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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202178

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202178

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CLAUDE AUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 septembre 2022 et le 11 septembre 2023, M. C B et Mme A B, représentés par Me Aunay, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville a délivré à la SCCV Belle Rive un permis de construire trente logements collectifs et un commerce, valant permis de démolir, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le permis de construire a été accordé au vu d'un dossier de demande de permis incomplet dès lors que la pétitionnaire n'a pas justifié être propriétaire du mur qui retient la partie du terrain donnant sur la rue Saint-Léonard alors que le projet implique sa démolition ; dès lors, cet ouvrage de soutènement est présumé relever du domaine public et le dossier de demande de permis est entaché de fraude ;

- il méconnaît l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dès lors que la hauteur totale de l'immeuble s'élève en réalité à 21 mètres à partir du terrain naturel.

Par des mémoires, enregistrés les 4 mai et 27 novembre 2023, la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville, représentée par Me Taforel, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à défaut de l'article L. 600-5 du même code et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête a été introduite en méconnaissance des articles R. 600-4 et L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés le 5 mai et 27 novembre 2023, la SCCV Belle Rive, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à défaut de l'article L. 600-5 du même code et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- elle n'a pas été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- elle a été introduite en méconnaissance des articles R. 600-4 et L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les pièces produites les 3, 5 et 12 octobre 2022 doivent être écartées du débat dès lors qu'elles ne sont pas numérotées, en méconnaissance de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ;

- les requérants ne peuvent utilement soutenir que la pétitionnaire devait justifier, par la production d'un titre, qu'elle est propriétaire du mur situé rue Saint-Léonard ; en tout état de cause, à supposer même qu'il s'agisse d'un mur de soutènement, le permis délivré est assorti des prescriptions tenant à la réalisation de travaux de confortement ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Barreau, représentant la SCCV Belle Rive.

Une note en délibéré présentée par la SCCV Belle Rive a été enregistrée le 3 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 août 2021, la SCCV Belle Rive a déposé une demande tendant à la démolition de bâtiments existants et à la construction de trente logements collectifs et d'un commerce sur la parcelle cadastrée 1433 CH 91 située au 18-20 rue Jean Revel à Honfleur. Par un arrêté du 28 mars 2022, le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville lui a délivré le permis de construire sollicité en l'assortissant de prescriptions. M. et Mme B ont formé le 24 mai 2022 un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. Ils demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 ainsi que de la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () ou de démolir () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". En vertu du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". Aux termes de l'article R. 431-13 du même code : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ".

3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 précité. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

4. L'existence d'une fraude suppose la réunion d'un élément matériel et d'un élément intentionnel. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

5. Il est constant que le projet implique la démolition d'un mur de soutènement situé rue Saint-Léonard. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce mur empiète sur le domaine public, ni qu'il soit situé à l'aplomb de la voie publique. Il ressort de la rubrique 8 du formulaire Cerfa de demande de permis de construire valant permis de démolir, que la société pétitionnaire a, en apposant sa signature, attesté, au sens des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, être propriétaire du terrain d'assiette du projet ou, à tout le moins, avoir qualité pour présenter une telle demande. Aucune pièce du dossier ne vient contredire cette déclaration ni n'est de nature à établir son caractère frauduleux ni ne fait apparaître que la propriété du mur soulève une difficulté sérieuse et que la SCCV Belle Rive ne disposait d'aucun droit à solliciter la délivrance de ce permis de construire. Dans ces conditions, les dispositions précitées n'instituant qu'un régime déclaratif interdisant à l'administration de solliciter quelconques pièces justificatives complémentaires, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire a été accordé au vu d'un dossier de demande de permis incomplet et entaché de fraude.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la SCCV Belle Rive bénéficie d'un certificat d'urbanisme délivré le 23 novembre 2020 qui a eu pour effet de cristalliser les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal applicables à cette date pour les demandes déposées dans les dix-mois mois suivants. La demande de permis de construire initial ayant été déposée dans ce délai, les dispositions opposables au permis de construire délivré le 28 mars 2022 sont celles cristallisées par le certificat d'urbanisme et issues du plan local d'urbanisme intercommunal modifié, approuvé par délibération du 19 février 2018 de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville.

