vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LELOUEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 janvier et 2 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Lelouey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son fils ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son fils dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de son fils ;
- est entachée d'erreurs de droit en ce que les motifs tirés de ce que la demande de regroupement familial n'était formulée qu'au profit de son fils et que ce dernier se trouvait sur le territoire français ne pouvaient la fonder légalement ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés ;
- la décision contestée est également légalement justifiée par le motif tiré de ce que, dès lors que son fils réside en France, il pouvait être exclu du bénéfice du regroupement familial en application du 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Me Lelouey, avocate de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité haïtienne, bénéficiaire en dernier lieu d'un titre de séjour portant la mention " passeport talent chercheur ", a présenté une demande de regroupement familial au profit de son fils. Par une décision du 24 septembre 2021, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2020 publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet du Calvados a donné délégation au secrétaire général de la préfecture du Calvados, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Calvados, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : () 2° () par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". A termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : / () / 3° Un membre de la famille résidant en France. ". A termes de l'article R. 434-6 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2 ".
4. A termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". A termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. Si l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut le faire qu'après avoir procédé à l'examen particulier de la situation personnelle des personnes en cause et vérifié que, ce faisant, elle n'a pas porté une atteinte excessive au droit du demandeur au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'elle a accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants concernés par sa décision.
6. Les dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient un cas dérogatoire d'admission au regroupement familial, sans recours à la procédure d'introduction prévue aux articles L. 434-1 et suivants du même code, au bénéfice du conjoint étranger et, le cas échéant, des enfants mineurs de l'étranger, qui résident en France. Contrairement à ce que soutient le préfet du Calvados, il ne ressort pas de ces dispositions, qui visent les enfants de l'étranger et non ceux du couple, que leur champ d'application serait limité à la situation de deux étrangers mariés en situation régulière et à leurs enfants, alors au demeurant que l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 3 autorise par exception les regroupements partiels pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en estimant que les dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'appliquent pas à la demande de regroupement sur place présentée au seul profit d'un enfant, le préfet du Calvados a entaché sa décision d'une erreur de droit.
7. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision attaquée est justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, l'auteur du recours ayant été mis à même de présenter ses observations sur cette substitution, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution, sous réserve qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Le préfet du Calvados fait valoir que la décision contestée est légalement justifiée par le motif tiré de ce que dès lors que le fils de Mme B réside en France, il pouvait être exclu du bénéfice du regroupement familial en application du 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée sur le territoire français en 2014, accompagnée de son fils et qu'à la date de la décision en litige, l'enfant résidait toujours avec elle en France. Il se trouvait ainsi au nombre des personnes pouvant être exclues du bénéfice d'une mesure de regroupement familial en application de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui constitue un motif de rejet pouvant être légalement opposé par le préfet du Calvados à la demande de Mme B. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Calavdos aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif, dont l'application ne prive pas Mme B d'une garantie de procédure. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de motif tirée de l'application des dispositions du 3° de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet du Calvados ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour rejeter la demande au regard du premier motif qu'il avait retenu, puisqu'il s'est également déterminé en considération de la situation personnelle et familiale de l'intéressée et a estimé, au vu des éléments du dossier et de ses déclarations, que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu du fait que son fils réside avec elle et que la régularité du séjour de celui-ci n'est pas remise en cause par la décision de refus opposée à sa demande. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit pour ce motif et de ce que le préfet du Calvados n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de son fils doivent être écartés.
11. En quatrième lieu, la requérante soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son fils. Elle fait valoir que la demande de naturalisation qu'elle a présentée, et dont l'obtention est nécessaire pour remplir la condition de nationalité française requise pour devenir avocate, a été rejetée au motif que son enfant est entré en France en méconnaissance des règles relatives au regroupement familial. Elle fait, en outre, valoir qu'elle détient seule l'autorité parentale sur son fils qui est scolarisé en France et qu'elle ne peut quitter le territoire le temps qu'il obtienne le bénéfice du regroupement familial.
12. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui indique avoir divorcé du père de son fils et obtenu l'autorité parentale en 2017, soit trois années après son arrivée en France accompagnée de son enfant, ne justifie pas de circonstances particulières ayant fait obstacle à ce que celui-ci reste auprès de son père le temps qu'elle sollicite le regroupement familial. En outre, la décision en litige n'a pas pour effet d'obliger cet enfant à retourner vivre à Haïti et à le séparer de sa mère, qui en a la garde et auprès de laquelle il vit, dès lors que son statut de mineur ne lui fait pas obligation de détenir un titre de séjour pour pouvoir séjourner sur le territoire français et être scolarisé. Enfin, les éléments se rapportant aux conditions de naturalisation de Mme B ne suffisent pas à établir l'atteinte aux intérêts qu'elle invoque. Dans ces conditions, la décision portant refus du bénéfice du regroupement familial au profit du fils de Mme B n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise ni n'a méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, alors au demeurant que le préfet fait valoir que celui-ci, qui est arrivé en France avant l'âge de treize ans, pourra solliciter un titre de séjour à sa majorité, sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son enfant.
13. En dernier lieu, la circonstance selon laquelle la situation de Mme B répondait aux conditions énoncées à l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Lelouey et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026