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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201953

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201953

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEBEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 août et 5 septembre 2022,

M. A B, représenté par Me Lebey, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

M. B soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- cette décision n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'accord franco-algérien, notamment les stipulations de ses articles 5, 7 et 9, ainsi que la situation particulière liée à l'épidémie de covid-19 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale à raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale à raison de l'illégalité des deux décisions précédentes ;

- pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2022, le préfet du Calvados demande au tribunal de rejeter la requête de M. B au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a déposé un dossier de demande d'aide juridictionnelle le 23 août 2022.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

En application de l'article R. 732-1 du code de justice administrative, et sur proposition du rapporteur public, celui-ci a été dispensé de présenter des conclusions à l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Schlosser, substituant Me Lebey, représentant M. B, qui maintient ses conclusions, par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 2 janvier 1968, M. A B est régulièrement entré en France le 29 décembre 2019, sous couvert d'un visa multi-entrées de court séjour d'une durée de quatre-vingt-dix jours, valable jusqu'au 9 décembre 2020. M. B a déposé le 13 septembre 2021 une demande de certificat de résidence algérien mention " commerçant " sur le fondement de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui a été rejetée par un arrêté du préfet du Calvados en date du 25 juillet 2022 qui, en outre, lui fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer en application des dispositions précitées son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Calvados, qui a examiné la possibilité de régulariser le requérant dans le cadre de son pouvoir d'appréciation, sur la base des critères énoncés à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que M. B dont il a exposé la situation personnelle et familiale de manière suffisamment précise ne présentait aucune circonstance exceptionnelle ou considération humanitaire permettant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord-franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

6. Le préfet du Calvados s'est prononcé sur l'application des stipulations précitées de l'accord franco-algérien en relevant que M. B, qui se trouve en situation irrégulière sur le territoire français, n'est pas en mesure de présenter un visa de long séjour. Il ressort des pièces du dossier que le visa de court séjour de l'intéressé était arrivé à expiration depuis le 9 décembre 2020 lorsqu'il a déposé sa demande de carte de résident le 13 septembre 2021. Le requérant qui se prévaut de la fermeture des frontières et de la suspension des transports aériens lors de l'épidémie de covid-19, sans établir qu'il aurait tenté en vain de rejoindre l'Algérie, ne justifie pas d'un cas de force majeure. Par suite, le préfet du Calvados pouvait légalement, pour ce seul motif, refuser à M. B la délivrance d'un certificat de résidence mention " commerçant ". Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir en raison de sa nationalité algérienne des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son droit au séjour est entièrement régi par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

8. En tout état de cause, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur en date du 28 novembre 2012, relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces énonciations ne peut ainsi qu'être écarté comme inopérant.

9. Enfin, si l'épouse de M. B, ressortissante algérienne qui est dépourvue de titre de séjour, et leurs enfants, dont l'un est majeur, se trouvent en France, cette situation n'est pas de nature à constituer une circonstance exceptionnelle ou une considération humanitaire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, dès lors que tous les moyens dirigés contre le refus de séjour sont écartés, l'obligation de quitter le territoire n'est pas illégale à raison d'une illégalité du refus.

11. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

12. M. B qui séjourne en France depuis moins de trois ans ne fait état d'aucune attache sur le territoire français autre que la présence de son fils aîné qui est étudiant, de sa fille, d'un cousin et de deux belles-sœurs. Le requérant ne justifie pas d'une activité professionnelle ou d'une intégration sociale qui seraient consistantes, stables et durables. Dès lors, rien ne faisant obstacle à ce que M. B poursuive son existence dans son pays d'origine, le préfet a pu, sans porter une atteinte excessive à son droit de mener une vie personnelle et familiale normale, rejeter sa demande de certificat de résidence.

13. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

14. Dès lors que rien ne fait obstacle à ce que la fille de M. B, née en Algérie courant 2011, y retourne avec son père et sa mère, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. D'une part, dès lors que tous les moyens dirigés contre les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire sont écartés, la décision fixant le pays de destination n'est pas illégale à raison d'une illégalité de ces deux décisions.

16. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 11 et 13, la décision du préfet du Calvados fixant le pays de destination ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados en date du 25 juillet 2022.

Sur les autres conclusions :

18. Les conclusions présentées par M. B à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais visés à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence de ce qui précède, également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête est de M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lebey et au préfet du Calvados.

Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président-rapporteur,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. BERRIVIN

Le président-rapporteur,

signé

X. C

La greffière,

signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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