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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200431

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200431

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGALLOT-LAVALLEE - IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, Mme A C, représentée par la SCP Gallot-Lavalle Ifrah Begue, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet du Calvados refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien, ou subsidiairement sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler le temps de la délivrance du titre de séjour ; subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet aurait dû saisir au préalable la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, la requérante n'ayant pas déposé sa demande d'admission au séjour via le site " démarches simplifiées " ni envoyé personnellement un dossier par voie postale ;

- aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, de nationalité algérienne, née le 23 juin 1998 à Akou (Algérie), a déclaré être entrée en France le 26 mai 2016 munie d'un visa de court séjour. Elle a déposé le 3 mai 2019 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 12 septembre 2019, le préfet du Calvados a opposé un refus, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours contentieux contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du présent tribunal du 13 décembre 2019 devenu définitif. Le conseil de Mme C a présenté le 27 août 2021 pour Mme C une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, elle sollicite l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur cette demande.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que la requérante ait formulé une demande de communication des motifs de la décision de rejet née du silence gardé par les services de la préfecture du Calvados sur sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par les dispositions de l'article L. 435-1, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à une ressortissante algérienne qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. La requérante fait valoir que son grand-père est français, que sa mère a entamé des démarches en vue de l'obtention de la nationalité française et qu'elle a obtenu le baccalauréat en 2021. Si la requérante fait valoir que sa mère remplit les conditions pour déposer une demande de naturalisation, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le fait qu'elle ait obtenu des diplômes en France n'est pas en soi de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, sa mère fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dès lors, doit être écarté le moyen tiré de ce qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Calvados aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

6. En troisième lieu, la commission du titre de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux ressortissants algériens en l'absence de stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoyant une procédure similaire, doit être saisie du seul cas des intéressés qui remplissent effectivement les conditions auxquelles cet accord subordonne la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence et pour lesquels l'autorité préfectorale envisage de refuser la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui soutiennent satisfaire à ces conditions. Il ne ressort pas du dossier que Mme C pourrait prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été exposé au point 5 du présent jugement, le préfet du Calvados n'était pas tenu de soumettre le cas de Mme C à la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme C, qui n'a pas exécuté la mesure d'éloignement notifiée en 2019 et dont la légalité a été confirmée par un jugement du présent tribunal du 13 décembre 2019 devenu définitif, ne justifie pas d'une insertion professionnelle en France. Elle n'établit pas qu'elle serait isolée en cas de retour en Algérie, où résident deux de ses frères. Sa mère fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale.

9. En dernier lieu, la requérante, qui n'a pas d'enfant à charge, ne peut pas utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant à l'encontre de la décision de refus de séjour, qui n'a d'ailleurs pas pour effet de séparer un enfant de ses parents. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le préfet en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Ifrah et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

F. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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