vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200772 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu la procédure suivante :
A une requête, enregistrée le 31 mars 2022, M. D B, représenté A Me Blache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 A lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sur le fondement de l'article L. 435-3 du CESEDA, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Blache, d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat en cas de condamnation.
Il soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- les documents d'état civil produits sont authentiques et ont été légalisés A l'ambassade de Guinée-Conakry en France ; le préfet ne démontre pas en quoi ces documents d'état civil ne seraient pas authentiques ;
- méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
A un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'attestation de dépôt de demande d'aide juridictionnelle en date du 22 mars 2022 ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Blache, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen (Guinée-Conakry), né le 18 mars 2003, est entré de manière irrégulière sur le territoire français en août 2019. Il a été pris en charge A le conseil départemental du Calvados suite à l'ordonnance de placement provisoire du procureur de la république de Caen du 23 décembre 2019. Il a sollicité le 3 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. A un arrêté du 21 février 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
4. Les dispositions précitées de l'article 47 du code civil posent une présomption de validité des actes d'état civil établis A une autorité étrangère. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue A tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation A l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits A les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production A l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée A principe à de tels documents.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a fourni une carte consulaire, un acte de naissance daté du 4 août 2020 ainsi qu'un jugement supplétif rendu le 16 juillet 2020. Pour remettre en cause l'authenticité des mentions figurant sur ce dernier document, l'autorité administrative relève que les informations émanant du SSI de l'ambassade de France en République de Guinée (Conakry) font état d'une fraude généralisée au niveau de l'état civil de ce pays. Ce service, qui a émis un retour défavorable quant à l'authenticité des documents d'état civil présentés A M. B, a relevé plusieurs irrégularités au regard du code civil guinéen, à savoir l'absence de référence à ses articles 601 et 158 et la violation de son article 604. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à priver la carte consulaire et l'acte de naissance, qui n'ont fait l'objet d'aucune observation, de leur force probante, et ce d'autant que M. B produit, dans le cadre de la présente instance, un extrait du registre d'acte de naissance valablement légalisé A l'ambassade de Guinée en France. Au regard de ce qui précède, les éventuelles irrégularités, au demeurant non établies, affectant le jugement supplétif ne permettent pas de remettre en cause l'âge déclaré A M. B. Dans ces conditions, l'administration ne peut pas être regardée comme apportant la preuve de la fraude documentaire qui a fondé la décision en litige.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
7. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il revient ensuite au préfet, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
8. D'une part, M. B, qui a été confiée à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et a déposé sa demande de titre de séjour dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire. Le préfet du Calvados ne soutient pas que M. B présente une menace pour l'ordre public.
9. D'autre part, il apparaît à l'examen des bulletins scolaires afférents aux années scolaires 2020-2021 et 2021-2022 que les appréciations très encourageantes des enseignants soulignent l'investissement de M. B, qui avait déjà reçu des encouragements à l'issue de la première année, ainsi que son caractère sérieux et volontaire. Dans le même sens, les rapports de la structure d'accueil et de formateurs font état d'un fort et véritable désir de progression et un grand sérieux. Le préfet du Calvados reconnaît d'ailleurs, dans son arrêté, le caractère réel et sérieux des études entreprises A M. B. A ailleurs, si le préfet du Calvados soutient que M. B a entretenu des liens avec sa famille, compte tenu de la production de l'acte de décès de ses parents, cette seule considération n'est pas de nature à faire obstacle à ce que le requérant bénéficie du régime prévu A les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Calvados a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'aucune circonstance ne pouvait, à titre exceptionnel, le conduire à délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de l'article L. 435-3.
10. Il résulte ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. B est illégale et doit être annulée. Il s'ensuit que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doivent également être annulées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados en date du 21 février 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à M. B un titre de séjour " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le mettre, dans l'attente, en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
13. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. A suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive à l'aide juridictionnelle du requérant et sous réserve que Me Blache conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blache de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 21 février 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. B un titre de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de le mettre, dans l'attente, en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 4 : L'Etat versera à Me Blache une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Blache et au préfet du Calvados.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
Mme Arniaud, conseillère,
M. Belhadj, conseiller.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
J. C Le président,
Signé
F. CHEYLANLa greffière,
Signé
C. BENIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026