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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200803

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200803

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 avril 2022 et 2 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le président de la communauté urbaine Caen La Mer Normandie a procédé à son licenciement pour insuffisance professionnelle, et la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté urbaine Caen La Mer Normandie de le réintégrer dans ses effectifs, de reconstituer sa carrière, dès notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Caen La Mer Normandie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les faits reprochés ne sont pas établis et ne justifient pas un licenciement en cours de stage ;

- il n'a pas bénéficié de formations appropriées.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 octobre 2022 et 13 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le président de la communauté urbaine Caen La Mer Normandie conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 387 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique :

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- les observations de Me Launay, représentant le requérant, et celles de Mme C, représentant la communauté urbaine Caen La Mer Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était employé par la communauté urbaine Caen La Mer Normandie en qualité d'agent contractuel d'entretien des espaces verts depuis 2017. Par un arrêté du 28 janvier 2021, il a été titularisé à compter du 1er février 2021 au grade d'adjoint technique territorial, en qualité de stagiaire à temps complet pour une durée d'un an. Par un courrier du 24 septembre 2021, M. B a été informé de ce que son licenciement pour insuffisance professionnelle était envisagé. Par un arrêté du 7 octobre 2021, son licenciement pour insuffisance professionnelle a été prononcé. M. B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 4 décembre 2021. Par la présente requête, il sollicite l'annulation de la décision du 7 octobre 2021 portant licenciement pour insuffisance professionnelle et de la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 327-4 du code de la fonction publique, qui reprend l'article 46 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le stagiaire peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente : / 1° Pour insuffisance professionnelle ; / 2° Pour faute disciplinaire. ". L'article 5 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation faite par l'autorité administrative des aptitudes d'un agent stagiaire lorsqu'elle décide de le licencier en cours de stage pour insuffisance professionnelle.

3. Aux termes de l'article 8 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " Les candidats recrutés en qualité d'adjoint technique territorial sur un emploi d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public d'une collectivité territoriale () sont nommés stagiaires par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination pour une durée d'un an. () Dans l'année qui suit leur nomination, les agents sont astreints à suivre une formation d'intégration, dans les conditions prévues par le décret n° 2008-512 du 29 mai 2008 relatif à la formation statutaire obligatoire des fonctionnaires territoriaux et pour une durée totale de cinq jours ". Selon l'article 6 du décret du 29 mai 2008 relatif à la formation statutaire obligatoire des fonctionnaires territoriaux, la formation d'intégration " porte notamment sur l'organisation et le fonctionnement des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, les services publics locaux et le déroulement des carrières des fonctionnaires territoriaux. ". L'article 10-1 du même décret prévoit : " Dans un délai de deux ans après leur nomination prévue à l'article 8 ci-dessus, leur détachement ou leur intégration directe, les membres du présent cadre d'emplois sont astreints à suivre une formation de professionnalisation au premier emploi, dans les conditions prévues par le décret n° 2008-513 du 29 mai 2008 et pour une durée totale de trois jours ".

4. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, ou correspondant à son grade, s'agissant d'un fonctionnaire, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions.

5. Il ressort de la décision attaquée du 7 octobre 2021 que le licenciement pour insuffisance professionnelle de M. B a été prononcé en raison de l'insuffisance de ses compétences techniques et de son intérêt pour ses missions, des incidents recensés durant les six mois de stage effectué et de son comportement inadapté.

6. M. B, affecté à l'entretien des espaces verts, ne conteste pas que la haie d'un particulier a brûlé, engendrant 19 000 euros de dégâts, mais fait valoir qu'il aurait dû bénéficier d'une formation pour l'utilisation du désherbeur thermique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait sollicité une formation propre à cet appareil, ni que cette dernière soit obligatoire avant son utilisation. Par ailleurs, il ressort notamment d'une attestation du responsable d'équipe que M. B, qui travaillait en outre en trinôme et pouvait solliciter des conseils de la part de ses collègues, avait indiqué connaître l'utilisation du désherbeur thermique. Le requérant ne conteste pas avoir abîmé une lame de tondeuse sans en faire part à son responsable, ni avoir endommagé une barrique d'eau avec un véhicule. Si M. B conteste avoir débroussaillé la haie d'un particulier sur toute sa longueur, il n'apporte aucun élément de nature à contredire l'attestation de son responsable accompagné d'une photographie de la haie. Il ressort des évaluations de stage d'avril et de septembre 2021 que son manque de savoir-être, d'initiative et de connaissances techniques ont été relevés sans susciter de commentaires de sa part. Par ailleurs, M. B ne conteste pas utilement son comportement inadapté, notamment avec ses collègues, qui est corroboré par des attestations du responsable d'équipe et d'un encadrant technique. Dans ces conditions, et alors que M. B a bénéficié d'une formation de cinq jours entre août 2021 et août 2022, la communauté urbaine Caen La Mer Normandie a pu, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation, considérer que M. B ne possédait pas les aptitudes professionnelles et comportementales requises et décider en cours de stage de son licenciement pour insuffisance professionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Caen la Mer Normandie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la communauté urbaine Caen La Mer Normandie au titre des frais de même nature.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté urbaine Caen La Mer Normandie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté urbaine Caen La Mer Normandie.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La rapporteure,

Signé

C. D

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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