence de services et de paiement versera à la société Noz Orne la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Noz Orne, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et au président-directeur général de l'Agence de services et de paiement.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. B
Le président,
Signé
X. MONDÉSERT La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Lapersonne
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