mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-3 |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, complétée par des pièces produites le 6 juillet 2022, Mme D C, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal:
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités italiennes en tant que celles-ci sont responsables de sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de Me Cavelier, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement 604/2013/UE du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement 604/2013/UE du 26 juin 2013.
Des pièces ont été produites par le préfet de la Seine-Maritime le 5 juillet 2022.
Par ordonnance du 7 juillet 2022, Mme G B a été désignée en qualité d'interprète.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 7 juillet 2020 en présence de M. Martin, greffier d'audience, M. E a prononcé son rapport et entendu :
- les observations de Me Cavelier, représentant Mme C, qui a maintenu les conclusions de la requête,
- les observations de Mme C, avec l'assistance de Mme B, interprète,
- et les observations de Mme F A, bénévole de la Cimade, entendue à titre d'information.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante guinéenne née le 6 mai 1999, est entrée irrégulièrement en France et a déposé auprès de la préfecture du Calvados une demande d'asile le 29 mars 2022. Le contrôle sur la borne Eurodac a révélé que ses empreintes digitales avaient été enregistrées le 14 novembre 2021 en Italie, après franchissement irrégulier des frontières de ce pays. Les autorités italiennes ayant donné le 18 mai 2022 leur accord explicite à la prise en charge de l'intéressée, le préfet de la Seine-Maritime a décidé le transfert de celle-ci par son arrêté du 23 mai 2022. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par le chapitre III du règlement du 26 juin 2013 et dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application des critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
5. Les dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, selon lesquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. Il résulte de l'audience que Mme C présente à l'évidence un état de détresse psychologique majeure, caractérisé par une prostration profonde et un mutisme, en dépit de l'assistance de l'interprète, entrecoupés de rares propos qui ne sont pas en cohérence avec ses déclarations antérieures relatives à sa relation de couple. Il est établi par les débats, et notamment par les observations de la bénévole de la Cimade d'Alençon qui porte assistance à Mme C, que celle-ci qui vivait recluse dans l'appartement d'un ressortissant guinéen détenteur du statut de réfugié doit maintenant être physiquement accompagnée dans ses démarches, même les plus simples, par des personnes attentionnées et faire l'objet d'un suivi bienveillant. Il a notamment été précisé à l'audience que l'intéressée a commencé à participer aux réunions d'un groupe de femmes. Il est ainsi avéré que l'état de désorientation de Mme C exige que celle-ci trouve rapidement des repères et que l'altération psychique dont il apparaît clairement qu'elle souffre serait encore aggravée par un transfert exécuté d'office dans un pays dont elle ignore la langue, où elle serait isolée et ne pourrait entreprendre les démarches nécessaires à sa santé.
7. De plus, il ressort du certificat établi le 29 juin 2022 par le médecin de la permanence d'accès aux soins de santé de l'hôpital d'Alençon que Mme C est enceinte et il résulte des débats qu'elle doit engager dans les prochains jours, avec l'assistance de la Cimade, un suivi obstétrique dans les services de cet établissement. Dans ces conditions, il est impératif que cette assistance psycho-sociale et ce suivi médical puissent continuer à être mis en œuvre dans des conditions favorables. S'il ne ressort pas des documents versés au dossier que la grossesse de Mme C aurait présenté un danger de complication qui ne pourrait pas être traité en Italie par une prise en charge médicale de qualité équivalente à celle dont les femmes bénéficient en France, sa détresse psychologique évidente et profonde interdit tout déplacement vers un autre pays alors, d'ailleurs, qu'elle est restée moins de deux mois en Italie avant d'arriver en France.
8. Il s'ensuit que Mme C se trouve manifestement dans un état de vulnérabilité exceptionnelle qui fait obstacle à son transfert aux autorités italiennes, quand bien même celles-ci ont donné leur accord explicite à la prise en charge de sa demande d'asile.
9. Compte tenu de ce qui est dit aux points 6 à 8, Mme C est fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime, en décidant son transfert aux autorités italiennes, a méconnu les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Pour les mêmes motifs, Mme C est également fondée à soutenir que l'autorité préfectorale a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en écartant l'application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de prononcer l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé le transfert en Italie de Mme C.
Sur les frais d'instance :
11. Dès lors que Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite, et sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de condamner l'Etat à lui payer la somme de 1 000 euros qui est demandée au titre des frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à Mme C à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé le transfert de Mme C aux autorités italiennes est annulé.
Article 3 : La somme de 1 000 euros sera versée par l'Etat à Me Cavelier en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Cavelier.
Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Caen.
Fait à Caen, le 12 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
SIGNÉ
X. E
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
le greffier en chef,
D. Dubost
No 2201517
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026