vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Autres délais- Etrangers-1 |
| Avocat requérant | LAUNOIS FLACELIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, des mémoires en production de pièces complémentaires enregistrés les 10, 12 et 13 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 14 septembre 2022, M. D E, représenté par la Selarl Launois Fondaneche, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;
3°) de suspendre cet arrêté jusqu'à la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ou de la notification de l'ordonnance de la CNDA ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, en cas d'annulation pour un motif de forme, de réexaminer son dossier, le tout dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- compte tenu des éléments sérieux qu'il invoque concernant les risques encourus en cas de retour en Géorgie, l'arrêté devra être suspendu ;
- le signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation de signature ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9, 14 et 15 septembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence, et des mesures prévues par l'article L. 754-4 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Launois, représentant M. E. Elle conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Elle précise que M. E a déposé le 23 juin 2022 une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade ; son état de santé s'est fortement dégradé.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E, de nationalité géorgienne, est entré en France selon ses déclarations le 2 mars 2019. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 29 novembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 27 mai 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le préfet du Calvados a pris à son encontre le 7 janvier 2020 un arrêté portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour. M. E, qui a exécuté cette mesure d'éloignement, a déclaré être entré à nouveau en France le 31 mars 2022. Il a sollicité le 15 avril 2022 le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande, qui a été traitée en procédure accélérée, a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 25 avril 2022. M. E a formé un nouveau recours devant la CNDA. Par un arrêté du 21 juillet 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. E le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 27 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-084 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. C A, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-3 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et l'exécution des obligations de quitter le territoire à l'encontre des étrangers déboutés de leur demande d'asile, ainsi que la rédaction des décisions fixant le pays de destination et des interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile servant de base légale à chacune des décisions qu'il contient, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il énonce des éléments de fait propres à la situation de M. E, en indiquant que l'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen comme étant irrecevable, que le recours devant la CNDA n'est pas automatiquement suspensif et qu'il a déclaré être veuf avec trois enfants majeurs. En outre, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire, a pris en compte, au vu de la situation du requérant, l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de M. E, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Il est dès lors suffisamment motivé.
5. En troisième lieu, et ainsi que le relève le requérant, l'arrêté attaqué ne mentionne pas de dépôt de demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui de l'asile. Dans ses écritures en défense, le préfet fait valoir que le requérant n'a jamais allégué avoir de problèmes de santé. Or, il ressort des pièces du dossier que M. E a déposé une demande intitulée " demande de titre de séjour étranger malade pour demandeur d'asile ", qui a été réceptionnée le 23 juin 2022 par les services de la préfecture du Calvados. Le requérant verse à l'instance un compte rendu d'hospitalisation mentionnant la découverte récente d'un adénocarcinome gastrique avec métastases hépatiques et un état de dénutrition sévère. Le requérant produit en outre un compte rendu du 7 juin 2022 qui conclut à la présence d'un adénocarcinome. Il n'est pas allégué par le préfet que ce dernier compte rendu n'aurait pas été joint à la demande de titre de séjour du 23 juin 2022 ou que le dossier de cette demande était incomplet. Le préfet fait d'ailleurs lui-même référence dans son mémoire en défense à un courrier du 25 juillet 2022 d'un praticien du centre de lutte contre le cancer évoquant la découverte d'un adénocarcinome gastrique. Il ressort également d'un certificat médical établi le 12 septembre 2022 par un praticien du centre François Baclesse que les soins oncologiques ont débuté en juin 2022 et que l'état de santé de M. E contre-indique tout transfert en Géorgie. Compte tenu de ces éléments, et même si l'intitulé du formulaire diffère de ceux habituellement reçus par les services de la préfecture, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet du Calvados a obligé M. E à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, l'ensemble des décisions du même jour par lesquelles le préfet du Calvados a fixé son pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de M. E et de lui remettre, en attendant qu'il soit statué sur sa situation, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente décision.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 2 que M. E est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 000 euros à Me Launois en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Launois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. E.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Calvados du 21 juillet 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui remettre, en attendant qu'il soit statué sur sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 4 : Sous réserve que Me Launois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Launois une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. E.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à la Selarl Launois Fondaneche et au préfet du Calvados.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
F. BLa greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026