jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHRISTOPHE LAUNAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2021, M. B A C, représenté par Me Lebey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 avril 2021 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent l'article L. 313-14 et l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2021, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision insusceptible de recours ;
- les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
Par un courrier du 21 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le préfet du Calvados était en situation de compétence liée pour retenir que M. A C ne pouvait prétendre au renouvellement du récépissé de sa demande de titre de séjour dès lors que celle-ci avait fait l'objet d'une décision de rejet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Schlosser substituant Me Lebey, représentant M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A C, né le 10 juin 1995, de nationalité égyptienne, est selon ses déclarations entré en France en 2014. Il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions alors applicables des articles L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un récépissé de sa demande de titre de séjour, reçue le 8 juin 2020, lui a été délivré le 27 août 2020, valable jusqu'au 26 décembre 2020. Le 30 novembre 2020, M. A C a sollicité le renouvellement du récépissé de sa demande de titre de séjour. Par une décision du 14 avril 2021, dont il est demandé l'annulation, les services de la préfecture du Calvados ont indiqué à M. A C qu'il ne pouvait pas prétendre au renouvellement de son récépissé au motif que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet. M. A C sollicite également l'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'il a formé auprès du préfet du Calvados le 20 mai 2021, tendant au retrait de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du 8 octobre 2020 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux :
2. En premier lieu, d'une part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. D'autre part, les règles relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision.
3. Par un courrier du 20 mai 2021, reçu le lendemain, M. A C a saisi le préfet du Calvados d'un recours gracieux tendant à ce qu'il retire la décision implicite de rejet du 8 octobre 2020, à l'encontre de laquelle le délai de recours n'avait pas commencé à courir en l'absence d'accusé de réception de sa demande et alors que le délai d'un an à compter de la connaissance qu'il a eue de cette décision à la date de son recours gracieux n'était pas expiré. Dans ces conditions, conformément aux principes rappelés au point 2, les conclusions de la requête, introduite dans le délai du recours contentieux, formellement dirigées contre la seule décision de rejet du recours gracieux doivent être regardées comme également dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour du 8 octobre 2020.
4. En deuxième lieu, compte tenu de leur formulation, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration doivent être regardés comme dirigés contre la seule décision du 14 avril 2021.
5. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
6. En l'espèce, M. A C n'établit pas, ni même n'allègue, avoir présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le moyen tiré de ce que le préfet du Calvados a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions est inopérant et doit, par suite, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
8. D'une part, M. A C, qui est célibataire, sans enfant et dispose encore d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que ses demi-frères et demi-sœurs, ne fait pas état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivrée une carte portant la mention " vie privée et familiale ".
9. D'autre part, si M. A C fait valoir qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps complet signé le 27 août 2020, qu'il a communiqué au préfet du Calvados ses bulletins de salaire et a justifié de la régularité de la situation de l'entreprise qui l'emploie au regard de ses obligations fiscales et sociales, de tels éléments ne suffisent pas à caractériser un motif exceptionnel permettant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", alors de surcroît qu'il ressort des pièces du dossier que M. A C a admis avoir irrégulièrement travaillé en France en présentant un passeport français obtenu en février 2017 au moyen de faux documents.
10. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 avril 2021 rejetant la demande de renouvellement du récépissé formée par M. A C le 30 novembre 2020 :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit ci-dessus au point 1 que les services de la préfecture ont informé M. A C, par courriel du 14 avril 2021, de ce qu'il ne pouvait prétendre au renouvellement de son récépissé au motif que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour avait été rejetée. M. A C doit donc être regardé comme contestant la décision du 14 avril 2021 en tant qu'elle n'a pas fait droit à sa demande de renouvellement de récépissé.
12. Aux termes de l'article L. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sauf dans les cas expressément prévus par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code applicable au litige : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R 311-5 : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 311-4 ne peut être inférieure à un mois. Le récépissé peut être renouvelé ".
13. Il résulte de ces dispositions que, si le récépissé de la demande de titre de séjour autorise l'intéressé à séjourner sur le territoire français dans l'attente de la décision prise sur sa demande, le rejet de cette demande emporte nécessairement abrogation du récépissé et fait, par suite, obstacle à la délivrance d'un nouveau récépissé.
14. En application de ces principes, M. A C dont la demande d'admission exceptionnelle au séjour a été implicitement rejetée par une décision du 8 octobre 2020, ne justifiait d'aucun droit au renouvellement du récépissé de cette demande. Par suite, en admettant même que le refus contesté puisse être regardé comme une décision faisant grief, le préfet du Calvados se trouvait en situation de compétence liée et, à ce titre, était tenu d'opposer ce refus dès lors que l'instruction de la demande de titre de séjour s'était soldée par un rejet. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision du 14 avril 2021 et de la méconnaissance de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés comme inopérants.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados, que M. A C n'est fondé à solliciter ni l'annulation de la décision implicite de rejet du 8 octobre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, ni celle de la décision du 14 avril 2021 rejetant sa demande de renouvellement de son récépissé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A C doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. M. A C étant la partie perdante de l'instance, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Lebey et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
C. D
Le président,
signé
X. MONDÉSERTLa greffière,
signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026