vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHRISTOPHE LAUNAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2022, Mme A C, représentée par la Selarl Christophe Launay, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion de la durée de deux ans dont six mois avec sursis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est fondée sur des faits prescrits ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire enregistré le 9 juin 2022, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Me Launay, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, infirmière scolaire titulaire, était affectée au collège Roger Bellair Le Hom depuis le 1er septembre 2006. A la suite d'un signalement du chef d'établissement, la rectrice de l'académie de Normandie l'a suspendue de ses fonctions par arrêté du 16 janvier 2020, pour une durée maximale de quatre mois. La rectrice a assorti cette décision de suspension d'une mesure d'interdiction d'accéder à l'établissement et d'une interdiction de communication avec le personnel du collège à l'exception du principal. Par six arrêtés, la rectrice a prorogé la décision de suspension jusqu'au 31 janvier 2022. Le 9 décembre 2021, la rectrice de l'académie de Normandie a prononcé une sanction d'exclusion d'une durée de deux ans dont six mois avec sursis. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 9 décembre 2021 vise un rapport d'enquête administrative et mentionne " un défaut de communication et un comportement inapproprié voire répréhensible vis-à-vis des personnels de l'établissement ", " une attitude inappropriée vis-à-vis des élèves et des familles " et " une posture professionnelle qui perturbe le service ". Si ces termes sont relativement généraux, la décision fait également référence de manière explicite à un rapport du 29 mai 2019, rédigé par le principal du collège où exerçait Mme C et dont elle a eu connaissance, qui énonce les circonstances précises dans lesquelles les comportements qui lui sont reprochés ont été relevés. Dans ces conditions, l'intéressée a été mise à même de connaître les faits à raison desquels la rectrice de Normandie a pris la décision contestée. Dès lors, la sanction d'exclusion temporaire comporte l'énoncé des considérations de fait exigées par les dispositions législatives citées ci-dessus. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de son article L. 532-2 dans sa rédaction issue de la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. / En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. / Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre du fonctionnaire avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire ". Lorsqu'une loi nouvelle institue ainsi, sans comporter de disposition spécifique relative à son entrée en vigueur, un délai de prescription d'une action disciplinaire dont l'exercice n'était précédemment enfermé dans aucun délai, le nouveau délai de prescription est applicable aux faits antérieurs à la date de son entrée en vigueur mais ne peut, sauf à revêtir un caractère rétroactif, courir qu'à compter de cette date. Il suit de là que le délai institué par ces dispositions précitées a couru, en ce qui concerne les faits antérieurs au 22 avril 2016, date d'entrée en vigueur de la loi du 20 avril 2016, à compter de cette date.
5. La rectrice de l'académie de Normandie indique dans ses écritures en défense qu'elle s'est fondée sur des rapports des principaux du collège. D'ailleurs, par une lettre du 10 mai 2012, la secrétaire générale de l'académie de Caen a rappelé à Mme C ses obligations. Par une lettre du 15 novembre 2011, le principal du collège Bellair a écrit au directeur académique des services de l'éducation nationale du Calvados pour lui signaler les tensions dont Mme C était l'origine chez les élèves et les dysfonctionnements de l'infirmerie. Cette lettre a été suivie d'un entretien le 7 mai 2012 avec l'inspecteur d'académie qui a fait l'objet d'un compte-rendu. Et le 31 mars 2017, le principal du collège Bellair a écrit à nouveau au directeur académique des services de l'éducation nationale du Calvados afin de lui faire part du caractère récurrent des difficultés. Ces rapports décrivaient avec précision de nombreux faits traduisant des difficultés d'organisation (oubli d'élèves dans l'infirmerie), des difficultés relationnelles avec les équipes pédagogiques (isolement professionnel de l'infirmière), des difficultés relationnelles avec les élèves (en raison notamment de diagnostic de surpoids, de défaut de compréhension des jeunes filles) et leurs parents (à propos de l'éducation à la sexualité notamment), des défauts de prise en charge (protocole individualisé, soins ). La rectrice de l'académie de Normandie ne peut affirmer qu'elle n'a eu connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits qu'à la lecture d'un rapport en date du 18 décembre 2019. Toutefois, la décision attaquée ne fait référence qu'au rapport du 29 mai 2019 qui relate, avec précision, des faits qui ne sont pas prescrits. Par suite, le moyen tiré de la prescription de l'action disciplinaire litigieuse doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Deuxième groupe : / - la radiation du tableau d'avancement ; / - l'abaissement d'échelon ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours [] ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. Il ressort des pièces du dossier que la rectrice de l'académie de Normandie a fondé la sanction sur " un défaut de communication et un comportement inapproprié voire répréhensible vis-à-vis des personnels de l'établissement ", " une attitude inappropriée vis-à-vis des élèves et des familles " et " une posture professionnelle qui perturbe le service ". En faisant explicitement référence au rapport du 29 mai 2019, elle a aussi nécessairement fondé sa décision sur les faits qui y sont mentionnés, et notamment l'absence de prise en charge de plusieurs élèves blessés, l'absence de prise en charge d'un projet d'accueil individualisé, les difficultés de communication avec les élèves, notamment avec un élève à mobilité réduite et les élèves en surpoids. Le caractère récurrent de ces faits a entraîné une perte de confiance des élèves envers l'infirmière et des difficultés relationnelles importantes avec les parents. Ces faits sont constitutifs de fautes. Outre les difficultés avec les enseignants et les autres membres de la communauté éducative mentionnés dans la décision attaquée, en particulier l'assistante sociale et le conseiller principal d'éducation comme le souligne le rapport du 29 mai 2019, le manque de professionnalisme de Mme C perturbe le service public de l'éducation et la prise en charge des élèves au sein de l'établissement. Elle compromet aussi la sécurité des collégiens. Ces faits, qui ne sont pas contestés et portent sur la finalité essentielle des fonctions d'une infirmière scolaire, justifiaient que l'autorité disciplinaire prononce à l'encontre de Mme C, sans entacher sa décision de disproportion, une sanction d'exclusion d'une durée de deux ans dont six mois avec sursis.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a prononcé la sanction en cause.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante de la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. B
Le président,
Signé
X. MONDÉSERT La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026