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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102868

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102868

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantABDOU-SALEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 décembre 2021 et le 9 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer un titre de séjour avec la mention " accord de retrait " ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Mme B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- méconnaît l'article 28 du décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020 concernant l'entrée, le séjour, l'activité professionnelle et les droits sociaux des ressortissants étrangers bénéficiaires de l'accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Abdou-Saleye, représentant Mme B.

Une note en délibéré présentée par Me Abdou-Saleye a été enregistrée le 5 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante britannique, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 28 du décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020. Par une décision du 25 juin 2021, qui fait l'objet du présent litige, le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer le titre demandé.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ". Par ailleurs, l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité dispose : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes d'acquisition de la nationalité française et de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers ainsi que pour la nomination et la promotion dans les ordres nationaux. ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020 : " Les articles 5 à 33 du présent décret s'appliquent aux ressortissants étrangers relevant des situations suivantes : / 1° Le ressortissant britannique qui a exercé le droit de résider en France dans les conditions prévues par les dispositions du titre II du livre I er du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant le 1er janvier 2021 et continue à y résider par la suite () ". L'article 28 du même décret prévoit : " L'entrée sur le territoire français et la délivrance des titres de séjour et documents de circulation prévus par le présent décret peuvent être refusées si la présence du demandeur constitue une menace pour l'ordre public. / Si le comportement à l'origine de cette menace s'est produit avant le 1er janvier 2021, l'entrée et la délivrance du titre de séjour ou du document de circulation peuvent être refusées à la condition que ce comportement représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B aux motifs que, le 9 janvier 2019, elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Coutances à 70 heures de travaux d'intérêt général pour des faits de proxénétisme aggravé entre le 1er janvier 2018 et le 8 mars 2018, et que le 12 mars 2020, elle été condamnée par ordonnance pénale à une amende de 200 euros dont 100 euros avec sursis pour des faits de voyage habituel dans un moyen de transport public sans titre de transport du 30 octobre 2017 au 25 juin 2018. Toutefois, la commission de ces faits, dont il est constant qu'ils n'ont pas été réitérés depuis ces condamnations pénales, n'est pas de nature à établir une menace à l'ordre public d'une gravité telle qu'elle puisse légalement fonder le refus de titre attaqué. En outre, la décision attaquée indique que Mme B a plusieurs mentions au fichier des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits antérieurs à ces condamnations pénales. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que la consultation de ce fichier ait été suivi d'un complément d'information d'un service de police ou de gendarmerie en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, les mentions du TAJ motivant la décision attaquée, antérieures aux faits ayant donné lieu à une condamnation pénale, ne sont pas de nature à établir une menace à l'ordre public au sens de l'article 28 décret susvisé. Dans ces conditions, le comportement de Mme B ne saurait être regardé comme constituant, à la date de la décision attaquée, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet de la Manche du 25 juin 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le titre de séjour sollicité soit délivré à Mme B sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Manche de délivrer le titre de séjour portant la mention " accord de retrait " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Abdou-Saleye, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Abdou-Saleye de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Manche du 25 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Manche de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " accord de retrait " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Abdou-Saleye, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Abdou-Saleye renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Abdou-Saleye et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. C

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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