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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101839

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101839

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation1ère chambre
Avocat requérantFAYOL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 août 2021 et le 9 septembre 2022, M. F C, représenté par Me Soublin, demande au tribunal :

1°) de sursoir à statuer et de poser une question préjudicielle au juge judiciaire en cas d'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de la transmission de la concession funéraire ou de la qualité du plus proche parent pour procéder à une exhumation ;

2°) d'annuler la décision du 18 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Cabourg a refusé de délivrer l'autorisation d'inhumation dans la concession n° 444 du cimetière de Cabourg et d'autoriser l'ouverture de la sépulture pour des travaux de réalisation d'un caveau, et d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Cabourg a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Cabourg de faire droit à sa demande dans le délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Cabourg une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît les articles L. 2223-3 et L. 2223-13 du code général des collectivités territoriales ;

- est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article R. 2213-40 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 14 mars 2022 et le 16 novembre 2023, la commune de Cabourg, représentée par Me Blanc, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la juridiction administrative est incompétente et que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Soublin, représentant M. C, et de Me Gey, substituant Me Blanc, représentant la commune de Cabourg.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C est l'arrière-petit-fils de Mme B E épouse A, inhumée auprès de son mari M. D A dans la concession n° 444 du cimetière de Cabourg. Par une décision du 18 mai 2021, le maire de la commune de Cabourg a refusé de délivrer l'autorisation d'inhumation de M. C dans la concession n° 444 du cimetière de Cabourg et d'ouvrir la sépulture pour des travaux de réalisation d'un caveau. Par une décision en date du 29 juin 2021, le maire a rejeté son recours gracieux. Ces deux décisions font l'objet du présent litige.

Sur la compétence du juge administratif :

2. Aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la police des cimetières ". Aux termes des dispositions de l'article L. 2223-13 du même code : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture () ".

3. Si les litiges relatifs aux contrats de concession des terrains dans les cimetières comportant occupation du domaine public communal et à l'exercice par le maire des compétences qu'il tient des dispositions législatives citées au point 2, relèvent, en principe, de la juridiction administrative, les tribunaux judiciaires sont toutefois compétents pour connaître des atteintes portées par l'administration communale aux droits des concessionnaires, lorsque ces atteintes auraient pour effet l'extinction du droit de propriété et présenteraient ainsi le caractère d'une emprise irrégulière.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision de rejet de la demande d'inhumation, d'attribution de concession et de réduction des corps formulée par M. C n'a pas pour objet d'éteindre le droit réel immobilier attaché à la concession funéraire n° 444 du cimetière de Cabourg, et n'est pas de nature à caractériser une emprise. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour connaître du présent litige qui porte sur délivrance et la reprise des concessions funéraires ou l'exercice des pouvoirs de police du maire en matière funéraire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 8° De prononcer la délivrance et la reprise des concessions dans les cimetières ; () ". Aux termes de l'article L. 2223-3 du même code : " La sépulture dans un cimetière d'une commune est due : / () / 3° Aux personnes non domiciliées dans la commune mais qui y ont droit à une sépulture de famille ". L'article L. 2213-13 du même code prévoit en outre que : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture et celle de leurs enfants ou successeurs. Les bénéficiaires de la concession peuvent construire sur ces terrains des caveaux, monuments et tombeaux. " Enfin, l'article R. 2213-31 de ce code dispose que " Toute inhumation dans le cimetière d'une commune est autorisée par le maire de la commune du lieu d'inhumation. ".

