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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202098

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202098

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. A D, représenté par Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail valable pendant la durée de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la signataire de l'arrêté attaqué devra justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il répond aux critères de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire, qui ne contient pas de motivation de fait spécifique à la mesure d'éloignement, n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 24 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. D a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 6 septembre 2022.

Par une ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Blache, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, de nationalité arménienne, est entré irrégulièrement en France le 28 avril 2011 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée le 27 novembre 2012 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a sollicité à plusieurs reprises le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par la CNDA le 15 septembre 2015. M. D a obtenu une autorisation provisoire de séjour en tant que parent d'enfant malade, valable du 19 août 2014 au 18 février 2015, qui n'a pas été renouvelée. Il a déposé le 12 novembre 2014 une demande de carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 1er juin 2015, le préfet du Calvados a rejeté sa demande et lui a notifié une obligation de quitter le territoire français. M. D a formé un recours contre cet arrêté, qui a été rejeté par un jugement du présent tribunal du 22 octobre 2015. Le préfet du Calvados a pris à son encontre le 21 décembre 2015 un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire. M. D a déposé en 2016 et en 2018 deux nouvelles demandes de délivrance de carte de séjour temporaire. Le préfet du Calvados a pris le 7 juillet 2016 et le 1er juin 2018 deux arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français avec, pour le deuxième arrêté, une interdiction de retour sur le territoire. Les recours formés contre ces arrêtés ont été rejetés par des jugements du présent tribunal du 21 décembre 2016 et du 25 septembre 2018. M. D s'est maintenu en France et a déposé le 1er mars 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 27 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-084 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-1 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et la notification des décisions de refus de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant l'admission au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis onze ans, que ses trois enfants sont nés en France, qu'il s'est engagé dans le milieu associatif, qu'il a développé un réseau amical important et qu'il bénéficie d'une nouvelle promesse d'embauche. Toutefois, la durée de présence dont il se prévaut est en grande partie liée à la circonstance qu'il n'a pas exécuté les mesures d'éloignement notifiées en 2016 et en 2018, dont la légalité a pourtant été confirmée par des jugements du présent tribunal du 21 décembre 2016 et du 25 septembre 2018. L'engagement associatif qu'il invoque n'a été rendu possible que par son maintien irrégulier sur le territoire français. Le requérant, par les éléments qu'il produit, ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière. Le préfet fait valoir, sans que cela soit contesté, que l'épouse du requérant est également en situation irrégulière. Le requérant n'explique pas en quoi la nationalité russe de son épouse ferait obstacle à la poursuite de la vie familiale en Arménie. Dès lors, eu égard aux conditions du séjour en France du requérant, qui n'a pas respecté les mesures d'éloignement dont il faisait l'objet, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui contient des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation des étrangers en situation irrégulière, dès lors qu'un ressortissant étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de ce pouvoir de régularisation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Le requérant se prévaut de sa présence en France depuis onze ans. Or, la durée de son séjour en France n'a été rendue possible, à compter de 2016, que par son maintien irrégulier sur le territoire français en dépit des mesures d'éloignement prises à son encontre par le préfet du Calvados et dont la légalité a été confirmée par le présent tribunal. Les autres éléments dont fait état M. D, à savoir son engagement associatif et une promesse d'embauche, ne constituent pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dès lors, et eu égard à ce qui a été exposé au point 4 du présent jugement, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. D ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas du dossier que les enfants, dont le plus âgé est né le 22 avril 2012, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Arménie. A cet égard, le requérant n'apporte aucun justificatif lorsqu'il soutient que ses enfants, s'ils parlent arménien, ne maîtrisent que le français à l'écrit. Il n'est d'ailleurs pas allégué que les enfants ne pourraient pas être inscrits dans un établissement scolaire français en Arménie. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont il fait application, énonce des éléments de fait propres à la situation de M. D, en indiquant qu'il a déposé à plusieurs reprises des demandes d'admission exceptionnelle qui ont abouti à des mesures d'éloignement, que son épouse de nationalité russe est également en situation irrégulière et que la famille, hébergée en France depuis son arrivée, bénéficie d'aides caritatives. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre au requérant de comprendre les motifs de la décision de refus de titre de séjour et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

F. C

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Godey

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