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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201296

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201296

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantDUHAYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2022, M. A D, représenté par Me , demande au tribunal :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la désignation de Me au titre

de l'aide juridictionnelle, et à défaut de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 mai 2022, notifiée le 25 mai 2022, par laquelle le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourra être reconduit ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Orne, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- méconnaît les stipulations de l'article 41 de la Charte européenne des droits fondamentaux ;

- méconnaît les dispositions combinées des articles L.611-1, L. 542-1, L.542-2 et R. 532- 57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) dès lors que le rejet de sa demande d'asile ne lui a pas été régulièrement notifié ;

- méconnaît les dispositions de l'article L.611-3 9° du même code compte tenu de son état de santé ;

Il soutient par ailleurs que la décision fixant le pays de destination :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 513-2 du CESEDA.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. B C par décision du 1e septembre 2021 pour juger les contentieux relatifs à l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant , déclare être entré en France le 20 août 2021. Sa demande d'asile a été rejeté par une décision en date du 15 avril 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par arrêté en date du 11 mai 2022, le préfet de l'Orne a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourra être reconduit.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. M. D soutient que l'obligation de quitter le territoire français a été prise au terme d'une procédure qui porte atteinte à son droit d'être entendu au sens du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il a toutefois été mis à même, dans le cadre de sa demande d'asile, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir. Il n'établit par ailleurs pas ni même n'allègue avoir été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté. Le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 41 de la charte doit également être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". L'article L. 541-2 du même code dispose : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article R. 351-5 de ce même code : " L'étranger est informé dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, du caractère positif ou négatif de la décision prise par le ministre chargé de l'immigration en application de l'article L. 352-1. () ". Enfin et aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision.

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " Telemofpra " produit en défense par le préfet, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 avril 2022 lui a été notifiée le 26 avril 2022. Il ressort des mêmes pièces du dossier qu'était jointe à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui lui a été notifiée, une notice expliquant le sens de la décision, notamment en , langue du pays dont M. D est originaire et où il a vécu jusqu'à son départ pour la France. Dans ces conditions, le requérant ne peut affirmer qu'il n'a pas compris le sens de la décision du 15 avril 2022. Par suite, le préfet de l'Orne pouvait légalement prendre la décision en litige.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D, porteur du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), bénéficie à ce titre d'un suivi spécialisé au pôle infectiologie du CHU de Caen-Normandie. Alors qu'il n'est pas contesté que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant soutient qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine en affirmant que le traitement, qui ne peut être interrompu, n'y est disponible que dans certains établissements médicaux, que les files d'attente pour y obtenir un traitement l'expose à des risques. Toutefois, les attestations médicales que M. D produit montrent qu'il a suivi une trithérapie pendant 4 ans en avant de venir en France, tandis que les éléments du suivi international de l'information médicale (MedCOI) montrent une disponibilité des produits nécessaires au traitement de son affection. Dans ces conditions, en prenant la décision litigieuse, le préfet de l'Orne n'a ni méconnu les dispositions précitées ni entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. La décision attaquée, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que la décision ne contrevient pas à ses stipulations. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est assortie des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. D se borne à indiquer que les personnes séropositives sont mises au ban de la société en et qu'il fait l'objet de menaces de sa belle-famille à raison de la séropositivité de sa femme. A supposer même la " mise au ban " comme qualificative des traitements inhumains précités, aucun élément autre que ses allégations ne vient établir un lien entre les violences qu'il dit avoir subi et sa condition médicale, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en raison de " déclarations évasives et impersonnelles ". Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les stipulations et les dispositions précitées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige en toutes ses décisions. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et de frais de d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de l'Orne.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Fait à Caen, le 1er juillet 2022.

Le magistrat désigné,La greffière,

Signé signé

B. C N. BELLA

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Godey

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