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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200994

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200994

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET NDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 29 avril 2022, M. D B, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2021 par lequel la préfète de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Orne de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son avocat renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 32.1 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et L. 426-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 12 mai 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux

migratoires du 23 septembre 2006 modifiée le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant sénégalais né le 11 juin 2001 à Mbour (Sénégal), est entré sur le territoire français le 9 septembre 2018 sous couvert d'une carte de résident espagnol, dans le cadre d'un regroupement familial. Il a sollicité le 18 novembre 2020 la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juin 2021, la préfète de l'Orne lui a refusé la délivrance de cette carte de séjour et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de l'Orne a donné délégation à M. A C, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de l'Orne, à l'effet de signer les arrêtés portant décision de refus de séjour et les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 426-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 32.1 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires dès lors qu'il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui ne sont pas contestés, qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ces fondements et que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office sa demande sur un autre fondement.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Si M. B fait valoir qu'il a obtenu son DELF A2 le 1er juillet 2019 ainsi qu'un CAP peinture applicateur de revêtements le 6 juillet 2020, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas poursuivi dans cette voie professionnelle et est actuellement inscrit en BAC professionnel métiers de l'électricité et de ses environnements connectés, où ses résultats scolaires les plus récents sont contrastés. M. B ne se prévaut par ailleurs pas d'une intégration particulière. Enfin, si M. B indique vivre chez son père et sa belle-mère, qui sont en situation régulière, il n'apporte aucune précision sur les liens qu'il entretient avec eux, ni sur ceux qu'il aurait conservés dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et au regard des seuls arguments invoqués par M. B, la préfète de l'Orne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Orne du 3 juin 2021.

Sur les autres conclusions :

7. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions aux fins d'annulation, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de l'Orne et à Me Ndiaye.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guillou, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Saint-Macary, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

SIGNÉ

M. SAINT-MACARY

Le président,

SIGNÉ

H. GUILLOU

La greffière,

SIGNÉ

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière

C. Bénis

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