mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | LAUNOIS FLACELIERE |
Vu la procédure suivante :
D une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre et 9 octobre 2022, Mme B C, représentée D Me Launois, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 D lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de demande d'asile ou, le cas échéant, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux semaines suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros D jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il revient au préfet de démontrer qu'il a notifié à Mme C les informations prévues D l'article 4 du règlement UE n° 604-2013 du 26 juin 2013, D écrit et dans une langue qu'elle comprend ;
- il ne ressort pas du dossier qu'elle aurait bénéficié d'un entretien individuel conforme à l'article 5 du règlement UE n° 604-2013 du 26 juin 2013 ; il conviendra en outre de justifier des connaissances et de la formation reçue D la personne qui aurait mené cet entretien individuel ;
- la décision de transfert n'est pas suffisamment motivée ;
- l'absence de mention de son état de santé et de celui de sa fille fait apparaître un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision de transfert méconnaît l'article 26 § 3 du règlement UE n° 604-2013 du 26 juin 2013 ;
- compte tenu de son état de santé et de celui de sa fille, le préfet, en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17.1 du règlement Dublin III, a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu l'article 20 § 3 de ce règlement ;
- la décision de transfert méconnaît les articles 31 et 32 du règlement UE n° 604-2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les articles 21 et 26 du règlement UE n° 604-2013 du 26 juin 2013, faute pour l'administration de justifier de la saisine des autorités espagnoles et de l'acceptation D ces dernières de sa prise en charge.
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
D un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés D Mme C ne sont pas fondés.
Vu le dépôt de demande d'aide juridictionnelle en date du 27 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
D une décision du 1er septembre 2021, le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures prévues D les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, notamment en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence, et des mesures prévues D l'article L. 754-4 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Launois, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, D les mêmes moyens. Elle précise que Mme C ne sait ni lire ni écrire ; la mesure de transfert aurait pour effet d'interrompre le parcours de soins de sa fille, paralysée des membres inférieurs, qui a réalisé des progrès notables sur le plan moteur.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application des articles R. 777-3-6 et R. 776-26 du code de justice administrative.
Mme C a présenté une note en délibéré, enregistrée le 10 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, de nationalité ivoirienne, est entrée irrégulièrement en France. Elle s'est présentée le 19 mai 2022 à la préfecture du Calvados pour y déposer une demande d'asile. Les contrôles effectués sur la borne Eurodac ont fait apparaître que les empreintes de Mme C avaient été relevées le 11 décembre 2021 en raison du franchissement illégal de la frontière espagnole. Le préfet de la Seine-Maritime a pris le 19 août 2022 un arrêté portant transfert de la requérante vers l'Espagne. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit D le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit D la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application des dispositions du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision D laquelle l'autorité administrative décide de le remettre aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits et les modalités d'application du règlement, D écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Cette information doit comporter l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de ce même article 4 et constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est vue remettre le 19 mai 2022 les brochures A et B du guide du demandeur d'asile en bambara, langue qu'elle a déclaré comprendre lors de son entretien individuel, contenant les éléments d'information exigés D les dispositions mentionnées ci-dessus. L'entretien individuel qui s'est tenu le même jour a donné lieu à l'établissement d'un compte rendu intitulé " résumé de l'entretien individuel " et signé D Mme C. Un exemplaire de ce document a été remis en main propre à Mme C. Si la requérante fait valoir qu'elle ne sait pas lire et n'a donc pas pu prendre connaissance du contenu de ces brochures, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle en aurait fait état, notamment à l'occasion de l'entretien individuel au cours duquel elle était assistée d'un interprète en langue bambara. D suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas bénéficié d'une information complète sur le déroulement de la procédure.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené D une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été reçue le 19 mai 2022 en entretien individuel D un agent de la préfecture du Calvados. Si, comme le fait valoir la requérante, le compte rendu de l'entretien individuel ne mentionne pas l'identité ou la qualification de l'agent de la préfecture qui a mené l'entretien, les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'imposent pas de telles mentions. Aucune des pièces versées au dossier ne permet d'établir que cet entretien n'aurait pas été mené D une personne qualifiée en vertu du droit national. D suite, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
8. L'arrêté en litige, qui vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, précise que Mme C a été identifiée le 11 décembre 2021 pour avoir franchi illégalement la frontière espagnole et que les autorités espagnoles, saisies D la France le 31 mai 2022 sur le fondement de l'article 13-1 de ce règlement, ont explicitement accepté de la prendre en charge le 6 juin 2022. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à Mme C, qui a bénéficié le 19 mai 2022 d'un entretien individuel avec l'assistance d'un interprète en Bambara, de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement un recours. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué ne saurait dès lors être accueilli.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a indiqué le 19 mai 2022, lors de son entretien individuel avec un agent de la préfecture, que sa fille était paralysée depuis sa naissance. La requérante a exposé à l'audience que la mesure de transfert aurait pour effet d'interrompre le parcours de soins de sa fille, paralysée des membres inférieurs, qui a réalisé des progrès notables sur le plan moteur. A cet égard, elle produit une attestation établie le 27 septembre 2022 D un cadre de santé du centre de rééducation pédiatrique La Clairière à Hérouville Saint-Clair, qui indique que cette enfant, née le 16 octobre 2013, est prise en charge depuis le 1er août 2022 dans un contexte de retard global de développement moteur. Il est précisé que l'enfant " a réalisé de nombreux progrès tant sur le plan moteur que comportemental ". Il ressort en outre d'une attestation du 10 octobre 2022 émanant du médecin spécialisé de cet établissement qu'une " interruption des soins aurait des répercussions très négatives ", avec des préjudices orthopédique et fonctionnel notamment. Compte tenu de ces éléments, le préfet, qui ne mentionne pas dans son arrêté l'état de santé de l'enfant de la requérante, n'a pas procédé à un examen complet de la situation de la requérante.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 août 2022 du préfet de la Seine-Maritime portant transfert aux autorités espagnoles doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ".
12. L'annulation de l'arrêté préfectoral du 19 août 2022 implique nécessairement, eu égard au motif qui la fonde, que l'administration procède à un nouvel examen de la situation de Mme C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Il résulte de ce qui a été exposé au point 2 du présent jugement que Mme C est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 000 euros à Me Launois en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Launois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 août 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros à Me Launois, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Launois et au préfet de la Seine-Maritime.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
F. ALa greffière,
Signé
A. GODEY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026