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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101746

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101746

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101746
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEBEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2021, M. A C, représenté par Me Lebey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) non datée, reçue 23 juillet 2021, portant cessation des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dont il bénéficiait depuis le 14 octobre 2020 ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

M. C soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un vice de procédure, en l'absence d'entretien de vulnérabilité ;

- est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence d'information dans une langue qu'il comprend des modalités d'octroi et de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- est entachée d'une erreur de fait, s'agissant de l'existence de son refus de se soumettre à un test PCR avant embarquement pour son transfert en Italie ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une fuite ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- la décision contestée est également légalement justifiée par le motif tiré de ce qu'en application de l'article D. 553-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani ;

- et les conclusions de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant érythréen né le 8 mars 1995, M. C a présenté en France une demande d'asile le 14 octobre 2020. Le 17 décembre 2020, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes. Le 7 juin 2021, l'OFII a fait part au requérant de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait depuis le 14 octobre 2020. Par une décision, non datée, reçue par l'intéressé le 23 juillet 2021, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, le requérant sollicite l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis le 17 septembre 2021 au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire, qui sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par le directeur territorial de Caen, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par une décision du directeur général de l'OFII du 15 juillet 2017, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

5. En l'espèce, le requérant soutient qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien destiné à apprécier sa vulnérabilité et que celle-ci n'a, par suite, pas été prise en compte par l'OFII. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le 14 octobre 2020, qu'un tel entretien a eu lieu, en présence d'un interprète, le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, sans que l'intéressé n'ait au demeurant mentionné la pathologie dont il était atteint. Il ressort, en outre, du formulaire du 14 octobre 2020, intitulé " offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil " et signé par M. C que celui-ci a coché la case " je certifie avoir été évalué par l'OFII dans une langue que je comprends avec le concours d'un interprète professionnel ". Par ailleurs, l'OFII produit, à l'appui de ses écritures, une capture d'écran de l'application DN@ dont il ressort que l'état de vulnérabilité de l'intéressé a été évalué à un niveau de 1 sur 3. Au demeurant, à l'appui des observations qu'il a présentées le 7 juin 2021 en réponse au courrier l'informant de l'intention de l'OFII de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'intéressé n'a présenté aucun justificatif concernant son état de santé. M. C a, enfin, bénéficié d'une consultation médicale le 24 juin 2021. Le certificat médical établi à sa suite, dont l'OFII soutient, sans être contesté qu'il ne lui a pas été communiqué, n'a pas mis en évidence un état de vulnérabilité particulier. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.

6. En troisième lieu, le dossier comprend la copie de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil signée par M. C, le 14 octobre 2020, sur laquelle une croix a été cochée devant la mention " Je certifie avoir été informé dans une langue que je comprends des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil ". En outre, le formulaire, signé par l'intéressé le 4 juin 2021, par lequel celui-ci a déclaré refuser de se conformer à la réalisation du test PCR mentionnait les conséquences d'un tel refus et notamment celle tenant au retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Au demeurant, les observations présentées par M. C en réponse au courrier du 7 juin 2021 l'informant de l'intention de l'OFII de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, permettent de constater qu'il a bénéficié d'une information complète sur ces modalités. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'a pas été informé des modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ". Il résulte clairement de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant, dans le cas notamment où il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

8. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation du 4 juin 2021 signée par M. C, que le requérant a refusé de se soumettre, sans motif valable, au test de dépistage de la covid dont la réalisation était exigée par les autorités italiennes préalablement à toute entrée sur le territoire italien. Il ressort, en outre, de l'attestation en date du 4 juin 2021 faisant mention qu'il lui en a été donné lecture par le truchement d'un interprète dans une langue qu'il a déclaré comprendre, que M. C a été informé des conditions dans lesquelles il pouvait être déclaré en fuite et, en particulier, qu'en cas de refus de se prêter à un test de dépistage de la covid, il serait réputé s'opposer à son transfert. Cette attestation indique également les mesures encourues en cas d'opposition au transfert résultant, notamment, d'un refus de se soumettre au test de dépistage. Dans ces conditions, dès lors que la production d'un résultat négatif à un test PCR était une condition nécessaire au caractère effectif du transfert, que l'intéressé ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à ce test et qu'il connaissait la portée de son refus, il doit être regardé comme s'étant soustrait de manière intentionnelle et systématique à l'exécution du transfert organisé, se mettant ainsi en situation de fuite au sens de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013, sans qu'il ne puisse utilement soutenir qu'une unique soustraction à ces obligations ne permettrait pas de caractériser l'existence d'une telle fuite. Enfin, si les éléments médicaux produits par M. C révèlent qu'il a suivi au cours du premier semestre 2021 un traitement au CHU contre la tuberculose, l'intéressé n'établit pas, par les pièces versées au dossier, qu'il se serait trouvé au jour de la décision contestée dans une situation de vulnérabilité faisant obstacle à ce qu'il soit mis un terme aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil en raison du refus de l'intéressé de se soumettre à un test PCR, le directeur de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de fait quant à l'existence d'un refus de se soumettre à un test PCR et d'erreurs d'appréciation portant sur l'existence d'une situation de fuite et portant sur la situation de vulnérabilité de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs présentée par l'OFII, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Lebey et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHAND

La greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

le greffier,

J. Lounis

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