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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201603

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201603

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAGOSTINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 juillet 2022, le 24 novembre 2023 et le 17 janvier 2024, M. A D, Mme G C et M. E D, représentés par Me Hourmant, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 10 février 2022 par laquelle le conseil communautaire de Seulles Terre et Mer a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-le-Pesnel en tant qu'il classe les parcelles cadastrées AN 74, 75, 76 en zone agricole ainsi que la décision du 9 mai 2022 par laquelle le président de la communauté de communes a rejeté leur demande de retrait de la délibération ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les dispositions de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme ont été méconnues ; la communauté de communes de Seulles Terre et Mer a modifié le plan d'aménagement et de développement durables de la commune de Fontenay-le-Pesnel et repris la révision du plan local d'urbanisme à son compte à compter du 15 novembre 2019 sans autorisation de celle-ci ; l'accord ultérieurement donné par le conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel est tardif ;

- les convocations des conseillers municipaux au conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel du 26 janvier 2018 ainsi que celles des conseillers communautaires aux séances du conseil communautaire des 18 mars 2021, 24 juin 2021, 4 février 2022 et 10 février 2022 méconnaissent les articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- les modalités de concertation fixées par la délibération du 26 janvier 2018 n'ont pas été respectées ; outre les modalités fixées par la délibération du conseil municipal, la concertation doit également respecter les dispositions de l'article L. 103-4 du code de l'urbanisme, ce qui n'a pas été le cas ;

- le conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel n'a pas été appelé à se prononcer sur le projet de plan local d'urbanisme arrêté, en méconnaissance de l'article L. 153-33 du code de l'urbanisme ;

- le projet de plan local d'urbanisme, arrêté le 24 juin 2021, soumis à enquête publique, a été modifié postérieurement à l'enquête, modification remettant en cause l'économie générale du projet et ce, en méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ; en outre, la modification supprimant le secteur AUa ne procède pas de l'enquête publique ; l'absence de nouvelle enquête publique les a privés d'une garantie puisque s'ils avaient eu connaissance du souhait des auteurs du plan de changer le classement de leurs parcelles après l'enquête publique, ils auraient rencontré le commissaire enquêteur pour faire valoir leurs droits pendant l'enquête ;

- le classement de leurs parcelles en zone A est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision du 9 mai 2022 refusant de retirer la délibération du 10 février 2022 a été prise par une autorité incompétente ; il appartenait au président de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer d'inscrire la question du retrait de la délibération à l'ordre du jour du conseil communautaire, qui est seul compétent pour retirer une délibération illégale.

Par des mémoires enregistrés le 8 décembre 2022 et le 20 décembre 2023, la communauté de communes de Seulles Terre et Mer, représentée par Me Agostini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération du 4 février 2022 invoquée ne correspond à aucune délibération intervenue dans le cadre de la procédure de révision du plan local d'urbanisme en cause ; en outre, le débat sur les orientations du plan d'aménagement et de développement durables intervenu le 18 mars 2021 n'avait pas formellement à donner lieu à une délibération du conseil communautaire ; le moyen tiré du non-respect des modalités de convocation et du droit à l'information des conseillers est, dès lors, inopérant ; en tout état de cause, il n'est pas fondé ;

- en application de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'irrégularité des délibérations des 12 janvier 2018, 18 mars 2021 et 24 juin 2021, qui sont exécutoires, est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Courset, représentant les requérants, et de Me Le Goas, substituant Me Agostini, représentant la communauté de communes de Seulles Terre et Mer.

