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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201348

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201348

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAUNOIS FLACELIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2022, M. B C, représenté par Me Launois-Flacelière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous la même astreinte, et dans l'attente de la délivrance du titre de séjour ou du réexamen de sa situation, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen sérieux par le préfet de sa demande et de sa situation ;

- méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle retient qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français ;

- méconnaît l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen sérieux par le préfet de sa situation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

La décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A

- les observations de Me Launois-Flacelière représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M.Youness C, né le 9 septembre 1989, de nationalité marocaine, est, selon ses déclarations, entré en France le 29 mai 2014. Le 14 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 8 avril 2022, dont il demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise, en particulier, la situation administrative et le parcours du requérant, notamment son entrée irrégulière sur le territoire ainsi que le mariage qu'il a contracté avec une ressortissante française. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. () ". Aux termes de l'article L. 312-3 de ce code : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français.". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Si la condition de détention d'un visa long séjour n'est pas opposable à l'étranger entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions précitées de l'article L. 423-1 du même code n'ont, en revanche, pas pour effet de dispenser les étrangers sollicitant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français de la production du visa de long séjour mentionné à l'article L. 312-3 du même code. M. C fait valoir que dès lors qu'il a saisi le préfet d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celui-ci était implicitement saisi d'une demande de visa long séjour, qu'il était par suite tenu d'examiner. Toutefois, il ressort des dispositions rappelées au point 3 que les autorités diplomatiques et consulaires françaises sont seules compétentes pour instruire une demande de visa de long séjour. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet ne détient d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la compétence pour instruire la demande de visa de long séjour, il ne pouvait être regardé comme implicitement saisi d'une telle demande. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir que le préfet du Calvados n'a pas procédé, pour ce motif, à un examen complet de sa demande. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 12 juin 2020, M. C a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14, devenu L. 435-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 16 juin 2020, le préfet a déclaré sa demande irrecevable et lui a indiqué qu'il pouvait solliciter la délivrance d'un titre de séjour, en qualité de conjoint d'un français, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 313-11, devenu L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 14 avril 2021, M. C a saisi le préfet du Calvados d'une demande de titre de séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à reprocher au préfet du Calvados de ne pas avoir examiné sa demande au titre de l'admission exceptionnelle au séjour dont il n'était pas saisi.

6. En quatrième lieu, si M. C reproche au préfet du Calvados de ne pas avoir procédé à un examen complet de sa situation, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a pris en considération la date à laquelle M. C a déclaré être entré sur le territoire français ainsi que sa situation maritale. La circonstance que la décision en litige, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, ne mentionne pas la présence des deux sœurs de celui-ci sur le territoire français, n'implique pas que le préfet aurait omis de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la situation de M. C doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision en litige que pour considérer que M. C ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il ne pouvait, par suite, se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Calvados a indiqué que l'intéressé était entré en France " selon ses déclarations " le 29 mai 2014 et qu'il s'était, par la suite, irrégulièrement maintenu sur le territoire français en méconnaissance d'une décision du préfet de la Marne du 4 mars 2019 l'obligeant à quitter le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de la régularité de son entrée en France, M. C s'est borné à produire une photocopie d'un visa Schengen délivré par le consulat d'Espagne à Agadir pour la période du 30 août 2013 au 29 août 2014, lequel n'est toutefois revêtu d'aucun tampon attestant de la date de son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C, qui n'établit pas la régularité de son entrée en France, n'est pas fondé à reprocher au préfet du Calvados d'avoir considéré qu'il ne pouvait, pour ce motif, se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si M. C est présent sur le territoire français depuis 2014, il ne justifie pas avoir noué des liens d'une intensité particulière en France, alors par ailleurs qu'il s'est maintenu durant une longue période sur le territoire en situation irrégulière. En outre, s'il est marié depuis le 6 juin 2020 avec une ressortissante française, la communauté de vie, qui daterait de 2019, est récente et le couple n'a pas d'enfant. Par ailleurs, M. C n'établit pas qu'il serait en situation d'isolement au Maroc, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où résident ses parents et l'une de ses sœurs. S'il se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 6 septembre 2021, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en France. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour sur le territoire national, M. C ne démontre pas que le retour dans son pays d'origine pour y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour afin de régulariser sa situation, porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté litigieux a été pris. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise, en particulier, la situation maritale du requérant, le fait que M. C n'a pas d'enfants, qu'il a conservé des attaches familiales au Maroc, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de la motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen complet de la situation du requérant doivent être écartés.

11. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français sans développement complémentaire, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2022, par lequel préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C, partie perdante, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guillou, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

H. GUILLOU La greffière,

signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A.Lapersonne

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