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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200129

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200129

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOCIETE LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 janvier, 22 décembre 2022, 3 et 17 février 2023, M. C A et la SCI Les Fruitiers, représentés par Me Ferretti, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel la maire de la commune de Le Bô a interdit le stationnement et l'arrêt de tous véhicules impasse Hélène Delozier ;

2°) à titre subsidiaire, surseoir à statuer dans l'attente de la saisine du juge judiciaire et suspendre l'arrêté critiqué ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Le Bô une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est illégal dès lors qu'il concerne une voie privée appartenant à la SCI Les Fruitiers ; il méconnaît les articles L. 2212-2 et L. 2122-24 du code général des collectivités territoriales ;

- M. A est devenu propriétaire dudit chemin par prescription.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 30 août 2022, 4 janvier et 6 mars 2023, la commune de Le Bô, représentée par Me Lahalle, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- les observations de Me Hurel, représentant les requérants, et celles de Me Leduc, substituant Me Lahalle, représentant la commune de Le Bô.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est propriétaire depuis 2016 des parcelles cadastrées section B n° 467, 468 et 469 situées sur la commune de Le Bô, parcelles cédées en 2018 à la SCI La Fruitière dont M. A est le gérant. Estimant être propriétaire de l'impasse Hélène Delozier menant à ces parcelles, M. A a effectué des travaux sur ce chemin. Par un arrêté du 17 juin 2016, le maire de la commune de Le Bô l'a mis en demeure de rétablir l'assiette du chemin. M. A a contesté cet arrêté et y a entreposé différents éléments entravant la circulation et suscitant des plaintes de certains riverains. Par un arrêté du 19 novembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, la maire de la commune de Le Bô a interdit le stationnement et l'arrêt de tous véhicules impasse Hélène Delozier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le présent litige porte sur la légalité d'un arrêté portant réglementation de la circulation sur le chemin " Impasse Hélène Delozier ". La juridiction administrative est donc compétente pour connaître d'un tel litige, sous réserve d'adresser une question préjudicielle à la juridiction judiciaire en présence, le cas échéant, d'une difficulté sérieuse en ce qui concerne la propriété dudit chemin.

3. En premier lieu, M. A indique que le chemin était initialement intégré à la parcelle 943, laquelle a été divisée en deux parcelles 468 et 469, et que le chemin a en réalité été intégré à la parcelle 469. Toutefois, le plan cadastral napoléonien ne suffit pas à établir la propriété actuelle dudit chemin, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la rénovation cadastrale de la commune entre 1953 et 1955 a conduit à la création de deux parcelles, la parcelle 469 longée par un chemin menant à la parcelle 468 située au sud, cette dernière ne disposant pas d'autres voies d'accès. Le plan de 1955 fait apparaître le chemin en cause en le distinguant de la parcelle 469 et de la parcelle 468. Si M. A indique avoir consenti une servitude de passage en 2018 à un riverain au nord du chemin, cette circonstance est sans incidence sur la propriété du chemin. Enfin, s'il fait valoir la prescription acquisitive, le dossier ne comporte pas d'éléments suffisants permettant d'identifier une possession de trente ans continue et non interrompue, paisible, publique, non équivoque et à titre de propriétaire, au sens des articles 2272 et 2261 du code civil, sur l'ensemble du chemin en cause, et alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'une partie du chemin était empruntée avant 2018 par des riverains.

4. En second lieu, en vertu de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime, les chemins ruraux sont des " chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Selon l'article L. 161-2 de ce code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. ". Un seul des éléments indicatifs figurant à l'article L. 161-2 du code rural permet de retenir la présomption d'affectation à usage du public. Selon l'article L. 161-3 du même code : " Tout chemin affecté à l'usage du public est présumé, jusqu'à preuve du contraire, appartenir à la commune sur le territoire de laquelle il est situé ". Enfin aux termes de l'article L. 162-1 du même code : " Les chemins et sentiers d'exploitation sont ceux qui servent exclusivement à la communication entre divers fonds, ou à leur exploitation. Ils sont, en l'absence de titre, présumés appartenir aux propriétaires riverains, chacun en droit soi, mais l'usage en est commun à tous les intéressés. L'usage de ces chemins peut être interdit au public. ".

5. Il est constant que le chemin en cause n'a pas fait l'objet d'un classement dans la voirie communale. Si la commune se prévaut de l'utilisation publique de ce chemin, elle ne transmet qu'une seule photographie justifiant du stationnement de véhicules sur ce chemin, et des attestations d'habitants de la commune témoignant de l'utilisation de ce chemin pour l'accès aux parcelles limitrophes. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce chemin constitue une voie de passage, autre que pour les riverains du chemin en cause. A cet égard, il n'est pas contesté que la partie nord du chemin est utilisée par les riverains et ce, avant même l'instauration de la servitude de 2018. Par suite, le chemin en cause constitue un chemin d'exploitation qui, en l'absence de titre, est présumé appartenir à l'ensemble des propriétaires riverains en vertu de l'article L. 162-1 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le maire de la commune n'était pas compétent pour prendre l'arrêté attaqué portant réglementation de la circulation sur ce chemin privé.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle relative à la propriété du chemin, que l'arrêté en litige doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 novembre 2021 de la maire de la commune de Le Bô est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SCI Les Fruitiers et à la commune de Le Bô.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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