Une note en délibéré, présentée pour les consorts D, a été enregistrée le 25 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, Mme G C et M. E D, propriétaires indivis des parcelles cadastrées AN 74, 75, 76 situées sur la commune de Fontenay-le-Pesnel, ont demandé, par un courrier du 6 avril 2022, au président de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer de retirer la délibération du 10 février 2022 approuvant le plan local d'urbanisme révisé de la commune de Fontenay-le-Pesnel en tant qu'il classe leurs parcelles, antérieurement classées en zone 1AU, en zone A. Leur demande a été rejetée par une décision du 9 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne légalité de la délibération du 10 février 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme : " I.-L'établissement public de coopération intercommunale mentionné au 1° de l'article L. 153-8 peut achever toute procédure d'élaboration ou d'évolution d'un plan local d'urbanisme (), engagée avant la date de sa création, y compris lorsqu'elle est issue () du transfert de cette compétence. Lorsque la procédure a été engagée par une commune, l'accord de celle-ci est requis. L'établissement public de coopération intercommunale se substitue de plein droit à la commune ou à l'ancien établissement public de coopération intercommunale dans tous les actes et délibérations afférents à la procédure engagée avant la date de sa création, de sa fusion, de la modification de son périmètre ou du transfert de la compétence. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 26 janvier 2018, le conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel a prescrit la révision de son plan local d'urbanisme. Par un arrêté préfectoral du 20 février 2020, la compétence en matière de plan local d'urbanisme a été transférée à la communauté de communes de Seulles Terre et Mer dont est membre la commune de Fontenay-le-Pesnel. Par une délibération du 8 mars 2021, le conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel a autorisé la communauté de communes de Seulles Terre et Mer à poursuivre la procédure de révision de son plan local d'urbanisme initiée le 26 janvier 2018. Ainsi, c'est à la suite de l'accord donné par la délibération du 8 mars 2021 du conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel à ce qu'il poursuive la procédure de révision du plan local d'urbanisme, engagée par la délibération du 26 janvier 2018, que le conseil communautaire de Seulles Terre et Mer a repris la procédure de révision du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-le-Pesnel par une délibération du même jour et non, comme le soutiennent les requérants, à compter du 15 novembre 2019. L'accord ainsi donné par le conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel à la communauté de communes de Seulles Terre et Mer n'est pas tardif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, tout membre de l'organe délibérant a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale, qui font l'objet d'une délibération en application des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale par renvoi de l'article L. 5211-1 du même code, et, dans les communes de 3 500 habitants et plus, est destinataire d'une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération adressée avec la convocation dans un délai de cinq jours francs. Ces dispositions imposent que les conseillers amenés à délibérer soient mis à même de disposer, préalablement à la séance, des documents permettant une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Aux termes de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme : " L'illégalité pour vice de forme ou de procédure () d'un plan local d'urbanisme () ne peut être invoquée par voie d'exception, après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet du document en cause. / Les dispositions de l'alinéa précédent sont également applicables à l'acte prescrivant () la révision d'un document d'urbanisme (). / Les deux alinéas précédents ne sont pas applicables lorsque le vice de forme concerne : / -soit la méconnaissance substantielle ou la violation des règles de l'enquête publique sur () les plans locaux d'urbanisme () ; / -soit l'absence du rapport de présentation ou des documents graphiques ".

5. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant la révision du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération du 26 janvier 2018 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-le-Pesnel aurait été prise en méconnaissance des dispositions du code général des collectivités territoriales précitées ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération du 10 février 2022 qui a approuvé la révision du plan. Il en va de même s'agissant des délibérations du 8 mars 2021 par laquelle le conseil municipal de Fontenay-le-Pesnel a autorisé la communauté de communes de Seulles Terre et Mer à poursuivre la révision du plan local d'urbanisme et a émis un avis favorable au nouveau projet de plan d'aménagement et de développement durables, du 18 mars 2021 par laquelle le conseil communautaire de Seulles Terre et Mer a accepté la reprise de la révision du plan local d'urbanisme et pris acte du débat sur le plan d'aménagement et de développement durables et du 24 juin 2021 du conseil communautaire approuvant le bilan de concertation et arrêtant le projet de révision du plan local d'urbanisme.

6. Si les requérants soutiennent que les convocations des conseillers communautaires aux séances des 4 et 10 février 2022 n'ont pas été adressées dans le respect des délais légaux et n'ont pas été assorties de notes explicatives suffisamment précises et actualisées au gré de l'avancement de la procédure, en particulier, en ce qui concerne les modifications de classement de parcelles pour permettre aux élus de discuter utilement de l'aménagement du secteur dit F d'eau, ils se bornent à procéder par affirmations, sans assortir leurs allégations d'aucun élément venant étayer le vice allégué ni même, à le supposer établi, qu'il aurait influencé le sens des délibérations et qu'il aurait réellement privé les membres de l'organe délibérant d'une garantie. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une délibération ait été prise le 4 février 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'attestation du 14 décembre 2023 signée par le directeur général des services de la communauté de communes qui, au demeurant, fait foi jusqu'à preuve du contraire, que les convocations à la séance du 10 février 2022 ont été adressées à chaque membre de l'organe délibérant, par courriel, dans le respect des délais légaux, accompagnées d'une note de synthèse et d'annexes et qu'elles ont été affichées sur le panneau d'affichage de la communauté de communes. En outre, il ressort des pièces du dossier que les éléments communiqués dans la notice explicative étaient suffisamment précis et adéquats pour permettre aux conseillers communautaires de se prononcer sur l'approbation de la révision du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

7. En troisième lieu, en application des dispositions combinées des articles L. 103-2 et L. 103-3 du code de l'urbanisme, la révision du plan local d'urbanisme fait l'objet d'une concertation dont les modalités sont précisées par l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public. Aux termes de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente ".

