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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101885

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101885

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantASS BOSQUET LABEY-BOSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 août 2021, le 1er septembre 2021, le 10 novembre 2021, le 29 décembre 2021, le 16 mars 2022 et le 3 avril 2023, M. C A, représenté par Me Bosquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2021 par laquelle le directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe a refusé de restituer son matériel informatique ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe de restituer son ordinateur personnel ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une exception d'inconstitutionnalité et d'inconventionalité tirée de ce que l'article 19-VII de l'annexe de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale méconnaît l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article 1 du protocole n° 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une exception d'inconventionalité tirée de ce que l'article 19-VII de l'annexe de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable et les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, en particulier son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la circulaire du 13 octobre 2009 relative à l'accès à l'informatique pour les personnes placées sous main de justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est écroué au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe depuis le 20 avril 2021, à la suite d'un transfert en provenance du centre de détention de Rosny. M. A a sollicité la restitution de son ordinateur personnel. Par une décision du 2 juillet 2021, dont il est demandé l'annulation, le directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe a opposé un refus.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. La requête de M. A contient l'exposé des faits et des moyens. Par suite, la requête de M. A est recevable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, la requête sommaire présentée par M. A ne contenait que des moyens relatifs à la légalité interne de la décision attaquée. Si, dans son mémoire complémentaire enregistré le 16 mars 2022, M. A a soulevé un moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée, ce moyen, relatif à la légalité externe de la décision attaquée et énoncé dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai du recours contentieux intervenue le 13 mars 2022, est irrecevable.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité. ". Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "

6. D'autre part, aux termes de l'article 728 du code de procédure pénale : " Des règlements intérieurs types, prévus par décret en Conseil d'Etat, déterminent les dispositions prises pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires ". Aux termes de l'article R. 57-6-18 de ce code : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. () ". Aux termes du VII de l'article 19 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale : " La personne détenue peut acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. / () / Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : / 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; / 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire de la personne détenue ".

7. M. A fait valoir que la décision attaquée porte atteinte à l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Ce moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

8. Par ailleurs, les dispositions précitées du code de procédure pénale donnent compétence à l'administration pénitentiaire, dans le cadre de l'organisation et du régime intérieur des établissements, pour contrôler et même retenir les équipements informatiques des détenus, notamment pour des raisons d'ordre et de sécurité. Il résulte des termes de la circulaire du 13 octobre 2009 relative à l'accès à l'informatique pour les personnes placées sous main de justice que sont interdits en cellule tous périphériques et technologie de communication, clés USB, logiciels permettant la dissimulation ainsi que le chiffrement de données.

9. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion du transfert de M. A au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe, une expertise informatique de son ordinateur personnel a été réalisée le 11 mai 2021. Ce rapport fait état de nombreux manquements aux règles de détention et d'utilisation du matériel informatique énoncées par le règlement intérieur de l'établissement. Si M. A soutient que l'ordinateur contient des fichiers personnels, dont des photos de famille et d'autres documents servant au travail, il n'est pas contesté que l'ordinateur présente des bris de scellés de sécurité ne garantissant plus les modifications du matériel et contient 1714 fichiers révélant une utilisation non réglementaire d'échanges de données, et un fichier vidéo attestant de son téléchargement à partir de plateformes de téléchargement illégales, ainsi que des traces de logiciels servants au cryptage des données. Compte tenu de ces éléments, en décidant le placement au vestiaire du matériel informatique jusqu'à sa mise en conformité sans détruire le contenu numérique, le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe n'a pas méconnu les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis en application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bosquet et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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