vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LELOUEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet et 5 septembre 2022, Mme E B, représentée par Me Lelouey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ses conséquences sont disproportionnées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 août et 12 septembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Lelouey, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, ressortissante guinéenne née le 7 mai 1950, est entrée régulièrement en France munie d'un visa C le 29 novembre 2017. Elle a sollicité un titre de séjour pour raisons médicales le 11 août 2018, qui lui a été refusé le 10 décembre 2018. A la suite d'une nouvelle demande, un titre de séjour lui a été délivré du 8 juillet 2019 au 13 octobre 2021, dont elle a demandé le renouvellement le 31 août 2021. Par un arrêté du 30 mars 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 septembre 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Par un arrêté du 25 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. D de Kergorlay, chef du service immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. Il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 8 décembre 2021 que le rapport médical sur l'état de santé de Mme B, prévu par l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été établi par le docteur A***, qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes de la décision en litige, que le préfet, qui s'est prononcé après un examen approfondi de la situation de Mme B et au vu de son dossier, se serait cru en situation de compétence liée par rapport à l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Le collège des médecins de l'OFII a estimé le 8 décembre 2021 que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et y voyager sans risque.
9. Mme B fournit un certificat médical d'un médecin généraliste du 18 mai 2022 indiquant qu'elle bénéficie d'un suivi neurochirurgical pour méningiomes, d'un suivi cardiologique avec traitement par quadrithérapie (Aprovel, Loxenlp, Hyperium et Furosemide), d'un traitement par Eliquis suite à une embolie pulmonaire en 2021 et d'un suivi pour une arthrose généralisée. Un certificat du CHU Caen Normandie de 2020 mentionne la nécessité de consultations régulières en neurochirurgie. Mme B fait valoir que certains de ces médicaments, dont l'Hyperium, ne seraient pas disponible en Guinée, en se basant sur une liste établie en 2012. Toutefois, elle ne conteste pas que d'autres antihypertenseurs sont commercialisés dans son pays d'origine et ne justifie pas de l'impossibilité d'une substitution de médicaments dans son cas. Par ailleurs, si elle fournit une facture d'une pharmacie en Guinée, cette dernière comporte des médicaments qui ne sont pas essentiels pour traiter ses affections de longue durée. Concernant le coût des médicaments essentiels, Mme B ne justifie pas de ses revenus et de l'impossibilité qu'elle aurait de les acquérir, alors qu'elle travaillait en Guinée en tant que gynécologue. La circonstance que l'opération chirurgicale du genou avec prothèse serait indisponible en Guinée, ce qui n'est pas attesté par le seul certificat d'un médecin gynécologue, est sans incidence dans la mesure où la requérante a bénéficié d'une telle opération en France et où il n'est pas allégué qu'une nouvelle opération serait nécessaire. Enfin, si la requérante met en avant la pénurie fréquente de médicaments dans son pays et la faiblesse de la couverture santé, ces éléments, de caractère général, ne sont pas de nature à révéler qu'elle ne pourrait pas accéder effectivement à son traitement dans son pays. Les éléments transmis par Mme B ne suffisent pas à démontrer le caractère erroné de l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour elle de bénéficier effectivement en Guinée d'un traitement approprié à ses pathologies. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Mme B fait valoir que son mari est décédé en avril 2021 et que son fils, qui vit dans un studio à Conakry, est dans l'impossibilité de l'accueillir. Toutefois, elle n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations. Si elle indique que son frère et sa sœur résident en France, les attestations qu'elle transmet ne permettent pas d'établir l'intensité et la régularité de leur relation. Mme B a vécu la majeure partie de sa vie en Guinée, où vit encore son fils. Elle n'établit pas l'impossibilité de recevoir un traitement approprié dans son pays d'origine, ni l'intensité de ses liens familiaux en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
13. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
18. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à Me Lelouey et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026