vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Autres délais- Etrangers-1 |
| Avocat requérant | RABESANDRATANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, M. B C, représenté par Me Rabesandratana, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de communiquer l'entier dossier administratif et notamment les procès-verbaux d'audition ayant servi de fondement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation de signature ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de formuler ses observations avant son édiction ;
- elle méconnaît l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence, et des mesures prévues par l'article L. 754-4 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, de nationalité malgache, est entré en France le 7 novembre 2018 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 15 novembre 2018. Le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre le 5 janvier 2020 une obligation de quitter sans délai le territoire français, assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, notifiée le même jour en mains propres. M. C, qui s'est maintenu sur le territoire français, a été interpellé le 15 août 2022 à la suite d'un contrôle routier. Par un arrêté du 16 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-22-10-047 du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Orne du même jour, le préfet de l'Orne a donné délégation à Mme Marie Cornet, secrétaire générale de la préfecture de l'Orne et sous-préfète, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de l'Orne, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile servant de base légale à chacune des décisions qu'il contient, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il énonce des éléments de fait propres à la situation de M. C, en indiquant que son épouse et ses trois enfants résident à Madagascar, qu'il a été interpellé pour une infraction au code de la route et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire, a pris en compte, au vu de la situation du requérant, les critères prévus par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, et même s'il comporte une erreur sur les conditions d'entrée sur le territoire français, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de M. C, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Il est dès lors suffisamment motivé.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort du procès-verbal d'audition de garde à vue que M. C a été entendu le 15 août 2022 à 20 h 40 par les services de gendarmerie de Mortagne-au-Perche sur l'irrégularité de son séjour en France. Le requérant a été mis en mesure, à cette occasion, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. En outre, il n'est pas établi que M. C ait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris à son encontre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire, notifié le 16 août 2022 à 16 heures, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cet arrêté. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été en mesure de formuler ses observations préalablement à la mesure d'éloignement, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant.
7. En troisième lieu, le requérant soutient qu'il est entré régulièrement en France en novembre 2018, qu'il travaille sans discontinuer depuis octobre 2020 et qu'il est parfaitement inséré professionnellement en France. Toutefois, l'activité professionnelle qu'il invoque n'a été rendue possible que par son maintien irrégulier sur le territoire français. Il ne ressort pas du dossier que le requérant ait noué en France des liens personnels ou familiaux intenses, stables et anciens. M. C a déclaré, lors de son audition par les services de gendarmerie, que son épouse et ses trois enfants vivaient à Madagascar. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France du requérant, qui n'a pas respecté la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle, doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire.
9. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à l'obligation de quitter le territoire que le préfet des Hauts-de-Seine avait prise le 5 janvier 2020 à son encontre. Dès lors, le préfet a pu légalement se fonder sur les dispositions précitées pour refuser d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire. Le fait que le requérant travaille sans discontinuer depuis octobre 2020 ne constitue pas une circonstance particulière au sens des dispositions précitées. Par suite, et eu égard à ce qui été exposé au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne l'autre moyen invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :
12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.
14. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme étant inopérant.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".
16. Ainsi qu'il a été exposé au point 11 du présent jugement, c'est à bon droit que le préfet a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire Les circonstances dont fait état le requérant, à savoir son entrée régulière en France en novembre 2018 et le fait qu'il travaille sans discontinuer depuis octobre 2020, ne peuvent pas être regardées comme des circonstances humanitaires. Son épouse et ses trois enfants vivent à Madagascar. Le requérant ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. La durée de son séjour résulte pour l'essentiel de son maintien irrégulier en France. Par suite, le préfet de l'Orne, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant au principe ou à la durée de cette mesure.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction celles au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Rabesandratana et au préfet de l'Orne.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
F. ALa greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026