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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101938

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101938

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantADMINIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 13 septembre 2021, la société Remade technology company, représentée par Adminis avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer une autorisation d'activité partielle pour son siège situé à Poilley ainsi que la décision du 2 juillet 2021 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de délivrer l'autorisation demandée et de verser la somme correspondante dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais d'instance.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de droit ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 25 février 2022, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 février 2021, la société Remade technology company a demandé l'autorisation de placer une partie de son personnel en activité partielle au titre de la période prévisionnelle du 1er janvier 2021 au 31 mars 2021. Le 4 mai 2021, le préfet de la Manche a refusé de faire droit à cette demande et, par une décision du 2 juillet 2021, il a rejeté le recours gracieux de la société.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du 4 mai 2021 vise les textes dont elle fait application, et notamment les articles L. 5122-1 et suivants du code du travail, l'article R 5122-1 du même code et les arrêtés prévus par les articles R. 5122-6 et R. 5122-7 du même code. La décision précise que la demande a été déposée tardivement, " plus de 30 jours après le placement [des] salariés en activité partielle ". Une telle motivation comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision contestée qui, dès lors, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 5122-1 du code du travail : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. En cas de réduction collective de l'horaire de travail, les salariés peuvent être placés en position d'activité partielle individuellement et alternativement. II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. Le contrat de travail des salariés placés en activité partielle est suspendu pendant les périodes où ils ne sont pas en activité. III. - L'autorité administrative peut définir des engagements spécifiquement souscrits par l'employeur en contrepartie de l'allocation qui lui est versée, en tenant compte des stipulations de l'accord collectif d'entreprise relatif à l'activité partielle, lorsqu'un tel accord existe. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités selon lesquelles sont souscrits ces engagements ". Et aux termes de l'article R. 5122-1 du code du travail : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : 1° La conjoncture économique ; 2° Des difficultés d'approvisionnement en matières premières ou en énergie ; 3° Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel ; 4° La transformation, restructuration ou modernisation de l'entreprise ; 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel ". Et aux termes de l'article R. 5122-3 du même code : " Par dérogation à l'article R. 5122-2, l'employeur dispose d'un délai de trente jours à compter du placement des salariés en activité partielle pour adresser sa demande par tout moyen donnant date certaine à sa réception : 1° En cas de suspension d'activité due à un sinistre ou à des intempéries prévues au 3° de l'article R. 5122-1 ; 2° En cas de circonstance de caractère exceptionnel prévue au 5° de l'article R. 5122-1 ".

5. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la demande d'autorisation d'activité partielle doit être préalable au placement des salariés en position d'activité partielle, qui ne peut intervenir que sur autorisation administrative. Il ne peut être dérogé au caractère obligatoirement préalable de la demande, en vertu de l'article R. 5122-3 du code du travail, que dans les deux hypothèses limitativement énumérées, à savoir une suspension d'activité due à un sinistre ou des intempéries ou en cas de circonstance exceptionnelle.

6. Il est constant que la demande a été reçue le 11 février 2021, postérieurement à la mise en activité partielle et, en outre, au-delà du délai dérogatoire de trente jours prévu par les dispositions de l'article R. 5122-3 du code du travail. La mise en activité partielle avait été autorisée le 27 mars 2020 pour la période du 17 mars au 16 juin 2020, le 30 octobre 2020 pour la période du 21 septembre au 31 octobre 2020, et le 16 décembre 2020 pour la période du 1er novembre au 31 décembre 2020. La société requérante n'a pas présenté sa demande avant le début de la période pour laquelle l'autorisation était demandée et elle ne justifie pas de l'existence de circonstances à caractère exceptionnel permettant une demande au-delà du délai.

7. Si le préfet de la Manche a statué favorablement à de précédentes demandes de la société alors que les salariés avaient déjà été placés en activité partielle et en s'affranchissant de la limitation du délai dérogatoire de trente jours prévu par l'article R. 5122-3 du code du travail, cette circonstance ne créé pas de droit au profit de la société requérante.

8. La société soutient que la condition d'un dépôt d'une demande préalablement à la mise en activité partielle est inapplicable dès lors qu'elle avait déjà été autorisée à avoir une activité partielle. Si une demande d'autorisation de mise en activité partielle doit être adressée au préfet préalablement au placement des salariés en position d'activité partielle, en cas de renouvellement de la demande, le préfet doit être saisi avant le début de la période pour laquelle l'autorisation est demandée. La condition du délai de trente jours s'applique en cas de demande de renouvellement.

9. La société demande à bénéficier de l'autorisation de placement de ses salariés en position d'activité partielle pour la période du 11 février au 31 mars 2021, période qui court à partir de la date de dépôt de la demande. La demande n'a toutefois pas été présentée dans les conditions requises par les dispositions des articles R. 5122-1 et suivants du code du travail.

10. Si la société requérante soutient que le préfet de la Manche a commis une erreur d'appréciation en lui refusant le bénéfice de ce dispositif, elle n'apporte pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de ses prétentions.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Remade technology company doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de société Remade technology company est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Remade technology company et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. A

Le président,

Signé

X. MONDÉSERT La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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