lundi 27 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102697 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUTHORS-NEVEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 9 décembre 2021, le 21 décembre 2021, le 26 juillet 2022 et le 10 octobre 2022, M. C I et M. E F, représentés par Me Camous, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de Vains a délivré à M. B un permis d'aménager pour le détachement d'un lot à bâtir, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vains une somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'arrêté en litige méconnaît l'article UA6 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UA7 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UA12 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le dossier de permis d'aménager est insuffisant, ce qui a été de nature à fausser l'appréciation de l'autorité compétente ;
- l'opération envisagée n'implique aucune division foncière, de sorte que le permis d'aménager est entaché de nullité.
Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Vains, représentée par Me Bouthors-Neveu, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer pour une durée de six mois en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
3°) à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige.
Elle fait valoir que :
- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;
- les moyens qu'ils soulèvent ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- les observations de Me Le Goas, substituant Me Camous, représentant les requérants,
- et les observations de Me Bouthors-Neveu, représentant la commune de Vains.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 juillet 2021, le maire de Vains a délivré à M. A B un permis d'aménager en vue du détachement d'un lot à bâtir sur un terrain situé 1 rue des Moires. Le 16 septembre 2021, M. C I et M. E F, propriétaires de la parcelle voisine, ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C J et M. E G demandent l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021 ainsi que celle de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. M. H et M. F justifient être propriétaires de la parcelle cadastrée n° AC 171 qui jouxte le terrain d'assiette de l'opération d'aménagement autorisée, cadastré n° AC 180 et AC n°181, dont ils sont les voisins immédiats. Ils font notamment état de ce que la construction pour laquelle le détachement a été réalisé affectera la vue sur le Mont Saint-Michel qu'ils ont depuis leur parcelle et induira des nuisances liées au voisinage sur une parcelle actuellement végétalisée. Ils justifient, dans ces conditions, de leur intérêt à agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements () [est conforme] au règlement et à ses documents graphiques ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 421-6 de ce code : " Le permis () d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords () ".
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
6. Aux termes de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Vains relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : " Les constructions nouvelles doivent être implantées selon les règles suivantes : / soit à l'alignement actuel ou futur des voies ; / soit en retrait par rapport à cet alignement ; à condition qu'une construction principale soit édifiée, préalablement ou simultanément, à l'alignement (organisation sous forme de " clos ") ; / soit dans une bande d'implantation comprise entre le nu des façades des constructions voisines ". Aux termes de l'article UA7 du règlement du plan local d'urbanisme de Vains relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Les constructions principales seront implantées sur les deux limites séparatives. Toutefois, lorsque plus de 2 constructions principales sont mitoyennes, la troisième pourra être implantée en recul, mais sur l'autre limite séparative latérale. En cas de retrait, la marge de reculement sera égale à la moitié de la hauteur de la façade avec un minimum de 3 mètres () ".
7. En l'espèce, le terrain d'assiette du lotissement autorisé comprend une zone constructible de 180 m², au sein de laquelle doivent être édifiées deux maisons mitoyennes. Cette zone est située en retrait de trois mètres des limites séparatives du terrain et de la voie publique. La bande de recul de trois mètres est représentée sur le plan de composition figurant au dossier de demande du permis d'aménager comme une " zone non aedificandi ". Il en résulte que les constructions devant être édifiées sur les parcelles AC n°180 et AC n°181 ne respecteront aucune des règles prescrites aux articles UA6 et UA7 du règlement du plan local d'urbanisme cités au point 6, dès lors que, d'une part, elles ne seront pas implantées à l'alignement de la voie, ni dans une bande d'implantation comprise entre le nu des façades des constructions voisines et ne présenteront pas une organisation sous forme de clos, d'autre part, elles ne seront pas implantées sur les limites séparatives. Compte tenu de ses caractéristiques, telles qu'elles ressortent des pièces du dossier, le projet de lotissement permet ainsi l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles UA6 et UA7 du règlement du plan local d'urbanisme doivent être accueillis.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens n'est susceptible, en l'état du dossier, d'entraîner l'annulation de la décision contestée.
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Vains du 22 juillet 2021 ainsi que celle de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
10. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
11. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
12. Les illégalités mentionnées au point 7, tirées de ce que l'arrêté en litige méconnaît les articles UA6 et UA7 du règlement du plan local d'urbanisme, sont susceptibles d'être régularisées. Dès lors, il y a lieu, ainsi que le demande la commune de Vains dans ses écritures, de surseoir à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de fixer à M. B et à la commune de Vains un délai de quatre mois, à compter de la notification du présent jugement, aux fins de notifier au tribunal la mesure de régularisation nécessaire.
D É C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête pendant le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, afin de permettre à M. B et à la commune de Vains de procéder à la régularisation des illégalités relevées au point 12 des motifs ci-dessus.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C I, à M. E F, à la commune de Vains et à M. A B.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
C. D
Le président,
Signé
X. MONDESERT
La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026