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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201476

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201476

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, Mme E B, représentée par Me Cavelier, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 13 mai 2022 par laquelle le préfet de la Manche a rejeté sa demande de regroupement familial ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Manche d'instruire à nouveau sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que son avocat renonce à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est séparée de son fils mineur qui a subi des mauvais traitements de la part de sa belle-mère et qui est fragilisé psychologiquement du fait de cette séparation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée de la saisine du maire de la commune ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie compte tenu du temps qu'a mis Mme B pour faire une demande de regroupement familial et de ce que son fil ne séjourne plus chez sa belle-mère ;

- il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité de sa décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2201475 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision du 13 mai 2022 du préfet de la Manche..

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 juillet 2022 à 10h30, tenue en présence de Mme Hardy, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Condamine, substituant Me Cavelier, représentant Me Cavelier, qui :

- a rappelé le parcours de l'enfant de Mme B, C, et fait valoir, pour caractériser l'urgence, qu'il se trouvait dans une situation précaire et était très fragile psychologiquement ;

- a repris le moyen tiré du doute sérieux quant à l'incompétence, à l'absence de saisine du maire d'Avranches, en soulignant que celui-ci avait fait une attestation indiquant que Mme B remplissait toutes les conditions pour accueillir son fils, à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'intérêt supérieur de l'enfant, en insistant sur le fait que le jeune C souffre de troubles émotionnels, comme le révèle l'attestation qu'il a faite et celle du directeur de son collège, et en indiquant que rien ne garantit que l'argent que lui envoie sa mère n'est pas détourné ;

- a indiqué que Mme B remplit les conditions du regroupement familial, la seule circonstance qu'elle est momentanément en arrêt de travail et perçoit des indemnités journalières n'étant pas de nature à compromettre sa capacité financière ;

- les observations de Mme B, qui a expliqué avoir découvert récemment les maltraitances dont avait l'objet son fils et que lui et son enfant né en France ont le droit d'être réunis. Elle a indiqué pouvoir se rendre en Côte d'Ivoire pour voir son fils C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de ses ressources, il y a lieu d'admettre à titre provisoire Mme E B au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, à la date de son ordonnance, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Mme B, ressortissante de Côte d'Ivoire, est entrée en France le 29 septembre 2014 dans le cadre d'un regroupement familial. Elle a formé le 29 avril 2020 une demande de regroupement familiale pour son fils mineur, C A, né le 5 novembre 2006. Après l'annulation, par le tribunal administratif, d'un premier rejet de sa demande, au motif que le préfet avait méconnu l'étendue de sa compétence, le préfet de la Manche a rejeté à nouveau sa demande le 13 mai 2022.

6. Si Mme B fait valoir que son fils a subi des violences de la part de sa belle-mère pendant plusieurs années, que son père n'exerce plus l'autorité parentale sur lui depuis 2017, qu'il souffre d'être séparé de sa mère et que cela a un impact sur ses résultats scolaires, il résulte de l'instruction que l'enfant, séparé de sa mère depuis l'âge de sept ans et désormais âgé de quinze ans, a récemment quitté le logement de sa belle-mère et a trouvé refuge chez deux personnes de confiance qui l'hébergent en alternance. En outre, Mme B a la possibilité, comme elle l'a fait en 2020 et comme elle l'a confirmé à l'audience, de rendre visite à son fils dans l'attente d'une décision au fond sur sa requête. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que les circonstances invoquées par Mme B ne sont pas de nature à caractériser une situation d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision du préfet de la Manche soit suspendue.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué, que les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant au bénéfice des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Cavelier.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen et au préfet de la Manche.

Fait à Caen, le 20 juillet 2022.

La juge des référés

SIGNÉ

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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