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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201351

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201351

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 juin, 24, 25 et 29 août 2022, M. A C, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, par substitution de motifs, son refus de titre de séjour peut être fondé sur l'article 7 a) de l'accord franco-algérien dès lors qu'il ne justifie pas de revenus.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Bernard, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 16 juillet 1982, est entré en France le 27 septembre 2016 muni d'un visa D. Affecté par le ministre algérien des affaires religieuses à la Mosquée de Flers, puis de Dammarie les Lys et enfin de Bar Le Duc jusqu'au 31 mars 2021, il a bénéficié d'un certificat de résidence " visiteur " délivré en sa qualité de membre du clergé musulman et expirant le 24 février 2021. M. C a sollicité le renouvellement de ce certificat de résidence. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / () e) Les ressortissants algériens autorisés à exercer à titre temporaire, en application de la législation française, une activité salariée chez un employeur déterminé, reçoivent un certificat de résidence portant la mention " travailleur temporaire ", faisant référence à l'autorisation provisoire de travail dont ils bénéficient et de même durée de validité ;()"..

3. Il est constant que M. C était titulaire d'un certificat de résidence " visiteur ", sur le fondement de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien mentionné ci-dessus, en sa qualité de membre du clergé musulman, expirant le 24 février 2021 et dont il a demandé le renouvellement. La décision attaquée a été prise au motif que M. C ne remplissait pas les conditions fixées par l'article 7 e) de ce même accord.

4. Le préfet de la Manche fait valoir que M. C a signé un contrat de travail le 31 mai 2021 avec l'association culturelle islamique de Cherbourg et que cette association, par un courrier du 21 juin 2021, a saisi ses services afin de solliciter un changement de statut pour la délivrance d'un titre de séjour d'un an en tant que travailleur temporaire. Toutefois, un tel courrier ne saurait être regardé comme une demande de changement de statut ou d'abandon de sa demande de renouvellement de certificat " visiteur ". Il appartenait le cas échéant au préfet de se rapprocher de M. C pour s'assurer de la demande que celui-ci entendait maintenir. Par suite, le préfet, en n'examinant pas la demande de titre de séjour dont il était saisi, a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour attaqué doit être annulée, de même que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Manche, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant et de statuer à nouveau sur sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Manche, ou au préfet territorialement compétent, de se prononcer à nouveau sur la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 euros au requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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