vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LELOUEY |
Vu la procédure suivante :
B une requête, enregistrée le 8 avril 2022, Mme D E, représentée B Me Lelouey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 B laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de ses enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de ses enfants dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision a été prise B une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle méconnaît les articles L. 434-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de F 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 et F 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
B un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés B la requérante ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale B décision du 6 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Lelouey, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D E, ressortissante mongole née le 24 octobre 1980, est entrée sur le territoire français le 25 février 2015 munie d'une carte de résident longue durée délivrée en République Tchèque et valable jusqu'au 24 février 2026. Elle a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 7 août 2018. Elle a obtenu un titre de séjour salarié le 4 juillet 2019, régulièrement renouvelé jusqu'au 3 juillet 2022. Elle a présenté une demande de regroupement familial au profit de ses trois enfants, résidant sur le territoire français. B une décision du 16 décembre 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, B un arrêté du 9 mars 2020 publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet du Calvados a donné délégation à M. Jean-Philippe Vennin, secrétaire général de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Calvados, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, B suite, être écarté.
3. En deuxième, la décision attaquée comporte les motifs de droit qui la fondent. Elle indique également que le regroupement familial sur place ne peut pas concerner des enfants seuls, et que, dès lors que les enfants sont déjà sur place et que leur droit au séjour n'est pas remis en cause B le refus de regroupement familial, ce dernier ne méconnaît pas F 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort ni de cette décision, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation des intéressés. B suite, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de F L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". F L. 434-3 du même code dispose que : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ". Aux termes de F L. 434-7 du même code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () / 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". F L. 434-6 du même code prévoit : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ". F R. 434-6 de ce code prévoit : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2 ". Aux termes de F R. 434-10 de ce code : " Dans le cas où le regroupement sollicité n'est que partiel, la demande comporte, outre les éléments mentionnés aux articles R. 434-8 et R. 434-9 : / 1° L'exposé des motifs, tenant notamment à la santé ou à la scolarité du ou des enfants ou aux conditions de logement de la famille, qui justifient, au regard de l'intérêt du ou des enfants, que le regroupement familial ne soit pas demandé pour l'ensemble de la famille ; / 2° La liste de ceux des membres de la famille pour lesquels le regroupement familial est demandé ".
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu B les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé B les stipulations de F 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant tel que protégé B les stipulations du 1 de F 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
6. D'une part, F R. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit une exception à la condition de résidence hors de France au bénéfice du conjoint et, le cas échéant, des enfants, lorsque le conjoint est déjà autorisé à séjourner régulièrement sous couvert d'un titre d'une durée d'un an. B suite, alors qu'il est constant que le conjoint de Mme E, père de ses enfants, ne réside pas en France en situation régulière, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet du Calvados a rejeté la demande de regroupement familial au profit des seuls enfants de A E déjà présents sur le territoire français.
7. D'autre part, Mme E fait valoir qu'elle est entrée en France une première fois en 2015 accompagnée de ses enfants pour rendre visite à sa mère malade, sans toutefois apporter d'élément permettant d'établir l'état de santé de sa mère. Elle indique qu'elle est séparée du père de ses enfants qui a donné son accord à l'installation de ces derniers en France, lesquels sont scolarisés et ne peuvent retourner en République Tchèque pour formuler la demande de regroupement familial. Le document transmis dans le cadre de la présente instance, attestant que le père lui a donné plein pouvoir pour le représenter dans ses droits et obligations à l'égard de ses trois enfants alors mineurs en lien avec les autorités compétentes en France dans le domaine sanitaire et éducatif, ne constitue pas une déchéance de droits parentaux et ne saurait permettre d'établir l'intérêt supérieur des enfants à vivre en France auprès de leur mère et éloignés de leur père, alors qu'il n'est pas allégué qu'il n'y aurait plus de lien entre les enfants et leur père. B ailleurs, la décision attaquée n'a pas pour effet d'obliger les enfants de A E à retourner vivre en République Tchèque, leur statut de mineur ne leur faisant pas obligation de détenir un titre de séjour pour pouvoir séjourner sur le territoire français et être scolarisés. Dès lors, cette décision ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de ces enfants protégés B les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Enfin, le préfet fait valoir, sans être utilement contredit, que les enfants de la requérante pourraient obtenir à leur majorité une carte de séjour temporaire d'un an sur le fondement de F L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux étrangers résidant habituellement en France depuis qu'ils ont atteint au plus l'âge de 13 ans. Dans ces conditions, le refus opposé B le préfet ne méconnaît pas davantage les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il est susceptible de comporter pour la situation personnelle des intéressés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
9. B voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de F L. 761-1 du code de justice administrative et de F 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée B Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Lelouey et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public B mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
A. GODEY
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026