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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200710

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200710

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP FERRETTI HUREL LEPLATOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 mars et 16 août 2022, Mme C A, représentée par Me Hurel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a refusé de procéder au renouvellement de son agrément d'assistance familiale, confirmée par la décision du 26 janvier 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Orne de procéder au renouvellement de son agrément dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Orne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 421-3 et R. 421-3 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le président du conseil départemental de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.

Une demande de pièce pour compléter l'instruction a été adressé le 4 octobre 2022 en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, au département de l'Orne.

La pièce sollicitée a été enregistrée le 4 octobre 2022 et communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Ferretti, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a été agréée en qualité d'assistante familiale du 19 septembre 2016 au 18 septembre 2021. Le 20 mai 2021, elle a sollicité le renouvellement de son agrément. Par des courriers des 21 juillet et 21 septembre 2021, le conseil départemental de l'Orne l'a informée qu'il envisageait de refuser le renouvellement de son agrément, qu'une commission consultative paritaire se tiendrait le 7 octobre 2021 et l'a invitée à présenter ses observations. La commission a émis un avis défavorable au renouvellement de l'agrément de Mme A. Par une décision du 28 octobre 2021, le président du conseil départemental de l'Orne a rejeté la demande de renouvellement d'agrément de Mme A. Celle-ci a présenté un recours gracieux le 8 novembre 2021, qui a été rejeté le 26 janvier 2022. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a refusé de procéder au renouvellement de son agrément d'assistance familiale, et la décision du 26 janvier 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique () ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne ". Aux termes de l'article R. 421-3 du même code : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou familial, le candidat doit : 1° présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel est affectif () ". L'article D. 421-20 du même code prévoit : " Les dispositions des articles R. 421-3, D. 421-4 à D. 421-16 sont applicables aux demandes de renouvellement d'agrément des assistants maternels et familiaux ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-23 de ce code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de () de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. () ".

3. Il résulte de ces dispositions du code de l'action sociale et des familles qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait ou de refuser le renouvellement de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être. Par ailleurs, si la légalité d'une décision doit être appréciée à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de tenir compte, le cas échéant, d'éléments factuels antérieurs à cette date mais révélés postérieurement.

4. La décision attaquée du 28 octobre 2021 a été prise au motif que le projet professionnel de Mme A n'est pas adapté à la réalité des accueils et aux besoins éducatifs des enfants. Le courrier du 21 juillet 2021, qui informait Mme A d'une proposition de non-renouvellement de son agrément, mentionne notamment qu'elle a été confrontée à des difficultés avec deux enfants accueillis et a décidé de mettre fin aux contrats, sans s'appuyer sur les professionnels de santé ou se remettre en cause. Toutefois, Mme A expose qu'elle a fait l'objet d'un arrêt maladie ayant justifié la fin d'un des contrats. Le rapport d'évaluation du 12 juillet 2021 est positif et aucun reproche n'est formulé sur le comportement ou l'approche professionnelle de Mme A. Par suite, en se fondant sur le seul motif tiré de l'inadaptation du projet professionnel de Mme A à la réalité des accueillis et aux besoins éducatifs des enfants, le président du conseil départemental a commis une erreur d'appréciation.

5. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision, dont l'annulation est demandée, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Le département de l'Orne invoque en défense un nouveau motif tiré de l'absence de garanties liées à la sécurité des enfants. Toutefois, le courrier de convocation du 21 septembre 2021 devant la commission consultative paritaire ne mentionnait pas un tel motif. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'un tel motif ait été utilement discuté devant la commission. Or, le défaut de saisine de la commission consultative paritaire sur ce motif, devant laquelle Mme A aurait été à même de présenter ses observations sur les faits ainsi reprochés, est de nature à priver celle-ci d'une garantie. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de motif sollicitée en défense.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 28 octobre 2021 et celle du 26 janvier 2022 rejetant le recours gracieux doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu des motifs retenus par le présent jugement, en particulier celui retenu au point 5, il y a seulement lieu d'enjoindre au département de statuer à nouveau sur la demande de renouvellement d'agrément présentée par Mme A. Il y a lieu d'enjoindre au président du conseil département de l'Orne, ou tout autre président territorialement compétent, d'agir en ce sens dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Orne une somme de 1 200 euros à verser à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 28 octobre 2021 et du 26 janvier 2022 sont annulées.

Article 2 : Le département de l'Orne versera une somme de 1 200 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au président du conseil départemental de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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