8. Il ressort des termes mêmes de la délibération du 26 janvier 2018 que la commune de Fontenay-le-Pesnel s'est engagée à afficher cette délibération durant la durée des études, à mettre à disposition du public en mairie, aux heures habituelles d'ouverture, un dossier et un registre destiné aux observations de toute personne intéressée, de communiquer sur les études et le projet à venir par le bulletin municipal ou par des articles dans la presse locale, de fournir des informations sur le site officiel de la mairie, d'organiser au moins une réunion publique et une permanence en mairie avant l'arrêt du projet de plan local d'urbanisme et d'en faire publicités par affichage et mention dans la presse locale. Il est constant que la délibération du 26 janvier 2018 a été affichée du 1er février au 1er avril 2018. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'une attestation signée par le président de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer, qu'un registre a été mis à disposition en mairie jusqu'au 24 juin 2021 permettant au public de consulter le dossier sur place et de fournir des observations. Le public avait également la possibilité de consulter le dossier en ligne et de transmettre ses doléances par courrier ou courriel ou lors de la réunion publique du 2 décembre 2019 à laquelle ont participé soixante personnes. Onze articles ont été publiés dans la presse locale entre septembre 2018 et février 2022, trois communications dans le bulletin communal en 2018 et 2022 et une communication sur Facebook le 28 mai 2021 relative à la concertation publique rappelant la possibilité de formuler des observations jusqu'au 10 juin 2021 par courrier, courriel ou sur le registre mis à disposition en mairie. Il ressort de ce registre que des riverains, dont un collectif d'habitants, ont adressé quinze correspondances. En outre, quatre permanences ont été organisées durant l'enquête publique, au cours de laquelle le public pouvait de nouveau accéder au dossier et transmettre ses observations. Il ressort du rapport d'enquête que la phase de concertation a été complète et largement diffusée. Si aucune communication n'a été faite dans le bulletin municipal en 2020-2021, si certaines communications ne revêtaient pas un caractère exhaustif, le public disposait de la possibilité de consulter les pièces sur place ou en ligne et en a été informé par différents canaux adaptés. A supposer même que le public n'aurait disposé que de quatorze jours pour une consultation des documents en ligne et de dix jours ouvrés sur place pour transmettre des observations avant le 10 juin 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce délai n'ait pas permis une participation effective du public. Enfin, si la version arrêtée du projet par une délibération du 24 juin 2021 a été ultérieurement amendée dans la mesure où le secteur F d'eau, alors identifié comme le premier projet d'urbanisation, a été supprimé à la suite de l'avis rendu par le commissaire enquêteur, et aurait pu justifier de poursuivre l'affichage de la délibération du 26 janvier 2018 jusqu'au 10 février 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette absence ait exercé une incidence sur la participation effective du public. Le moyen tiré de la méconnaissance de la délibération du 26 janvier 2018 et de l'article L. 103-4 du code de l'urbanisme doit, dès lors, être écarté.

9. En quatrième lieu, en application des dispositions combinées des articles L. 153-33 et R. 153-11 du code de l'urbanisme, l'avis des communes intéressées par la révision du plan local d'urbanisme est réputé favorable s'il n'est pas émis dans le délai de trois mois à compter de la transmission du projet de plan.

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet de plan local d'urbanisme arrêté a été transmis le 30 juillet 2021 à la commune de Fontenay-le-Pesnel qui est réputée avoir rendu un avis favorable le 30 octobre 2021. La circonstance que la remise du plan local d'urbanisme n'aurait pas été accompagnée d'une indication relative à la nécessité que le conseil municipal délibère sur ce projet, à la supposer établie, est sans incidence sur la régularité de la procédure de révision du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-33 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli ; () ".

12. Il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées, joints au dossier de l'enquête.

13. D'une part, il est constant que le projet de plan local d'urbanisme révisé a été modifié entre sa soumission à l'enquête publique et son approbation, notamment, sur deux points tenant à la réduction du nombre de logements, à savoir cinquante-huit logements en lieu et place des soixante-quinze initialement prévus, et à la diminution de la surface des zones AU par la suppression de la zone AUa. Il ressort des pièces du dossier que le secteur AUa, dorénavant classé en zone A, ne représente que 1,2 hectare sur les 1 007 hectares du territoire communal, soit 0,12 % du territoire, et que la surface des zones AU, représentant 0,7 % du territoire communal avant l'enquête publique, passe à 0,5 % après enquête publique. Dans ces conditions, cette modification, qui n'a pas eu pour effet de diminuer significativement les zones à urbaniser, n'a pas entraîné un changement du parti d'urbanisme des auteurs du plan local d'urbanisme, est, au demeurant, cohérente avec les exigences du schéma de cohérence territoriale du Bessin et ne peut être regardée comme constituant une remise en cause de l'économie générale du projet, impliquant de recueillir de nouveau l'avis des personnes publiques associées et l'ouverture d'une nouvelle enquête publique pour soumettre cette modification au public.