7. Aux termes de l'article UA10.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dans sa rédaction applicable au litige : " La hauteur des constructions est limitée à : / zone UA : 9 mètres à l'égout et 13 mètres au faîtage () ". Aux termes de l'article UA10.1 du même règlement, dans sa rédaction applicable au litige : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel avant aménagement jusqu'au point de référence le plus élevé du bâtiment (égout, faîtage), les ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures de faible emprise étant exclus. / Sur les voies et terrains en pente, la hauteur maximale des constructions, par rapport au terrain naturel avant aménagement, pourra être augmentée progressivement compte tenu de la pente, sans pouvoir dépasser de plus de 2 mètres, celle fixée ci-dessus. () ".

8. Le sol naturel à prendre en compte est celui qui existe à la date de l'autorisation de construire avant travaux d'adaptation liés à cette autorisation, même si la topographie du terrain a été avant cette date modifiée à la suite de précédents travaux de construction ou de terrassement.

9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice descriptive que le terrain d'assiette du projet est en pente et présente un dénivelé à l'ouest de 8,62 mètres et à l'est de 4,74 mètres avec pour point bas la pente la rue Jean Revel. La pente est représentée à 40° sur les plans joints au dossier. Si les requérants soutiennent que la société pétitionnaire a présenté le niveau le plus bas à partir d'une partie oblique d'une ligne rouge fictive, considérée comme étant le terrain naturel alors que le terrain naturel aurait dû correspondre au sol des hangars actuellement édifiés sur le terrain d'assiette du projet, qui, dans le sens transversal à la route Jean Revel, serait horizontal du trottoir de la rue Jean Revel au pied du mur de soutènement de la rue Saint-Léonard et, dans le sens longitudinal, serait réalisé par des paliers horizontaux successifs en raison de la déclivité de la rue Jean Revel, il ne ressort des pièces du dossier aucun élément suffisamment précis et probant de nature à établir la réalité de ces allégations. Les constatations du 18 décembre 2023 du commissaire de justice ne sont pas de nature à remettre en cause les mentions du sol naturel pris en compte par la société pétitionnaire, dès lors qu'il indique, d'une part, que la rue Saint-Léonard comprend une " bande de terrain plutôt horizontale sur quelques mètres linéaires " puis que " le terrain se trouve en pente ardue sur l'arrière des bâtiments jusqu'à la rue en contrebas " de la rue Jean Revel et, d'autre part, qu'un dénivelé " significatif () s'accentue avec la pente " à partir de la rue Jean Revel. Par ailleurs, les hauteurs déclarées des différents faîtages sur le terrain en pente côté rue Saint Léonard, sont inférieures à quinze mètres et la hauteur à l'égout de toit n'excède pas onze mètres. Sur le terrain en pente côté rue Jean Revel, les hauteurs déclarées des différents faîtages sont inférieures à quinze mètres et la hauteur à l'égout de toit n'excède pas onze mètres. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mention de ces hauteurs serait erronée ou aurait été minorée artificiellement dans le but de construire un bâtiment d'une hauteur supérieure à celle autorisée par les dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal. S'il ressort des pièces du dossier une incohérence entre la notice descriptive qui indique que l'objet de la demande consiste en la construction d'un immeuble de trente logements collectifs de hauteur R+2+C sur deux niveaux de sous-sol et le plan de coupe qui met en évidence que la construction, observée de la rue Jean Revel, est de type RC+3+C, cette erreur est sans incidence sur la légalité du permis de construire, dans la mesure où les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicables à la zone UA énoncent des règles maximales de hauteur exprimée en mètres et non en niveaux, et qu'à supposer même que ce niveau supplémentaire soit prévu, les règles de hauteur fixées par l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal demeurent respectées. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la société pétitionnaire se serait livrée à des manœuvres de nature à induire l'administration en erreur. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville a délivré à la SCCV Belle Rive un permis de construire trente logements collectifs et un commerce, valant permis de démolir, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les consorts B au titre des frais de l'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des consorts B la somme globale de 1 500 euros à verser à la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville et à la SCCV Belle Rive à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et de Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront à la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville et à la SCCV Belle Rive la somme globale de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme A B, à la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville et à la SCCV Belle Rive.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

I. SENECAL

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados et en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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