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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101698

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101698

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 juillet 2021, le 13 janvier 2022 et le 13 septembre 2022, M. C A, représenté par la selarl Juriadis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel le maire de Blainville-sur-mer lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif ;

2°) d'enjoindre au maire de Blainville-sur-mer de lui délivrer le certificat d'urbanisme positif sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au maire de Blainville-sur-mer de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Blainville-sur-mer la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune doit justifier la compétence du signataire de l'acte et la régularité de la publication de la délégation de signature ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2021 et 8 juin 2022, la commune de Blainville-sur-mer, représentée par la selarl cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- l'arrêté peut être fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- et les observations de, Me Debuys, représentant M. A, et de Me Dugue, représentant la commune de Blainville-sur-Mer.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 25 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est propriétaire des parcelles cadastrées ZL nos157 et 158 situées au lieu-dit " La Chardotterie " à Blainville-sur-mer. Il a demandé un certificat d'urbanisme opérationnel afin de réaliser un pavillon sur ces parcelles. Par un arrêté du 22 juin 2021, le maire de Blainville-sur-mer, commune qui n'est pas dotée d'un plan local d'urbanisme, a pris un certificat d'urbanisme négatif au motif que le terrain d'assiette du projet ne se trouvait pas dans la partie actuellement urbanisée du territoire communal, qu'il méconnaissait ainsi les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et qu'il n'entrait dans aucune des exceptions admises par les dispositions de l'article L. 111-4 du même code. M. A conteste cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. () ".

3. Par un arrêté du 22 juin 2020, reçu à la sous-préfecture de Coutances le 29 juin 2020, le maire de Blainville-sur-mer a donné délégation au signataire de la décision contestée pour les " questions liées à l'instruction et à la délivrance des autorisations d'urbanisme et d'utilisation des sols suivantes énoncées au code de l'urbanisme : () certificat d'urbanisme, article L 410-1 et suivants () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être rejeté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 410-14 du code de l'urbanisme : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. "

5. Le certificat d'urbanisme, qui vise les parcelles cadastrées section ZL n°s 157 et 158, situées 10 village de la Chardotterie, reprend les termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et précise qu'" une partie urbanisée se définit par un nombre suffisant d'habitations présentes dans un périmètre restreint et d'un seul tenant, implantées de manière organisée et dense à proximité des services et équipements publics existants sur la commune " et que les parcelles en litige n'appartiennent pas aux parties urbanisées de la commune. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. " L'article L. 111-4 du même code dispose : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ; 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. "

7. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

8. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles litigieuses se situent à 1,5 kilomètre du bourg de Blainville-sur-Mer, commune qui n'est pas couverte par un document d'urbanisme, et à 600 mètres du bourg de Saint-Malo de la Lande. Ce lieu-dit est entouré de vastes espaces agricoles et naturels. Aucun service public et aucune activité à caractère professionnel n'y est implanté. La parcelle cadastrée ZL n° 158 est déjà construite et la parcelle cadastrée ZL n° 157 est entourée de constructions sur ses quatre côtés. De l'autre côté de la voie de " la Chardotterie ", sont implantés, face à la parcelle cadastrée ZL n° 157 un immeuble à usage professionnel et quatre maisons d'habitation mitoyennes récentes. A l'ouest de la parcelle, trois constructions sont implantées le long de la route départementale 244. Au Nord de cette route, seulement une vingtaine de constructions sont situées au lieu-dit " La Chardotterie ". Au sud de la route départementale, la route départementale 244 borde cette parcelle et, au sud de celle-ci, sont implantés de vastes bâtiments à usage agricole. Ainsi, l'urbanisation dans ce secteur peut être qualifiée de diffuse. Dans ces conditions, le maire pouvait se fonder sur les dispositions des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme pour refuser le certificat d'urbanisme opérationnel.

9. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de base légale demandée par la commune, de rejeter la requête de M. A, y compris ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

10. D'une part, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de M. A au titre des frais d'instance.

11. D'autre part, dès lors que la commune n'est pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge le versement de la somme que M. A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera la somme de 1 500 euros à la commune de Blainville-sur-mer au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Blainville-sur-mer.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

A. B

Le président,

signé

X. MONDÉSERTLa greffière,

signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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