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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201977

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201977

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLELOUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2022 et le 27 septembre 2022, M. D A, représenté par Me Lelouey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Blache, substituant Me Lelouey, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant guinéen né le 5 janvier 2003, déclare être entré irrégulièrement en France le 5 octobre 2020. Il a été pris en charge les services de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé le 24 novembre 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 juin 2022, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 14-2022-04-27-00052 du 27 avril 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados le 28 avril 2022, le préfet du Calvados a donné délégation à M. Jean-Philippe Vennin, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Calvados, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Par suite,

M. E B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision en litige. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle qu'en application des articles L. 412-5, L. 432-1 et L. 432-2, dont le préfet a fait application, la délivrance d'une carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace à l'ordre public. Elle mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A et précise que la délivrance d'un titre de séjour lui est refusée au motif qu'il constitue une menace grave pour l'ordre public au regard, notamment, du caractère répété d'interpellations. La circonstance que la décision ne mentionne pas l'état de santé de M. A ne saurait faire regarder la décision attaquée comme insuffisamment motivée. La décision portant refus de titre de séjour comportant l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Calvados s'est fondé exclusivement sur la menace à l'ordre public que son comportement constituait, en particulier sur le fait que M. A était connu défavorablement des services de police, l'intéressé ayant été interpellé le 16 février 2022 pour dégradation ou détérioration de bien privé et le 30 mars 2022 pour des violences volontaires et menaces de mort sur personne chargée d'une mission de service public dans un établissement d'enseignement scolaire. Si M. A affirme que les faits qui lui sont reprochés sont liés à ses troubles psychiatriques qui obèrent ses capacités d'intégration sociale et justifie avoir été hospitalisé du 1er avril au 16 juin 2022 à l'établissement public de santé mentale de Caen pour un épisode délirant dans le cadre d'un début de schizophrénie et d'un suivi régulier, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant, eu égard à la nature et au caractère récent et répété des faits commis par M. A, que celui-ci représentait une menace pour l'ordre public et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer une carte de séjour. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

7. Si M. A se prévaut de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet n'ayant, par ailleurs, pas examiné d'office la demande du requérant à ce titre. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. A se prévaut de sa prise en charge en qualité de mineur isolé et de sa scolarité et perspectives professionnelles, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 16 février 2022 des services de police, que M. A résidait en France depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, qu'il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans dans son pays d'origine et qu'il est dépourvu de tout lien personnel et familial en France, M. A étant, par ailleurs, hébergé par une association. En outre, si M. A fait valoir que son état de santé a contribué à son échec scolaire, il ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourrait pas poursuivre sa formation dans son pays d'origine ni qu'il ne pourrait y bénéficier d'un traitement médical adapté aux troubles psychiatriques dont il souffre. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet du Calvados, en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui a procédé à un examen complet et particulier de la situation de M. A, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision de refus de titre de séjour sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'avait pas, ainsi que le prévoit l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

11. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français :/ () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. Il est constant que M. A n'a pas fait état de son état de santé lors de sa demande de titre de séjour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le certificat médical, établi par un médecin psychiatre, produit par le requérant, se bornant à affirmer qu'il " n'a pas connaissance que les suivis médicaux et les traitements qui lui sont nécessaires soient indisponibles dans son pays d'origine ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que l'absence de traitement approprié à son état de santé aurait pour conséquence, en cas de retour en Guinée, de l'exposer à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en obligeant M. A à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision, qui vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne le pays d'origine de M. A et précise que l'intéressé n'établit pas y être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

18. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles de Me Lelouey relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Lelouey et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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