14. D'autre part, ces modifications résultent de la prise en compte de l'avis du 29 octobre 2021 du préfet du Calvados joint au dossier d'enquête publique et celui du 24 janvier 2022 du commissaire enquêteur. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Calvados a émis des réserves au regard de la surestimation des besoins en logements par le projet de plan local d'urbanisme révisé et des difficultés que représente l'aménagement du secteur AUa en termes de desserte et de circulation ainsi que du risque d'inondation par remontée de nappe sur la Caude-rue, unique voie reliant le secteur en cause au centre-bourg, estimant que l'ensemble des garanties préalables à l'urbanisation de ce secteur ne semblaient pas réunies. Le commissaire enquêteur s'est, par ailleurs, prononcé en faveur de la suppression du secteur AUa au motif que ce secteur ne répond pas aux exigences du schéma de cohérence territoriale du Bessin en particulier la prescription 43 du document d'orientation et d'objectifs " renforcement du réinvestissement urbain " qui prévoit de promouvoir la densification et le renouvellement dans les espaces urbanisés existants et de prioriser des modes d'urbanisation en continuité des espaces urbanisés existants. Il indique, en outre, que ce secteur ne va pas dans le sens de l'orientation 016 du plan d'aménagement et de développement durables de " lutter contre l'étalement urbain " et précise que ce secteur " présente à l'évidence de problèmes liés à l'écoulement des eaux de pluie et de risques de remontée de nappe dans sa partie sud ". Il identifie, enfin, des problèmes de desserte, les voiries existantes étant étroites et difficilement transformables, et considère que le projet ne respecte pas l'environnement et sa biodiversité riche en ne préservant pas la vallée de la rivière " le Bordel " ni la vue sur le patrimoine existant. Dans ces conditions, la modification du projet consistant à supprimer la zone AUa procède de l'enquête, dont il ressort que l'ouverture à l'urbanisation du secteur est prématurée et inopportune eu égard aux enjeux environnementaux et de sécurité, en présence d'une unique voie reliant le secteur F d'eau au centre-bourg. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

16. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l'article R. 151-22 précité, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

17. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles AN 74, 75, 76, auparavant classées en zone AUa ouverte à l'urbanisation, sont situées dans la partie Nord-Ouest de la commune de Fontenay-le-Pesnel. Elles ne comportent pas d'habitations, sont situées à proximité du centre bourg, en bordure de terrains en zone U à l'Est et s'insèrent également dans un vaste espace dont les caractéristiques et la vocation sont agricoles ou naturelles à l'Ouest, au Nord et au Sud. Il ressort des pièces du dossier que le plan local d'urbanisme de la commune, tel que révisé par la délibération du 10 février 2022, modifie la zone ouverte à l'urbanisation, les parcelles en cause étant désormais classées en zone agricole inconstructible, en cohérence avec les objectifs du plan d'aménagement et de développement durables consistant à préserver l'espace agricole, à modérer la consommation de l'espace et à lutter contre l'étalement urbain. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, en particulier de la vocation du secteur en bordure duquel les parcelles se situent, secteur dont le caractère d'espace agricole est avéré, et du parti d'urbanisme de la commune, que le classement en zone agricole des parcelles AN 74, 75, 76 n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen tiré de ce que les parcelles devaient être classées en zone urbaine doit, dès lors, être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les consorts D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 10 février 2022.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 9 mai 2022 :

19. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

20. En application de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme, l'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent après enquête publique. Si le conseil communautaire est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme, il revient au président d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil communautaire pour permettre à celui-ci de prononcer l'abrogation des dispositions illégales. En revanche, le président est compétent pour rejeter une demande tendant au retrait ou à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions si ces dispositions dont le retrait ou l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Par suite, c'est à bon droit que le président de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer a rejeté la demande d'abrogation dont il était saisi. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision du 9 mai 2022 doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que les consorts D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2022 du président de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des consorts D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de Seulles Terre et Mer une somme au titre des frais exposés par les consorts D pour la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros à verser à la communauté de communes de Seulles Terre et Mer à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts D est rejetée.

Article 2 : Les consorts D verseront à la communauté de communes de Seulles Terre et Mer la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, représentant unique des requérants, à la communauté de communes de Seulles Terre et Mer et à la commune de Fontenay-le-Pesnel.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La rapporteure,

Signé

I. SENECAL

La présidente,

Signé

A. MACAUD La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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