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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201430

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201430

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Par une ordonnance du 24 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, de nationalité géorgienne, a déclaré être entrée régulièrement en France le 17 novembre 2018. Elle a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 19 septembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 15 janvier 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Mme C a sollicité le 12 octobre 2020 son admission au séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 31 décembre 2021, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'admission au séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile servant de base légale à la décision refusant l'admission au séjour, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté énonce des éléments de fait propres à la situation de la requérante, en indiquant que Mme C a présenté une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade, que le collège de médecins a conclu dans son avis à l'absence de gravité exceptionnelle des conséquences d'un défaut de prise en charge et que, faute d'éléments médicaux contraires, le préfet a décidé de s'approprier les termes de cet avis. Le préfet relève en outre dans cet arrêté que la fille de la requérante pourra poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine et que Mme C conserve des attaches familiales en Géorgie, où résident son mari et deux de ses enfants. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de Mme C, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre la requérante en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

4. Par un avis du 4 mai 2021, versé au dossier, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque.

5. La requérante fait valoir qu'elle est suivie pour les séquelles d'une paralysie cérébrale. Elle produit à l'appui de ses allégations un compte rendu de consultation externe établi le 5 mars 2021 par un praticien du CHU de Caen, selon lequel Mme C est suivie dans le cadre d'une paralysie cérébrale de type diplégie spastique des membres inférieurs. Il est précisé dans ce compte rendu que l'IRM rachidienne n'a montré aucune anomalie. Elle fournit en outre un certificat médical du 26 avril 2021 du même praticien mentionnant une IRM médullaire normale, un certificat médical de son médecin traitant du 25 mars 2022 qui indique avoir reçu la requérante en consultation à trois reprises en 2021 et à deux reprises en 2022, ainsi que des ordonnances prescrivant notamment des médicaments anti-inflammatoires et antidouleurs. Ces documents, s'ils confirment un suivi médical pour les séquelles d'une paralysie affectant les membres inférieurs ainsi que la gêne et les douleurs ressenties par la requérante, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII quant à l'absence d'exceptionnelle gravité des conséquences d'un défaut de prise en charge. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que la requérante ne bénéficie pas d'une prise en charge médicale pour une pathologie mais d'un suivi médical pour les séquelles d'une paralysie dont elle souffre depuis l'enfance. Le caractère d'exceptionnelle gravité n'étant pas établi, le préfet n'était pas tenu de se prononcer sur la disponibilité d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la requérante n'établit pas la gravité de la pathologie dont elle fait état. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. La requérante soutient qu'elle est présente sur le territoire français depuis le 17 novembre 2018, que son époux a rejoint l'Arménie où il a été mobilisé comme soldat et que sa fille est scolarisée en France en classe de CM2. Toutefois, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de son allégation selon laquelle elle serait isolée en cas de retour en Géorgie. A cet égard, il ressort de l'attestation établie le 19 avril 2022 par l'association " 2choseslune " que deux des enfants de la requérante sont retournés en Géorgie. Ainsi, la cellule familiale pourra se reconstituer en Géorgie, pays d'origine de la requérante et de ses trois enfants. Aucun élément au dossier ne permet d'établir que sa fille, compte tenu de son jeune âge, ne pourrait pas poursuivre sa scolarité hors de France. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France de la requérante, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

F. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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