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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101979

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101979

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 11 septembre 2021 et le 1er novembre 2022, M. A B, représenté par Me Souty, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le préfet du Calvados a décidé de l'assigner à résidence pour la durée de six mois ;

3°) subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois lui permettant de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, la même somme à lui verser au titre du seul article L. 761-1 de ce code.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et a été prise sans examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 4 octobre 2021, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Bernard, substituant Me Souty, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en mai 1995, est entré en France selon ses déclarations en 2017. Par un arrêté du 12 juin 2020, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une année. Par un jugement du 9 juillet 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a annulé les décisions du 12 juin 2020 et enjoint au préfet du Calvados de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour pendant la durée du réexamen de sa situation. A l'issue de ce réexamen et après réunion de la commission du titre de séjour le 31 août 2020, par un arrêté du 26 février 2021, le préfet du Calvados a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à défaut de se conformer à cette obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Par un arrêt du 29 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé le jugement n° 2100248 et 2100439 du tribunal administratif de Caen en date du 20 mai 2021, en tant qu'il a rejeté la demande de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 26 février 2021. Par la présente requête, M. B conteste l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le préfet l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande d'aide juridictionnelle n'a été formée avant ou pendant l'instance. Dès lors, il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué fait état des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il indique notamment que le préfet s'est fondé sur trois condamnations pénales, l'existence d'un domicile et de documents de voyage, et la difficulté des liaisons aériennes vers l'Algérie. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En deuxième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration les informations relatives à sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ".

7. Si le requérant soutient que la mesure d'assignation à résidence aurait dû, en vertu de ces dispositions, être précédée de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dès lors que cette mesure ne peut être édictée qu'en raison d'un maintien provisoire sur le territoire français, il résulte des dispositions précitées que la mesure d'assignation qui permet à elle seule le maintien temporaire de l'intéressé sur le territoire n'avait pas à être précédée de la délivrance d'une autorisation provisoire. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

8. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. C

Le président,

Signé

X. MONDÉSERT La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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