6. Par une décision du 7 octobre 1942, le maire de la commune de Cabourg a accordé à D A une concession perpétuelle pour y fonder, au n° 444 dans le cimetière de la commune, la " sépulture de Mme B E et de la famille A ". En demandant cette concession pour sa sépulture, celle de son épouse et de la famille A, lesquels ne sont pas nommément désignés, le fondateur a entendu lui conférer le caractère d'une concession familiale. Il ressort des pièces du dossier que la belle-mère de M. A est inhumée dans cette concession. Par testament du 21 août 1958 produit au dossier, M. A a désigné son épouse B E comme légataire universelle. Par acte du 5 mai 1964, Mme E épouse A a rétrocédé deux mètres de la concession acquise le 7 octobre 1942 à la commune de Cabourg. Il ne ressort ni de l'acte de concession, ni des autres pièces du dossier que M. D A ait manifesté la volonté expresse de s'opposer à l'inhumation au sein du caveau familial de sa belle-fille née d'une première union de B E ou de sa descendance. En l'absence d'un intérêt public s'y opposant, le maire de la commune de Cabourg ne pouvait refuser l'attribution de concession à M. C, en tant qu'ayant droit de Mme B E épouse A dans la concession n° 444 du cimetière de Cabourg. Dès lors, sa décision refusant l'attribution de cette concession est entachée d'illégalité.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières. " L'article L. 2213-9 du même code ajoute que : " Sont soumis au pouvoir de police du maire le mode de transport des personnes décédées, le maintien de l'ordre et de la décence dans les cimetières, les inhumations et les exhumations, sans qu'il soit permis d'établir des distinctions ou des prescriptions particulières à raison des croyances ou du culte du défunt ou des circonstances qui ont accompagné sa mort. ". Aux termes de l'article R. 2213-40 du même code : " Toute demande d'exhumation est faite par le plus proche parent de la personne défunte. Celui-ci justifie de son état civil, de son domicile et de la qualité en vertu de laquelle il formule sa demande. / L'autorisation d'exhumer un corps est délivrée par le maire de la commune où doit avoir lieu l'exhumation. "

8. Il résulte de ces dispositions que, saisie d'une telle demande, l'autorité administrative compétente doit s'assurer, au vu des pièces fournies par le demandeur, de la réalité du lien familial dont ce dernier se prévaut et de l'absence de parent plus proche que lui du défunt. Il appartient en outre au demandeur d'attester sur l'honneur qu'il n'existe aucun autre parent venant au même degré de parenté que lui ou, si c'est le cas, qu'aucun d'eux n'est susceptible de s'opposer à l'exhumation sollicitée. Il suit de là que le maire ne peut refuser l'exhumation qui lui est demandée que pour un motif de police administrative ou pour défaut de qualité du demandeur.

9. M. C a sollicité l'exhumation des corps dans la concession n° 444 du cimetière de Cabourg, par pouvoir donné à une société de pompes funèbres. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'exhumation, le maire de la commune de Cabourg lui a refusé la qualité de " plus proche parent de la personne défunte ". Il résulte de ce qui a été dit au point 6, sans que cela soit contesté en défense, que M. C est l'arrière-arrière-petit-fils de Mme E et arrière-petit-fils de Mme B E épouse A, concessionnaire testamentaire. Au vu des pièces produites à l'appui de la demande, conformément à l'article R. 2213-40 du code général des collectivités territoriales qui n'exige de la part du pétitionnaire que la justification de son état civil, de son domicile et de sa qualité, le maire ne saurait invoquer le seul écart de génération entre le requérant et son arrière-grand-mère pour lui opposer un doute sur sa qualité ou sur l'existence d'un autre parent plus proche que lui du défunt. Il n'est d'ailleurs pas contesté que le requérant a produit la déclaration sur l'honneur selon laquelle il n'existe aucun autre parent venant au même degré de parenté que lui. Ainsi, en refusant la qualité de plus proche parent à M. C, et en l'absence de mise en œuvre de son pouvoir de police administrative, le maire de la commune de Cabourg a méconnu l'article R. 2213-40 du code général des collectivités territoriales précité et a commis une erreur de droit.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les décisions des 18 mai 2021 et 29 juin 2021 du maire de la commune de Cabourg doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que l'attribution de concession n° 444 au profit de M. C du cimetière de Cabourg et l'autorisation d'exhumation des corps aux fins d'aménagement d'un caveau sur cette même concession soient délivrées au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Cabourg de délivrer l'attribution de concession n° 444 du cimetière de Cabourg à M. C et l'autorisation d'exhumation des corps aux fins d'aménagement d'un caveau sur cette même concession, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Cabourg demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Cabourg une somme de 1 500 euros au titre des frais de même nature exposés par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 18 mai 2021 et 29 juin 2021 du maire de la commune de Cabourg sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cabourg de délivrer à M. C l'attribution de concession n° 444 du cimetière de Cabourg à M. C et l'autorisation d'exhumation des corps aux fins d'aménagement d'un caveau sur cette même concession, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cabourg versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Cabourg sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la commune de Cabourg.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLANLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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