vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AARPI CONCORDANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, M. E A, représenté par l'AARPI Concordance Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un certificat de résidence pour algérien d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il appartient à l'administration de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît l'article 7 a) de l'accord franco-algérien ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision accordant un délai de départ volontaire est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %, par une décision du 10 juin 2022.
Par une ordonnance du 16 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, de nationalité algérienne, est entré en France le 7 décembre 2019 selon ses déclarations, muni d'un visa C " famille de français " valable jusqu'au 28 mai 2020. Il a obtenu une carte de résidence pour algérien en qualité de conjoint de français, dont il a demandé le renouvellement le 27 novembre 2020. M. A, qui a divorcé en janvier 2021, a par la suite sollicité la délivrance d'une carte de résidence pour algérien en tant que salarié sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 11 février 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-2022-10006 du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 20 du même jour, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. B D, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de l'Orne, à l'effet de signer les actes relevant du bureau de l'intégration et de l'immigration, tels que les arrêtés portant refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
Sur les autres moyens invoqués à l'encontre du refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : / () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". L'article 9 alinéa 2 du même accord prévoit : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Il résulte de l'ensemble de ces stipulations que l'obtention d'un visa de long séjour et la production d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi sont les conditions cumulatives nécessaires pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas entré en France sous couvert d'un visa de long séjour. En outre, et ainsi que le relève le préfet dans ses écrits en défense, il ne justifie pas d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi. Dès lors, et même si le requérant justifie avoir été employé en contrat à durée déterminée par une association, c'est par une exacte application des stipulations précitées que le préfet a refusé la délivrance à M. A d'un certificat de résidence en tant que salarié.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; () ".
6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. A ait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le requérant ne peut pas utilement soutenir qu'il remplissait les conditions pour la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur ".
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Le requérant soutient qu'il vit en France depuis le mois de décembre 2019, qu'il a travaillé entre janvier 2021 et février 2022, que son employeur lui a confirmé que son contrat de travail serait renouvelé sous réserve d'une carte de séjour valide et que plusieurs membres de sa famille résident en France. Toutefois, le requérant, qui était présent en France depuis à peine plus de deux ans à la date de la décision attaquée, ne justifie pas d'une insertion sociale particulière. M. A, sans charge de famille et divorcé depuis janvier 2021 d'une ressortissante française, n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et où résident ses parents, ses trois frères et deux sœurs. Dans ces conditions, le préfet de l'Orne n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
Sur les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant refus d'admission au séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus d'admission au séjour, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur l'autre moyen invoqué à l'encontre de la décision accordant un délai de départ volontaire :
11. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision accordant un délai de départ volontaire.
Sur l'autre moyen invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :
12. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que les décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à l'AARPI Concordance Avocats et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Belhadj, conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
F. C L'assesseur le plus ancien,
Signé
J. BELHADJLa greffière,
Signé
C. BENIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026