jeudi 8 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202004 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | BARA CARRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 2 septembre 2022, M. C D, détenu au centre de détention d'Argentan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 30 août 2022, notifiée le lendemain, par laquelle le préfet de l'Orne a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai ;
2°) d'annuler la décision du même jour contenue dans le même arrêté, fixant le pays de destination ;
3°) d'annuler la décision du même jour contenue dans le même arrêté, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 € au titre des frais d'instance sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que l'ensemble de ces décisions est entaché de l'incompétence de leur auteur.
Il soutient ensuite que la mesure d'éloignement et le refus d'accorder un délai de départ volontaire, sont disproportionnées.
Il soutient encore que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.
Il soutient enfin que la mesure portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et ne tient pas compte de sa situation personnelle.
Par une pièce et un mémoire, enregistrés les 1er et 2 septembre 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence, et des mesures prévues par l'article L. 754-4 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Bara-Carré, commise d'office, représentant M. D, qui soutient en outre que la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et qu'elle n'a pu être mise en relation avec son client ;
Le préfet de l'Orne n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, déclare être entré en France en 2016. Suite à une condamnation le 26 avril 2021 pour des faits de violence aggravée, il purge une peine de deux
ans d'emprisonnement et sera libéré le 17 octobre 2022. Le préfet de l'Orne, par un arrêté du
30 août 2022, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur le droit à un recours effectif :
2. Aux termes de l'article 13 de la Convention européenne des droits de l'Homme : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".
3. S'agissant de la comparution des personnes détenues devant le juge administratif, ce dernier doit, en toutes circonstances et y compris si la personne détenue ne comparaît pas devant lui, organiser et conduire la procédure en veillant au respect des droits de la défense et en garantissant le caractère contradictoire des débats.
4. Il ressort des débats menés au cours de l'audience que l'avocate commise d'office n'a pas pu s'entretenir avec son client préalablement à la tenue de l'audience en dépit de demandes en ce sens formées devant l'administration pénitentiaire. Il ressort toutefois des déclarations de Me Bara-Carré que celle-ci a présenté ses coordonnées au centre de détention d'Argentan en définissant des conditions pour que son client la contacte, lesquelles conditions n'ont pas permis que M. D prenne son attache. Dans ces conditions, la procédure juridictionnelle ne peut être regardée comme ayant porté atteinte au principe du recours effectif.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
5. Par un arrêté n° 1122-22-10-046 du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. A E, directeur de cabinet, à l'effet de signer notamment pendant les permanences départementales qu'il assure, toutes décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes en litiges doit, par suite, être écarté.
Sur la mesure portant éloignement et celle refusant un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de précédentes condamnations, et notamment d'une première condamnation à un mois de prison avec sursis pour vol aggravé en novembre 2015, avant sa date alléguée d'entrée en France. Il a ensuite fait l'objet d'une peine d'emprisonnement en juillet 2016 pour outrage et rébellion, en novembre 2016 pour vol avec violence avec mandat de dépôt pour une peine de 10 mois d'emprisonnement, d'une ordonnance pénale pour conduite en état d'ivresse en octobre 2018, d'une nouvelle ordonnance pénale pour conduite malgré une suspension administrative de permis de conduire en janvier 2019, avant la présente condamnation dont il purge la peine. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, au regard des dispositions précitées, que le préfet de l'Orne a pu considérer que le comportement de M. D constituait une menace pour l'ordre public.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Le requérant ne justifie pas de liens intenses et stables en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il ressort des pièces du dossier que M. D fait également l'objet d'une mesure d'interdiction d'entrer en contact avec sa femme et qu'il ne possède plus l'autorité parentale sur ses enfants. Compte tenu de ces éléments, et même si la décision ne mentionne pas la présence en France du frère du requérant, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation de M. D, comme celui de la méconnaissance des dispositions précitées, doit être écarté.
10. Aux termes de L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le requérant a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales récentes. En outre, le rapport social réalisé par les services d'insertion et de probation ne mentionne pas de projet de réinsertion. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet de l'Orne a refusé d'accorder un délai de départ volontaire au motif que l'intéressé représente une menace réelle et actuelle à l'ordre public.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que la mesure portant éloignement ne doit pas être annulée. Par voie de conséquence, le moyen tiré de ce que cette illégalité entraîne l'illégalité de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour :
13. Aux termes de L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.
15. Le préfet de l'Orne, pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, a relevé qu'eu égard au nombre et à la gravité des condamnations pénales prononcées à l'encontre de M. D, celui-ci représentait une menace réelle et actuelle à l'ordre public. En outre, le requérant, célibataire, ne justifie pas l'existence de liens stables en France pour les motifs exposés au point 9. Par suite, le préfet de l'Orne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C D et au préfet de l'Orne.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
B. B La greffière,
signé
C. TABOURELLa République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Tabourel
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026