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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102119

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102119

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 9 septembre 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif préalable formé contre la sanction disciplinaire du 30 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline ;

- méconnaît l'article L. 721 alinéa 2 du code de procédure pénale ;

- méconnaît les articles R. 57-7-49 et R. 57-7-33 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juin 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'était ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été incarcéré du 7 janvier 2021 au 9 août 2021 à la maison d'arrêt d'Angers, puis transféré au centre de détention d'Argentan à compter du 10 août 2021. Il a fait l'objet d'une sanction de quatorze jours de cellule disciplinaire, dont sept jours avec sursis le 30 juillet 2021 pour des menaces exercées contre un formateur et contre les surveillants avec refus de réintégration en cellule et refus d'obtempérer aux injonctions du personnel de l'établissement. Par une décision implicite du 9 septembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6, alors en vigueur, du code de procédure pénale : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7, alors en vigueur, du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Aux termes de l'article R. 57-7-8, alors en vigueur, de ce code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent () ". L'article R. 57-7-13, alors en vigueur, du même code dispose que : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

3. M. A soutient qu'il n'est pas établi que la commission de discipline du 30 juillet 2021 était régulièrement composée. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de procédure disciplinaire, que la commission de discipline était composée d'un assesseur pénitentiaire ayant la qualité de surveillant dont les initiales sont " D. ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu d'incident ainsi que le rapport d'enquête, lesquels comportent les noms des rédacteurs, que les agents ayant rédigé le compte rendu d'incident et le rapport d'enquête à l'origine de la procédure disciplinaire n'ont pas siégé au sein de la commission de discipline qui s'est réunie le 30 juillet 2021. Par conséquent, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions des premier et troisième alinéas de l'article 721 du code de procédure pénale, dans leur rédaction applicable au litige : " Chaque condamné bénéficie d'un crédit de réduction de peine calculé sur la durée de la condamnation prononcée à hauteur de trois mois pour la première année, de deux mois pour les années suivantes et, pour une peine de moins d'un an ou pour la partie de peine inférieure à une année pleine, de sept jours par mois ; pour les peines supérieures à un an, le total de la réduction correspondant aux sept jours par mois ne peut toutefois excéder deux mois. / () / En cas de mauvaise conduite du condamné en détention, le juge de l'application des peines peut être saisi par le chef d'établissement ou sur réquisitions du procureur de la République aux fins de retrait, à hauteur de trois mois maximum par an et de sept jours par mois, de cette réduction de peine. () ". Aux termes de l'article D. 250-6 du même code, repris aux articles R. 57-7-28 et R. 57-7-30 : " Dans le délai de cinq jours à compter de la décision prononçant une sanction disciplinaire, le chef d'établissement avise de la décision, d'une part, le directeur interrégional des services pénitentiaires et, d'autre part, le juge de l'application des peines (). / Les sanctions disciplinaires prononcées sont inscrites sur un registre tenu sous l'autorité du chef d'établissement. Ce registre est présenté aux autorités administratives et judiciaires lors de leurs visites de contrôle ou d'inspection ". Il résulte de ces dispositions que le chef d'établissement, président de la commission de discipline, avise le juge de l'application des peines de toute décision par laquelle une sanction disciplinaire est prononcée.

5. M. A soutient que la mention, dans la motivation de la décision de la commission de discipline, du " passage en retrait de crédit de réduction de peine " ne relevait pas de la compétence du conseil de discipline. Il ressort des pièces du dossier, en particulier dans le dispositif de la décision de la commission de discipline du 30 juillet 2021, que le retrait de crédit de réduction de peine ne figure pas dans les sanctions retenues. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale dans sa rédaction applicable : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De formuler des insultes, des menaces ou des outrages à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; / (). Aux termes de l'article R. 57-7-33 7° du même code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () / 7° La mise en cellule disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré ". Enfin, l'article R. 57-7-49 de ce code dispose que : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort des pièces du dossier, sans que les faits ne soient contestés par le requérant, que le 28 juillet 2021, M. A a menacé un formateur en peinture. Les surveillants intervenants ont dû maîtriser le détenu et ont fait face à un refus de réintégration de cellule avec rébellion. Lors de la commission, M. A reconnaît les faits et déclare qu'il n'avait pas voulu rentrer en cellule parce qu'il appréciait la formation et qu'il s'était arrêté de marcher vers sa cellule car il n'aimait pas la technique d'intervention des surveillants qui l'ont menotté et fait baisser la tête. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été sanctionné par un conseil de discipline du 19 juillet 2021, soit neufs jours avant l'incident du 28 juillet 2021, à quatorze jours de quartier disciplinaire pour avoir insulté le médecin de l'établissement et que le détenu, en audience le 28 juillet 2021 dans le cadre du rapport suite à sa mise en prévention, était très énervé sans dialogue possible. En conséquence, en décidant un placement en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours dont sept avec sursis, malgré un précédent sursis de quatorze jours, le directeur du centre pénitentiaire d'Angers n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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